Ukraine. Ils partent à douze chauffeurs livrer de l'aide humanitaire dans le pays d'origine de son épouse

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Écrit par Yannick Kusy (@yannkusy) Propos recueillis par Alain Fauritte

Christophe Caillet avait lancé un appel sur les réseaux sociaux. Au final, une belle équipe de douze chauffeurs ont rejoint l'Ukraine pour livrer un matériel médical précieux et de l'alimentation. Auparavant, Ilona, son épouse, avait activé ses contacts dans son pays d'origine pour sécuriser le convoi. Une aventure formidable racontée par le couple sur le plateau de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes

A peine rentré, il ne songeait qu’à y retourner. Partis le 16 mars 2022 avec six chauffeurs, trois camions remplis de médicaments et de fournitures à destination d’une ville située à 300 m de Kiev, en Ukraine, Christophe Caillet était rentré en France quelques jours plus tard après une mission dûment accomplie.

Le 26 avril, ce fut chose faite. Christophe a repris la route, en partant de Crest, sa ville drômoise. « On y est retourné avec six camions et douze chauffeurs », souligne-t-il. « Il y avait des amis et d’autres personnes, qui ont répondu à mon appel à travers les réseaux sociaux. On a monté une équipe formidable. » Il ne s’agissait pas forcément de chauffeurs professionnels. « On avait des camions de 20 m3, donc des chauffeurs avec un simple permis VL », précise Christophe.

Le premier voyage, pourtant, avait été long et difficile, sur 5000 kilomètres aller-retour. « On avait réussi à obtenir un document officiel émanant de notre vile de destination, émanant de l’armée, qui nous a tout de même facilité le trajet. Beaucoup de gens ne parvenaient pas à passer la frontière.»

On y voit énormément de bébés… Et les gens ont surtout besoin de manger

Le but était bien sûr d’acheminer de l’aide humanitaire. « Pour ce premier convoi, on avait embarqué un tiers de vêtements, un tiers d’alimentation, et le reste de médicaments… » Puis les choses se sont affinés lors du second voyage. « Les besoins étaient beaucoup plus ciblés. On a emporté un camion rempli de matériel médical, avec des lits mécanisés, des fauteuils roulants. Dans les cinq autres, on avait de l’alimentation. Beaucoup de produits pour les bébés. Les couches, le lait…», décrit Christophe.

Lors de son premier convoi, il avait constaté que beaucoup de choses étaient jetées à l’arrivée. « Au départ, les gens donnaient tout ce qu’ils pouvaient. Et notamment des vêtements. Et ce n’était pas forcément le plus urgent. » Les priorités sont mieux définies aujourd’hui. « Beaucoup de gens traversent le pays et arrivent dans les villes où nous avons pu accéder. Ce sont des villes où se trouvent pas mal de réfugiés. On y voit énormément de bébés… Et les gens ont surtout besoin de manger », se souvient-il.

Il a eu le sentiment d’une bonne organisation. « On a eu la chance d’avoir les bons contacts. Ce que l’on a transporté a été géré par l’Armée, qui a trié et redistribué. Lors du deuxième convoi, des camions sont venus du front, c’est-à-dire de Kharkiv. Ils ont récupéré notre marchandise. Tout le matériel est parti dans un hôpital, situé au plus près du front. »

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Ilona et Christophe Caillet répondent à Alain Fauritte ©france tv

A titre personnel, Christophe a vécu ces instants comme une aventure humaine extraordinaire. « On amène des choses utiles. On se sent vraiment utiles. C’est quelque chose de très fort », confirme notre interlocuteur. Un sentiment qui surmonte le danger potentiel. « On était au centre de l’Ukraine, à Vinnytsia. Ce n’est pas là qu’il avait les plus gros bombardements, même si il y en avait quelques-uns. Dans le premier voyage, on a assisté à un bombardement de nuit sur l’immeuble de la télé. Le risque n’était pas nul… D’ailleurs certains missiles passaient au-dessus de la ville. C’est assez impressionnant. »

Christophe est très attaché à l’Ukraine. Et pour cause : son épouse est née dans ce pays, qu’elle a quitté il y a 24 ans. « Lorsqu’il m’a annoncé son projet, j’étais agréablement surprise et un peu stupéfaite. C’est extraordinaire et je ressens une immense fierté pour cela », témoigne Ilona. Il y avait aussi beaucoup de crainte « Ma meilleure amie, qui est basée en Ukraine, nous a aidé pour gérer les papiers. Elle nous a rassurés et a préparé un chemin à peu près sécurisé pour Christophe et le convoi. »

Elle aurait souhaité l’accompagner mais la place était déjà prise par leurs fils, âgé de 33 ans, qui parle ukrainien. « Déjà deux personnes de la même famille, c’était beaucoup. Je suis restée à la maison pour m’occuper des trois autres enfants », explique-t-elle.

J’ai eu plus de facilité à gérer ce convoi parce qu’ils ont tous été vraiment parfaits à chaque moment

En mai, l’équipe est revenue de cette deuxième mission avec un sentiment positif. « Celui du travail accompli. L’objectif était atteint. Sur les deux convois, on est parvenus à transporter énormément de choses. » Les douze chauffeurs ont alterné leur place au volant. « L’idée, c’était de ne quasiment jamais s’arrêter en route, sauf pour changer de chauffeur et faire le plein de carburant. »

Un carburant qui aurait pu manquer. « On en trouvait jusqu’en Pologne. Puis, à partir de la frontière ukrainienne, on a roulé durant 450 kilomètres sans voir une station ouverte. » Un handicap qui avait été anticipé, suite à la première expérience. « On avait prévu une remorque avec trois futs de carburant, pour pouvoir être autonome. Ce qui correspond à une moyenne de 30 litres par camion, que nous avions déclarés. »

Ce qui, sur le chemin du retour, a finalement coûté plus cher que prévu. « Au moment de revenir, à la frontière polonaise, on nous a pris, un peu, pour des contrebandiers. Malgré l’aide du Consulat, on nous a contraints à retourner en Ukraine. Et là on a revendu notre stock de carburant restant à un Ukrainien à un prix dérisoire. Ce qui nous a permis enfin de retourner en Europe, à vide. On a perdu plus de huit heures pour traverser cette frontière », se souvient-il.

Malgré cette péripétie, l’équipe garde un bon souvenir. « Ce fut un moment fabuleux. Désormais, on forme une petite famille. Cela crée des liens. Il n’y avait que des gens biens. J’ai eu plus de facilité à gérer ce convoi parce qu’ils ont tous été vraiment parfaits à chaque moment », confirme Christophe Caillet.

Il s’est d’ailleurs appuyé sur sa vie personnelle pour se préparer. « Je fais du rallye automobile. J’ai participé à cinq rallyes Monte-Carlo. Cela m’a permis de savoir organiser des grosses manifestations. C’est un peu comparable. On apprend à être carré et de prévoir le pire. » Ce qui s’est avéré très utile. « En Tchéquie, le moteur d’un des camions a cassé. On a décidé de tirer le véhicule pendant 200 kilomètres pour ne pas perdre de temps, tout en cherchant des solutions. Et, finalement, on a racheté un camion. »

L’ensemble des convois a pu être financé grâce à de nombreuses aides. « Elles nous ont permis de boucler les deux budgets. On a reçu des aides versées par énormément de particuliers et des entreprises. Ainsi que des municipalités. Il y a eu énormément de générosité », résume-t-il.

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