"On plante beaucoup plus serré et plus de variétés" : végétaliser les villes pour faire face aux canicules

Des étés toujours plus chauds et des villes qui deviennent trop étouffantes, pour rendre les zones urbaines plus respirables, les communes créent des îlots de verdure. Dans la Drôme et dans le Rhône, les plantes prennent racine avant l'arrivée du printemps.

Face aux épisodes de canicules à répétition, les villes s'arment pour lutter contre la chaleur en plantant des arbres et des végétaux dans leurs rues. Des îlots de fraîcheur, qui doivent permettre de réduire la température de quelques degrés.

Arbre urbain

À Valence, le parvis de l'université fait peau neuve. Des arbustes d'ornements et une quarantaine d'arbres, fontanesia, sophora japonica, ericias, sont plantés. " Dans cet îlot de fraîcheur, on diversifie l'ensemble des plantations pour éviter tout ce qui est maladie, avoir différentes strates de hauteur et différentes couleurs avec la floraison, la couleur des troncs pour participer à un ensemble paysager", décrit Jean-François Blanc, responsable de l'unité arbres de la ville. 

En novembre 2019, la neige avait occasionné d'importants dégâts dans la ville : 2000 arbres avaient été abattus. La mairie a depuis lancé la plantation de 10 000 arbres, un nombre presque atteint. 

Si en 2023 et 2024, Valence a planté 2 500 arbres, elle n'est pas la seule ville du département à avoir la main verte. Ce sont 1000 arbres à Romans et 400 à Montélimar qui prennent racine.

Des arbustes volés

À l'Étoile-sur-Rhône, commune de 5000 habitants au sud de Valence, deux îlots de fraîcheur vont aussi sortir de terre, un proche du cimetière et un sur les remparts. Mais en ce mois de février, ce sont d'autres plantations qui font parler d'elles.

Des lauriers roses, plantés pour cacher des conteneurs, ont été dérobés. Sur sa page facebook, la mairie a communiqué l'information, avec un commentaire piquant : "En cette veille de Saint Valentin, nous espérons que Madame ou Monsieur appréciera ces arbustes..."

À peine plantés, les arbustes décoratifs ont été volés. "C'est sûr qu'ils n'ont pas eu le temps de s'enraciner, rit jaune Françoise Chazal, maire divers droite de la commune. Je trouve ça désolant, il y a certes le coût des dix plantes volées, mais aussi le travail des services techniques et ça devait permettre d'améliorer le cadre de vie de tout le monde." Si les vols de plantes ne sont pas nouveaux, c'est la première fois que la commune voit disparaître toute une rangée de plantation en une journée.

Plus 15 %

Au-delà des possibles vols, la demande en plantes, et plus précisément en arbre, des communes augmentent, avec le besoin de végétaliser les cœurs de ville pour leur biodiversité et leur rafraîchissement. 

À Jarcieu en Isère, les pépinières Guillaume Bourne, qui travaillent essentiellement avec les collectivités, ont vu la demande augmentée de 15% ces deux dernières années. "Parler de pénurie, ce serait un peu fort, mais c'est sûr que ça nous met en tension, analyse Pierre de Premare, le gérant. On essaye d'optimiser, de conduire jusqu'au bout le plus d'arbres possible, pour que l'essentiel de ce qu'on plante soit disponible à la vente."

Diversifier

Des communes qui plantent plus et qui plantent différemment. " On plante beaucoup plus serré et plus de variétés, pour avoir des houppiers (nldr : sommets des arbres) de hauteur différente, décrit Pierre Athanase, vice-président Métropole de Lyon en charge de l'environnement. Ainsi, la bulle de rafraîchissement soit la plus volumineuse possible." Selon les élus, plus de 80 000 arbustes ont été plantés en deux hivers dans la Métropole. 

On ne s'interdit pas de continuer à planter des platanes, mais on sait que si on continue de planter une seule et même essence, en cas de problème phytosanitaire, on perd tous les arbres.

Xavier Collonge, Service nature et fleuves Métropole de Lyon

À Bron, un ancien parking au-dessous de l'autoroute vient tout juste d'être transformé en espace végétalisé. Chêne chevelu, merisiers à fleurs doubles, cèdre de l'Atlas, érable, ont remplacé le béton. Une variété d'essence qui doit s'adapter au climat et permettre de restaurer la biodiversité. "On travaille sur une palette végétale qui rassemblerait 300 essences potentiellement plantables sur la région lyonnaise, explique Xavier Collonge du service nature et fleuves de la Métropole de Lyon. L'idée, c'est d'éliminer les essences qui ont des problèmes phytosanitaires, celles allergisantes ..."  

Apporter de la fraîcheur et de la biodiversité, c'est le rôle de la végétalisation qui ne se résume plus uniquement à l'esthétique. Mais pour que ces nouveaux arbres puissent produire pleinement leurs bienfaits, il faudra attendre une dizaine d'années.