Covid-19 : contrôles, isolement, le gouvernement veut empêcher les Français d’aller skier en Suisse

Ce mercredi 2 décembre, le Premier ministre Jean Castex a annoncé vouloir mettre en place des contrôles aux frontières et des périodes d’isolement pour dissuader les Français d’aller skier à l’étranger, notamment en Suisse. Dans les Alpes, les préfectures sont sur le qui-vive.  
 
Si vous pensiez contourner la fermeture des stations alpines pour skier en Suisse pendant les fêtes de fin d’année, c’est raté. "L’idée c’est d’empêcher les français d’aller se contaminer dans les stations des pays limitrophes" a déclaré ce 2 décembre le Premier ministre Jean Castex, invité sur le plateau de BFMTV.  
 
Comment ? Avec des contrôles aléatoires aux frontières des pays qui gardent leurs stations de ski ouvertes, comme l’Espagne ou la Suisse, mais aussi avec des "isolements de sept jours" pour les Français qui rentreraient d'une station étrangère. Interrogé pour plus de précisions, Jean Castex a affirmé: "c'est à la main des préfets" et "cela ne concerne pas les travailleurs transfrontaliers".

Le chef du gouvernement affirme ainsi vouloir rétablir "un principe d'équité vis-à-vis des gestionnaires des stations de ski françaises", qui resteront fermées au moins jusqu’au début de l’année 2021.

 

Comment empêcher les Français d’aller skier ?


La mise en place de contrôles avec des amendes ou d’un isolement contraint implique le déploiement de forces de l’ordre aux frontières. Mais comment savoir si les personnes contrôlées prévoient d’aller skier ou simplement de faire leurs courses en Suisse ? Contactées, les préfectures de l’Isère et de la Haute-Savoie reconnaissent "être dans le flou". Chaque service de presse botte en touche et assure nous recontacter dès qu’ils auront "des précisions règlementaires".

 

On passe pour des fous ici, on est la risée des Suisses

Nicolas Rubin


De son côté, Nicolas Rubin, maire de Chatel, ne cache pas son agacement. Le premier magistrat de cette station de ski située à la frontière suisse dénonce un "acharnement" contre le ski, alors que les déplacements transfrontaliers pour faire des courses sont toujours autorisés. "C’est difficilement gérable car on peut aller faire nos courses dans un supermarché de l’autre côté de la frontière. Est-ce qu’on va être enfermé 7 jours si on achète un cadeau de Noël en suisse ? Je vois mal comment le gouvernement peut identifier des gens qui sont y sont allés pour le ski, ils vont jouer à cache-cache ! On se déplace en short et en basket, on loue du matériel sur place et le tour est joué !".
 
Outre la difficulté de mettre en place de tels contrôles, Nicolas Rubin soulève aussi une question diplomatique. "Quand il s’agit d’une décision transfrontalière, il faut que nos élus consultent les Suisses. On passe pour des fous ici, on est la risée des Suisses. Il faut les laisser organiser leurs domaines skiables et ne pas faire d’ingérence sur la gestion du territoire helvétique !".  

Suite à ces annonces, d'autres élus ont rapidement réagi. "En tant que députée d'une circonscription frontalière avec la Suisse, je sais que les policiers frontaliers ont bien d'autres sujets de préoccupation, comme le grand banditisme et la criminalité organisée!" a affirmé à l'AFP la députée LR de Haute-Savoie Virginie Duby-Muller. 

Sur les réseaux sociaux, les internautes ne se sont pas privés de relever d'autres incohérences. "Donc, aller et venir en Suisse pour travailler ne pose pas de souci, par contre, y aller pour prendre un peu de plaisir en skiant, ça c'est interdit ? Il sont au courant au gouvernement du nombre de frontaliers qui passent la frontière chaque jour juste pour aller bosser ou ils sont complètement bêtes ? Alors l'excuse du flux de personnes..." commente un internaute sur Facebook. Sur Twitter, certains proposent d'ores et déjà de passer par d'autres pays frontaliers pour skier en Suisse. 
   
Au contraire, d'autres dénoncent une fausse polémique, à l'heure où le gouvernement devrait se concentrer sur des sujets qu'ils estiment plus urgents. 
     

Les stations de ski dans l'attente 

Face à Jean-Jacques Bourdin, le Premier ministre a par ailleurs coupé court à beaucoup de questionnements : "la conclusion à en tirer, c'est que je ne vais pas en Suisse" pour skier, a-t-il ajouté. Après l’annonce de la fermeture des remontées mécaniques françaises, c’est donc une seconde mauvaise nouvelle pour le domaine des Portes du Soleil, où se situe justement la commune de Chatel.

À cheval entre la France et la Suisse, ce domaine compte 8 stations côté Haute-Savoie et 4 côté helvétique. "On prend acte de la décision du gouvernement, acquiesce Benoit Cloirec, coordinateur et responsable des Portes du Soleil. Pour l’instant, les stations côté Suisse n’ont pas de contre-indications donc elles pourraient ouvrir bientôt. Leurs responsables s’attendaient à accueillir des Français donc ils sont étonnés des décisions prises par notre gouvernement".

En revanche, il prévient que les stations n’ont, pour l’instant, pas vocation à vérifier la provenance des clients : "Nous, on vend des forfaits. Si certains Français passent à travers les mailles du filet, on leur permettra de skier".
 

Protéger les citoyens

Lors de son interview sur BFMTV, le Premier ministre a précisé qu’il aurait préféré "une harmonisation européenne" sur la question de l'ouverture des stations de ski, mais que si la France, l'Italie et l'Allemagne se sont "alignées" sur une fermeture, "les Espagnols et les Suisses à ce jour ne s'orientent pas vers ces décisions". "C'est leur droit mais je vais continuer à protéger mes concitoyens en les empêchant d'aller se contaminer", a-t-il insisté.

"J’ai l’impression d’être dans une série Netflix, on ne connait pas le scénario ni le nombre d’épisodes mais les acteurs ont les connaît !" conclut le maire de Chatel, amer.

Effectivement, les décisions prises dans les prochains jours par les préfectures concernées promettent de nouveaux rebondissements.
   
 
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