Meurtre de Thomas à Crépol : 6 personnes dont 2 mineurs en détention provisoire, 3 sous contrôle judiciaire

Après leur présentation au parquet de Valence, neuf suspects ont été mis en examen, ce samedi 25 novembre, dans le cadre du meurtre de Thomas et de la rixe de Crépol. Six personnes dont deux mineurs sont en détention provisoire, trois autres dont un mineur sont placées sous contrôle judiciaire. Le procureur de la République a fait un point détaillé sur l'enquête.

Le procureur de la République Laurent de Caigny a rendu compte dans un communiqué de presse de l'état de l'enquête, des investigations menées et des mesures prises concernant les suites judiciaires liées au drame de Crépol et meurtre de Thomas. Le parquet retient l'existence d'indices graves ou concordants de la participation des gardés à vue à cette bande organisée qui a conduit à la perpétration d’un homicide volontaire, de trois tentatives d’homicide et de multiples violences avec arme.

Attention aux interprétations hâtives 

Il explique tout d'abord qu'à ce stade, l'élucidation des faits commis à Crépol n'est pas achevée. "Le scénario même des passages à l'acte, les mobiles et l'identification de tous les auteurs des faits ne sauraient se résumer à des dénonciations sans preuve, des spéculations ou interprétations hâtives dont nombre circulent dans l'opinion publique en méconnaissance des éléments recueillis avec précision en procédure ", écrit le magistrat.

Il en est ainsi, par exemple, de la désignation, au début de l'enquête, d'une personne comme auteur possible du coup de couteau mortel, qui a orienté les enquêteurs sur la piste d'un individu présent lors des faits en possession d'un couteau. Ce dernier a été arrêté à Toulouse alors qu'il était en fuite. Mais lors de sa garde à vue, le témoin qui l'avait désigné ne l'a finalement pas reconnu sur une planche photographique de la documentation criminalistique.

Des éléments contradictoires


"Le travail d'enquête a permis de relever des indices dans des témoignages pouvant orienter les soupçons vers un autre interpellé", poursuit le procureur de la République. Mais pour autant, "il convient de dire qu'à l'issue de leurs auditions, aucun des gardés à vue n'a reconnu avoir porté de coups de couteau, a fortiori le coup mortel".

Ce qui contredit le recoupement des témoignages et les éléments médicaux indiquant que plusieurs coups de couteau ont été portés par plusieurs individus.

Toujours selon le procureur de la République, il semblerait aussi que des gardés à vue présentent des traces médicalement compatibles avec la participation à la rixe de Crépol et que l'un d'eux a fait suturer une plaie à l'hôpital de Valence en s'y présentant à un horaire compatible après son départ de la commune.

L'enquête établit avec certitude qu'un individu mis en cause n'était pas à Crépol ce soir-là. Un mineur, par ailleurs, nie sa présence, alors qu'il est mis en cause comme ayant agi lors de cette nuit fatale. Tous les autres mis en examen ont admis être venus au bal du village, mais n'ont donné aucune version concordante sur le moment de leur arrivée et de leur départ, et avec qui ils se trouvaient alors.

Ce qui contredit encore une fois ce qui ressort des recoupements de témoignages, qui indiquent que plusieurs des individus sont arrivés un peu plus tôt dans la soirée et que certains sont rentrés dans la salle de bal, dont l'individu âgé de 20 ans interdit de port d'arme, qui a remis au vigile un couteau avant de pénétrer dans la salle. Son ADN a été retrouvé lors de l'analyse des prélèvements faits sur ce couteau.

Un deuxième couteau retrouvé

Un second couteau a été mis au jour et fait actuellement l'objet d'une exploitation par la police scientifique.  

Le procureur explique que plusieurs des individus "extérieurs à Crépol", vus par certains témoins au cours de la soirée, ont été décrits comme "observant les participants au bal" et "n'ayant pas l’attitude attendue dans une telle soirée". Quelques témoignages les décrivent comme dansant et participant. Un individu, reconnu parmi les gardés à vue, a eu une altercation pour un motif futile qui, d'après certains, serait lié à une remarque sur sa coupe de cheveux. Il est alors sorti alors avec celui qui l’aurait importuné, clairement dans l’intention de se battre.

Dans le même laps de temps, la fin de soirée est annoncée par les organisateurs et la salle commence à se vider alors que l’altercation se poursuit à l’extérieur. D’autres témoins indiquent qu’alors que la soirée s’achève, un ou deux véhicules arrivent à vive allure avec plusieurs personnes à bord, que certains trouvent hostiles.

La personne interdite de port d'arme, au moment où elle sort de la salle, est vue par un témoin sortant un couteau de sa sacoche en bandoulière. De façon concordante, tous les individus « extérieurs à Crépol » sont alors décrits comme portant des coups. Coups de couteau, jets de pierres ou de barrières, certains s’en prennent indistinctement aux gens du village.

Des cris et des insultes sont entendus : neuf témoins ou victimes entendent des propos hostiles « aux blancs ». Douze témoins ou victimes relatent avoir entendu « ça plante », cinq évoquent des menaces de morts. Le groupe hostile s’enfuit à bord de plusieurs véhicules. À ce moment-là, des parents venus en voiture rechercher leurs enfants témoignent avoir été menacés et qu’un individu, à bord d’un des véhicules qui quittait précipitamment la ville, a exhibé une arme à feu à la fenêtre de l'engin et a tiré plusieurs coups de feu. À l’issue de cette scène de violence, quatre blessés par arme blanche sont en urgence absolue dont Thomas, qui a succombé à ses blessures lors de son transport à l’hôpital. 

" La gravité et la complexité de cette affaire nécessitent, après cette première phase d’enquête flagrante dirigée par le parquet, l’ouverture d’une information judiciaire", a affirmé le procureur dans son communiqué de presse.Comme la loi le prévoit pour des faits de cette teneur, le parquet a requis la désignation de deux magistrats instructeurs par le président du tribunal.

L'individu majeur originaire de Toulouse, dont les investigations ont permis de confirmer qu’il n’était pas présent à Crépol lors des faits, a été laissé libre de se retirer. Son implication secondaire dans la présence à Toulouse de mis en cause sera examinée ultérieurement par la justice.

Les infractions retenues


Les infractions retenues par le parquet contre les 9 autres personnes - 6 majeurs et 3 mineurs - déférées samedi 25 novembre au parquet de Valence sont :

  • meurtre en bande organisée commis sur la personne du mineur Thomas décédé d’un coup de couteau lui causant une plaie au cœur
  • tentatives de meurtres en bande organisée commises sur trois victimes ayant reçu des coups de couteau au niveau du thorax. Pour ces crimes, la peine encourue est la réclusion criminelle à perpétuité.
  • violences volontaires commises en réunion avec usage ou sous la menace d’armes, notamment des couteaux, tessons de bouteilles, pierres, barrières ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours sur 3 victimes à ce jour (peine maximale :  7 ans d’emprisonnement) et une ITT n’excédant pas 8 jours sur 13 victimes identifiées à ce jour (peine maximale : 5 ans)
  • violation de l’interdiction judiciaire de porter une arme (2 ans d’emprisonnement encourus)      
    " À ce stade de la procédure, alors que mobiles et motivations des agresseurs ne sont pas clairement établis, les éléments recueillis ne sont ni suffisants ni déterminants juridiquement pour retenir que les faits ont été commis "à raison de l’appartenance ou non-appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race, ethnie, nation ou religion déterminée" des victimes, au sens des dispositions de l'article 132-76 du Code pénal", déroule le procureur. 

Les gardes à vue se sont achevées samedi 25 novembre en début d'après-midi. Dans le cadre de l'enquête criminelle, neuf individus avaient été interpellés le mardi suivant à Toulouse (Haute-Garonne) et dans le secteur de Romans-sur-Isère (Drôme). Une dixième personne s'était présentée spontanément à la gendarmerie de Romans-sur-Isère pour s'expliquer sur sa présence à Crépol lors des faits.

L'enquête en chiffres

- 10 gardes à vue
- Plus d'une centaine de gendarmes ont concouru à l'enquête et aux interpellations
- La procédure pénale a été menée par 20 enquêteurs spécialisés de la section de recherches de la gendarmerie de Grenoble, dont trois analystes criminels
- 140 auditions de 103 personnes, témoins ou victimes ont été réalisées
- Plus d'un millier de procès-verbaux
- 3 magistrats
- 1 juriste assistant spécialisé