Déconfinement et drive fermiers en Auvergne : "On se doutait qu’on ne garderait pas tous les clients"

La crise sanitaire et les deux mois de confinement ont profité aux circuits courts. La population s’est tournée vers les producteurs locaux. Qu'en est-il depuis le 11 mai, jour du déconfinement ? Cet engouement s’est-il maintenu ? Réponses dans plusieurs drive fermiers d'Auvergne.

Le drive fermier du Puy-de-Dôme initié par la Chambre d'Agriculture rassemble 35 producteurs. Les deux points de retrait sont à Aubière et à Riom.
Le drive fermier du Puy-de-Dôme initié par la Chambre d'Agriculture rassemble 35 producteurs. Les deux points de retrait sont à Aubière et à Riom. © Chambre d'Agriculture du Puy-de-Dôme

Pendant le confinement, nombreux ont changé leurs habitudes et se sont tournés vers les circuits courts. Les drive fermier ont connu un véritable succès. Comme un drive classique, les clients récupèrent au volant de leur voiture leur commande passée sur internet. Une alternative aux grandes surfaces parfois délaissées par crainte de l’épidémie de COVID 19.

"Les gens n’ont pas changé leur façon de consommer"

Situé à Moulins dans l'Allier, Acheteràlaferme03 est un drive fermier et local. Les 20 producteurs de cette association proposent de la viande, du poisson, des légumes ou encore du fromage. Pendant le confinement, ils ont tourné à plein régime pour alimenter les points de dépôt situés dans tout le département. Ils ont également effectué des livraisons à domicile dans un rayon de 20 kilomètres autour de Moulins. "Nous nous sommes adaptés pour fournir. C’est ça la force de notre profession" dit fièrement Pierre Mainaud, co-président de l’association des producteurs d'Allié gourmand.

Mais depuis le 11 mai, jour du déconfinement, il constate une baisse progressive des ventes : "Avant le confinement, nous avions 30 commandes par semaine. Pendant, nous sommes montés jusqu’à 300. Et puis, petit à petit, le nombre est redescendu. Actuellement, nous sommes à 120 commandes/semaine". Il souligne avec déception : "On se doutait qu’on ne garderait pas tous les clients. Je ne me faisais pas beaucoup d’illusions. Les gens n’ont pas changé leur façon de consommer.  Je n'ai pas analysé le pourquoi du comment. C’est la nature humaine tout simplement. Les gens avaient besoin, nous étions là. Le changement est très long. Nous avons eu une forme d’espoir mais pas tant que cela au final. Le bio, par exemple, a mis beaucoup de temps à être accepté. Pour les circuits courts, c’est la même chose, cela va également prendre du temps".

Si les ventes diminuent progressivement au fil du temps, Pierre Mainaud note plusieurs points positifs inhérents à cette période. "Nous avons capté de nombreux clients. Nous nous sommes fait connaître et avons montré que nos produits sont de qualité. Si nous nous maintenons à 60/80 commandes par semaine nous serons très contents". Puis il conclut en disant : "J’espère que les gens ont pris conscience de tous les efforts faits. Notre profession est malheureusement souvent dénigrée".

"Avec le déconfinement, la population reprend majoritairement ses habitudes"

Lancé le 15 avril, le drive fermier de la Chambre d'agriculture du Puy-de-Dôme a lui aussi attirer de nombreux clients. Ses 35 producteurs proposent chaque semaine des produits frais, locaux et de saison à venir retirer à Aubière et Riom. "Nous avions en moyenne 150 commandes par semaine. Nous sommes même montés jusqu’à 190" se réjouit Estelle Teyssier, la responsable du drive à la chambre d’Agriculture, avant d’ajouter : "Avec le déconfinement, la population reprend majoritairement ses habitudes. Le chiffre baisse progressivement, nous sommes passés sous la barre des 100 commandes".

Pour comprendre cette baisse et opérer les changements nécessaires afin de fidéliser les clients, les responsables du drive ont réalisé une enquête de satisfaction. "Les horaires ne correspondent plus aux gens. Ils ont repris le travail. Avant, ils venaient chercher leur commande entre 12h et 14h. Cet horaire ne convient plus aujourd’hui. Sur leur pause déjeuner, ils n’ont pas le temps de rentrer à leur domicile et ne disposent pas forcément d’un frigo sur leur lieu de travail pour garder les produits au frais". Estelle Teyssier tire la conclusion suivante : "Les gens préfèrent venir le soir. Nous envisageons donc de proposer un nouveau créneau horaire à partir de 17 heures".

Autre constat permis grâce à l’enquête : l’attente des clients en termes de produits. "Fromage, viande, vin, bière, nous proposons beaucoup de produits mais n'avons pas assez de légumes. Dans le Puy-de-Dôme, nous manquons de maraîcher par rapport à la population. Pendant le confinement, les gens se sont tournés vers les petits producteurs qui étaient très sollicités, du coup, ils n’étaient pas intéressés par le drive, que nous avons ouvert à ce moment-là. Or, les légumes et les fruits sont des produits d’appel" précise-t-elle également.

Autant de pistes qui seront étudiées dans les prochains jours. La responsable du drive précise également : "Nous allons nous réunir pour organiser durablement le drive, démarcher des producteurs et organiser notre campagne de communication pour nous faire connaître. Si l’on veut perdurer et attirer des clients, il faut maintenant se structurer".

"Nous allons réussir à garder une partie des clients"

Le Drive fermier 15 basé à Aurillac dans le Cantal a lui aussi été boosté par le confinement. "Pour faire face à la demande, nous avions mis en place un second jour de livraison. Les clients ont pu récupérer leurs commandes le mercredi, en plus du traditionnel vendredi" explique Dominique Dufayet, l’animatrice de Bienvenue à la Ferme en charge du Drive Fermier 15. "Nous sommes montés à 300 commandes tout le mois d’avril. Là, nous sommes revenus à une livraison par semaine. C’était temporaire. Les producteurs ont repris les marchés. Mais nous avons tout de même 150 commandes, soit 4 fois plus qu’avant le confinement" constate-t-elle.

Si certains drive enregistrent des baisses de commandes, ce n’est pas le cas pour le moment dans cette structure. Mais Dominique Dufayet relativise aussitôt : "Rien n’est acquis pour l’instant. Certaines personnes sont encore en télétravail. Les restaurations dans les collectivités et dans les écoles n’ont pas repris ou fonctionnent au ralenti. Les restaurants ont rouvert depuis peu. Il faut attendre encore pour voir".

Face au succès du drive, 10 producteurs ont rejoint la structure portant leur nombre à 35. "Fruits, légumes, produits laitiers, viande, poisson ou encore œufs…  Il y a plus de choix et plus de produits. Notre offre est très variée. Cela va nous permettre de conserver la clientèle. Les gens aiment tout acheter au même endroit". Elle reste optimiste : "Je pense que nous allons réussir à garder une partie des clients surtout ceux qui ont découvert que nous avons des produits de qualité à des prix raisonnables" .

Comme les autres responsables des drive, elle reste prudente. Tous sont unanimes, ils attendent le mois de septembre. "Pendant l’été, les gens partent. Cette période n’est pas très représentative. Nous ferons le point au mois de septembre. A ce moment là, tout se redynamise. Nous verrons si les clients restent ou non fidèles. De nombreux agriculteurs ont peur d’être abandonnés. Moi, je reste optimiste".

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