11 mai 2020 : où en est-on, six mois après le séisme du Teil en Ardèche ?

Alors qu'une dynamique de reconstruction commençait à peine à voir le jour au Teil, le Coronavirus a comme pétrifié tous ses espoirs en des jours meilleurs. Olivier Pévérelli, maire du Teil, nous raconte cette situation difficile que vit actuellement beaucoup de Teillois.
La ville du Teil avec le Rhône en contre-bas
La ville du Teil avec le Rhône en contre-bas © Mairie du Teil
Olivier Pévérelli, maire du Teil, fait le point sur la situation de sa ville, six mois après le séisme du 11 novembre 2019. Alors que les espoirs de reconstruction commençaient à peine à émerger, la ville du Teil subit de plein fouet la crise sanitaire lié au Coronavirus. Deux mois de confinement qui mettent sous cloche ce rebond tant attendu.

"C'est très difficile. Nous étions sortis d'une phase expectative liée au séisme et les gens se projetaient dans la reconstruction. Puis est arrivé le Covid-19 et ça a été un gros coup au moral. Ça retarde de plusieurs mois les travaux et pour beaucoup de familles ce sont des conditions de vie très difficiles. C'est une deuxième situation qui frappe les Tellois et c'est très compliqué à vivre. On s'est retrouvé bloqué à ne plus pouvoir entreprendre quoi que se soit, tous les chantiers prévus ont été arrêtés et le travail de réflexion et de concertation avec les habitants pour la reconstruction de la ville a été stoppé, alors qu'il est essentiel " Olivier Pévérelli, maire du Teil.
 

Un bilan psychologique encore très fragile

Toutes les structures d'aide sociale et psychologique travaillent en étroite collaboration pour accompagner les familles en détresse. Les associations caritatives comme le Secours Populaire ou le Secours Catholique font remonter les situations les plus urgentes aux structures sociales d'accompagnement comme le Centre Communal d'Action Sociale (CCAS) et le Centre Médico-Social (CMS) du département.

Olivier Pévérelli en profite pour lancer un appel à toutes les personnes en difficultés qui ne bénéficieraient pas de leurs droits pour se rapprocher de ces structures : " Il faut que vous alliez les voir, que vous leur fassiez part de vos difficultés morales et financières, vous serez écoutées et accompagnées... Les mécanismes de solidarité sont nombreux et peuvent être débloqués, il ne faut pas que ces personnes hésitent à faire appel à ces structures, c'est important " Olivier Pévérelli.

Un habitat toujours très délabré

Un quart des habitations de la ville du Teil a été touché par le séisme, soit 1000 habitations pour lesquelles des solutions doivent être trouvées. Les premiers devis et les premiers travaux de rénovation chez les particuliers commençaient à peine que le confinement a tout arrêté le 17 mars dernier.

8 Mobiles-homes sont toujours occupés par des familles au camping Le Médiéval à Saint-Thomé. Ce sont des familles qui préféraient attendre la reprise des travaux après le confinement plutôt que de refaire un déménagement dans un habitat moins précaire mais néanmoins provisoire.

Durant le confinement, le bras de fer avec les assureurs s'est poursuivi grâce à l'association des sinistrés du Teil. L'association rend compte régulièrement de leurs avancées à la mairie et à la préfecture où une cellule post-séisme est toujours active. Les dossiers sont nombreux, plus de 500 maisons classées en rouge font l'objet d'âpres discussions avec les différentes sociétés d'assurance pour financer les travaux, soit des réparations ou des démolitions. Le coût financier n'étant pas le même. 

"Ils n'ont pas compris ce qu'était un séisme... on a régulièrement des désaccords... ils vont prendre en charge un mur mais pas forcément le second prétextant qu'il s'agit-là de l'usure liée au temps. Beaucoup de maisons vont être agrafées mais ils ne veulent pas prendre en compte le ravalement de la façade. On va avoir des cicatrices de partout dans le Teil ! On a encore beaucoup de questions en suspens, on voudrait éviter de passer du désaccord au conflit" Olivier Pévérelli.

Début mars, des accords ont été signés avec les services de l'Etat pour repenser la ville dans sa globalité et prévoir un nouvel aménagement urbain. Les accords avec l'ANRU (Agence Nationale de Rénovation Urbaine) et l'ANAH (Agence Nationale de l'Habitat) sont toujours actifs mais le maire s'interroge aujourd'hui sur les moyens qui seront débloqués par l'Etat pour la reconstruction après l'épisode du coronavirus. 

" Quels moyens financiers on aura à notre disposition compte tenu de la situation actuelle liée au Covid ? Quand on va détruire par exemple dix ou quinze maisons dans un quartier, qu'est-ce qu'on fait dessus ? Il nous faut d'autres accords avec l'Etat pour mener à bien des projets sur ces espaces publics. Alors j'anticipe, après les études de réflexion et de concertation avec les habitants qui vont reprendre, si les moyens ne sont pas à la hauteur des dégâts, la ville ne s'en remettra pas et c'est quand même la 5e ville du département de l'Ardèche !" Olivier Pévérelli.

Actuellement 12 % de la population du Teil a quitté la ville pour vivre dans les environs. Parfois à plus de 20 ou 30 km. Beaucoup de commerces durement touchés par le séisme n'ont pas rouvert avec le confinement. Plusieurs risquent de mettre la clé sous la porte. Difficile dans ces conditions de garder une population qui ne trouve pas son compte car la vie y disparaît petit à petit.

Olivier Pévérelli craint de vivre la situation qu'a connu Aquila en Italie, une ville de 40 000 habitants où un séisme équivalent à celui du Teil a détruit la ville et fait plus de 308 morts. C'était le 06 avril 2009. Le maire souhaite y aller pour comprendre les erreurs qui y ont faites.

" Sur l'après, chez eux, 11 ans après c'est toujours compliqué. Les habitants ne reviennent pas dans la ville parce qu'il n'y a plus de services. Il y a des centaines de logements vacants... Ils ont construit à côté une ville qui a coûté 1 milliard mais les gens ne s'y plaisent pas. On n'oblige pas les gens à habiter à un endroit. Construire des pierres et des trottoirs, ça sert juste s'il y a des habitants ! Il existe des exemples ailleurs, il faut qu'on s'en serve " Olivier Pévérelli


Un mandat en suspens ?

Le 15 mars 2020, Olivier Pévérelli (PS) est réélu dès le premier tour des élections municipales avec 64 % pour un troisième mandat. Dans ce contexte controversé de ce premier tour en pleine pandémie du Coronavirus, ces élections risquent d'être annulées et reportées à l'automne. Olivier Pévérelli ne l'envisage pas.

"Si on devait repartir aux urnes on ira... mais ça serait dramatique non pas pour le candidat que je serai mais surtout parce qu'on ne pourrait pas prendre les grandes décisions que nous devons prendre rapidement pour que la ville redémarre. Donc, j'espère bien que cela ne sera pas le cas". Olivier Pévérelli.

Vendredi 11 novembre 2019, un séisme d'une magnitude de 5,4 touchait de plein fouet la ville du Teil et ses alentours. Six mois après, la situation est comme figée par le coronavirus. Ce lundi 11 mai marque le premier jour du déconfinement pour les habitants de la ville, comme un long sommeil qui n'a que trop duré...

"On n'a pas prévu quelque chose pour ces six mois... Il y a toute cette frustration liée au Coronavirus qui nous a empêché de repartir... Les choses n'ont pas avancé comme on aurait souhaité... Mais c'est vrai que demain c'est un redémarrage important et j'espère vraiment que cette situation-là soit derrière nous et que l'on va pouvoir désormais envisager un bel avenir pour la commune" Olivier Pévérelli.
 
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