Coronavirus Covid 19 : la viticulture fait le dos rond en Beaujolais, pour le moment

(Ici, le mont Brouilly vu de la commune d'Odenas). Difficile de dresser un seul tableau de la situation dans le monde viticole en Beaujolais. Selon la taille des exploitations, les modes de commercialisation et la trésorerie, la situation est plus ou moins mauvaise. "Un orage de plus" dans une activité qui n'en a pas manqué ces dernières années. / © Joël Philippon/MaxPPP
(Ici, le mont Brouilly vu de la commune d'Odenas). Difficile de dresser un seul tableau de la situation dans le monde viticole en Beaujolais. Selon la taille des exploitations, les modes de commercialisation et la trésorerie, la situation est plus ou moins mauvaise. "Un orage de plus" dans une activité qui n'en a pas manqué ces dernières années. / © Joël Philippon/MaxPPP

Difficile de dresser un seul tableau de la situation dans le monde viticole en Beaujolais. Selon la taille des exploitations, les modes de commercialisation et la trésorerie, la situation est plus ou moins mauvaise. "Un orage de plus" dans une activité qui n'en a pas manqué ces dernières années.

Par Christian Conxicoeur

"C'est la m.r.e !" résume ce viticulteur pour décrire l'ambiance du moment. "Je suis dans les vignes, il fait beau, les conditions climatiques sont bonnes, mais on a raté deux gros salons des vins... l'un est annulé, l'autre est reporté en juin, sous réserve qu'en juin ...". 

C'est clair, en ce moment, vous ne trouverez personne en Beaujolais qui a le moral à l'égal de la météo, au beau fixe.
Et pour cause : si, à cette période, la vigne ne demande pas un afflux de main d'œuvre comme pendant la période de vendanges,  les "travaux en vert" (sur la partie herbacée des ceps, comme le palissage) requièrent tout de même des bras, qui vont venir à manquer.
 

Les grosses maisons plus résistantes

Mais plus que tout, c'est la trésorerie qui va commencer à sérieusement faire défaut. Pas avec la même intensité, pas à la même vitesse. Les grosses maisons auront de quoi patienter, d'autant que certains marchés exports continuent à absorber, un peu, la "dive" production beaujolaise. 

Ainsi, le patron de l'interprofession, Dominique Piron, explique que la Grande Bretagne continue à acheter, bon an mal an, la "dive" production beaujolaise. Mais il ne faut pas s'illusionner pour autant. Pour lui, "celles d'entre-elles qui sont les mieux organisées pour continuer à vendre font -au mieux- moins 50% de chiffre d'affaire".
 

Bouillon en vue pour certains "petits"

Pour les autres, c'est le bouillon, en particulier ceux qui dirigeaient leur production vers le négoce, les "acheteurs/vendeurs" qui n'achètent plus ...  puisqu'ils ne vendent rien.

Il y a aussi ceux tournés essentiellement vers les bars et restaurants et ceux qui avaient misé gros sur l'oenotourime. Car les bars et les restaurants sont fermés, tout comme les gîtes, caveaux de dégustation, et espaces de découverte du monde des vins.
 

Les spécialiste de la vente directe sont les premiers touchés

Mais chronologiquement, les toutes premières victimes, dès le tout début du mois de mars, ce sont ceux qui ont misé sur la vente directe, avec les foires et salons. Des événements dont la plupart ont été annulés, dès que le seuil de 1000 personnes a été le annoncé le 10 mars.

Car comme nous l'explique Nathalie Chuzeville, directrice de l'Organisme de défense et de gestion (ODG) des crus du Beaujolais, "les mois de mars et novembre sont les plus importants pour les foires et salons". ... Et un salon raté ne se rattrape pas, ou peu.
 

SOS décryptage administratif

Alors, ses services de l'ODG ont été extrêmement sollicités pour décrypter les textes officiels pour les petits producteurs. "La première semaine, on nous a beaucoup questionné sur la logistique : puis-je livrer ? Dois-je avoir une attestation pour aller à la vigne ? Et mes salariés ? la deuxième semaine, ce sont les questions économiques qui ont pris le dessus : ai-je droit au chômage partiel, au fond de solidarité de 1500 euros ?quelles sont les aides fiscales, sociales?"

Pour faire face, certains "petits" mettent en place des solutions temporaires : "drive" au domaine, livraisons dans un périmètre restreint, chez des particuliers ou cavistes ouverts au compte-goutte. Un pis-aller. "Au mieux 25 à 30 % du chiffre d'affaire habituel" commente Jean-Marc Lafont, vice-président de l'ODG des 10 crus du Beaujolais.
 

Le déconfinement pour les 13 et 14 juin ?

"Tout ou presque est à l'arrêt. Ça fait 35 ans que je fais du vin et ça va bien pour moi, mais si on devait enchaîner 3 mois sans vente, ma trésorerie serait ultra-tendue". "La chance qu'on a, explique-t-il, c'est qu'on a des clients qui nous suivent et des banquiers qui nous font confiance". Mais quid des autres ? "On reste dans une zone où il y a des exploitations fragiles ..."

Optimiste malgré tout, Jean-Paul Lafont est rejoint sur ce terrain par Dominique Piron, patron de l'Interbeaujolais, qui rappelle que le Beaujolais était -avant la crise- en phase de reconquête : +5% en volume l'an dernier dans un marché national en berne, avec -5% de ventes.

L'optimisme, c'est surement ce qui a incité l'organisme interprofessionnel a annoncer lundi 6 avril la tenue de la 2eme édition de son festival oeno-bistronomique "Bienvenue en Beaujonomie". Ce sera les 13 et 14 juin, jusqu'à preuve du contraire.

Et l'un et l'autre d'espérer que les questions autour du "produire et consommer français" se traduiront par un retour des consommateurs, notamment régionaux, vers des produits locaux. Bouchons lyonnais, vous voilà prévenus !

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