Menacé, le maire de Peyrins déplace une manifestation du parti animaliste contre le projet d'un super-élevage d'un million de poulets

À Peyrins, dans la Drôme, l'agrandissement d'un élevage de poulets déchaîne les foules. Le maire a reçu des intimidations le poussant à délocaliser une manifestation prévue ce vendredi 26 avril.

"On va quand même protester. On veut que la protestation se voit, que l’on voit que le maire est contre. On veut que tous les citoyens qui veulent nous rejoindre le fassent !".

Ce sont les mots d’Isabelle Yvos, en charge de la campagne du parti animaliste pour les élections européennes, suite à la délocalisation d’une manifestation vendredi 26 avril.

Menacé physiquement, le maire a pris la décision par deux arrêtés de déplacer le rassemblement prévu devant l’élevage de poulets des frères Champion à Peyrins.

"Cédant aux menaces dont il a fait l’objet, Monsieur Philippe Barneron, maire de Peyrins, a pris deux arrêtés : l’un afin de déplacer le rassemblement initialement prévu par le Parti animaliste devant l’élevage de poulets et l’autre interdisant la route menant à l’élevage des frères CHAMPION", indique le communiqué du parti politique.

Un climat malsain dans la commune

La manifestation organisée avec le collectif Santé Environnement Peyrins aura tout de même lieu à 15 heures, devant le parvis de la mairie. Isabelle Yvos déplore le détournement d’un "rassemblement pacifique" dont la vocation était "d’essayer de discuter avec les deux frères".

Le maire brandit quant à lui l'argument de la sécurité. "Avec les réseaux sociaux, on ne sait pas combien de personnes, il va y avoir. C'est pour éviter tout débordement, que l'on ne cible pas les agriculteurs avec leur maison autour", explique l'élu, qui a pris cette décision d'un commun accord avec la gendarmerie de Peyrins.

"C'est tout un climat qui n'est pas très sain en ce moment", ajoute-t-il. Pas un seul jour ne se passe sans que l'on ne l'interpelle sur ce projet. Une pétition en ligne intitulée "Non au 'super-élevage' de poulets à Peyrins" a déjà récolté 28 215 signatures.

"Ils n’auront même pas une feuille A4 pour vivre"

Dans le collimateur du parti : l’extension de l’élevage de poulets des frères Champion à Peyrins. "Il y a déjà un bâtiment avec 29 950 poulets et ces fermiers ont demandé un agrandissement de trois bâtiments avec 1 million de poulets à l’année", s’exaspère Isabelle Yvos.

"Ils n’auront même pas une feuille A4 pour vivre. C’est inacceptable", renchérit la militante qui pointe du doigt les problèmes osseux des poulets enfermés dans ces conditions. C’est précisément 21 poulets par m2 en moyenne, sans accès à l’extérieur, décrit un rapport de la mission régionale d’autorité environnementale.

La militante ne comprend pas comment ces "fermes hors-sol" peuvent surgir de terre à une époque où l’on porte beaucoup plus d’attention au bien-être animal.

Odeurs et pollutions multiples

D’autant plus que la grosseur de l’élevage entraîne des réactions négatives en chaîne. "Les voisins à proximité, ils sont perturbés par les odeurs et les transports" souligne le maire de Peyrins. Sans compter les problèmes de pollution et de gestion de l'eau dans cette ferme qui en consomme énormément.

"Nous avons deux problèmes : la canalisation n'est pas assez grosse pour alimenter les nouveaux bâtiments et les nappes phréatiques à cet endroit ne rechargent pas assez vite pour avoir un débit assez important", ajoute-t-il. Résultat, le Préfet de la Drôme interdit la construction de logement sur ce terrain. "Comment on va répondre aux administrés si on y construit un poulailler ?", renchérit l'élu ?

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Tous ces éléments questionnent l’utilité d’un tel projet, orchestré par le producteur européen Duc. "Ces gros groupes industriels demandent aux fermiers de s’endetter en leur disant : ‘on va tellement commander que vous allez vite rentrer dans vos frais’. Ce sont eux qui décident de la nourriture à donner aux animaux, de comment la donner. Ils décident de l’organisation des bâtiments… ", explique la militante du parti animaliste, qui a déjà organisé des manifestations devant le terrain.

Une décision finale attendue le mois prochain

Les deux agriculteurs porteurs du projet n'ont pas pris la parole. Toutefois, lors d’une réunion publique organisée par la préfecture de la Drôme en mars dernier, une éleveuse, un membre de la chambre de l'agriculture ou encore un représentant du groupe de volailles industrielles ont expliqué et défendu le projet.

"C'est un projet qui est réfléchi depuis deux ans, deux ans et demi", précise l'un d'eux. Thierry Mommée, élu au bureau de la chambre d'agriculture de la Drôme, ajoute : "Il n'y a pas de risque dans le sens où tout est contrôlé et verrouillé. On a la chance d'avoir en France les services de l'État qui puissent suivre tous ces élevages, tout simplement" estime l'enquêteur public.

L’avis du commissaire enquêteur devrait être rendu cette semaine. Le préfet aura alors un mois pour autoriser, ou non, l’agrandissement du poulailler.