Procès du tueur de DRH : "Si on oblige les avocats à témoigner contre leurs anciens clients je ne sais pas où va la démocratie"

Le ministère public a demandé l'audition d'un ancien avocat de Gabriel Fortin. Me Leduc avait défendu l'accusé aux prud'hommes après son licenciement. L'avocat avait refusé, au nom du secret professionnel, d'intervenir dans ces audiences, mais il a fait l'objet d'un mandat d'amener.

Jean-Christophe Leduc, avocat à Chartres, a été retenu plusieurs heures au commissariat de Chartres avant d'être transféré au tribunal de Grenoble (Isère). Il avait refusé, au nom du secret professionnel, d'être entendu en tant que témoin dans le cadre du procès en appel de Gabriel Fortin à Grenoble. 

"Je n'ai plus aucun souvenir de cette affaire et en tant qu'avocat je suis tenu au secret. J'ai donc écrit pour dire que je refusais de venir. Mais si on oblige les avocats à témoigner contre leurs anciens clients, je ne sais pas où va la démocratie", s'est-il indigné au micro de France 3 Rhône-Alpes. 

Jean-Christophe Leduc, avait été conseil de Gabriel Fortin devant les prud'hommes après son licenciement de l'entreprise Francel en Eure-et-Loire. C'est dans ce cadre que l'Avocat général et la défense de Gabriel Fortin souhaitent qu'il soit entendu. 

"La défense de M.Fortin a considéré que la présence de Monsieur Leduc était quelque chose d'incontournable, que son licenciement était ce qui expliquait le passage à l'acte de Gabriel Fortin et probablement son rapport à la justice" explique Me Hervé Gerbi, avocat des sœurs de Patricia Pasquion, tuée par Gabriel Fortin. 

"Depuis le début de cette affaire, il explique que le litige initial qu'il avait eu avec son employeur et pour lequel Me Leduc l'avait défendu est à l'origine de sa dérive, donc il nous paraissait important de comprendre le contexte de cette affaire", confirme Me André Buffard avocat de Gabriel Fortin. 

En août 2006, moins d'un an après son embauche chez Francel, à Chartres, l'ingénieur-mécanicien avait été remercié. On lui reproche alors son manque de précision dans le travail, mais aussi un comportement inapproprié envers sa hiérarchie. Il ne restera pas beaucoup plus longtemps dans l'entreprise Faun Environnement à Guilherand-Granges en Ardèche. 

L'entreprise Faun Environnement à Guilherand-Granges (archives)

Gabriel Fortin avait été engagé définitivement le 1er avril 2009 dans l'entreprise de Guilherand-Granges, en qualité d'ingénieur. Une embauche après une période d'essai concluante. Mais, son licenciement est intervenu moins d'un an plus tard.

Lors de son procès en première instance, lors duquel il a été condamné à la prison à perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans, Gabriel Fortin avait évoqué un "dossier à charge" monté contre lui et le sentiment d'une direction qui voulait se débarrasser de lui : "il ne voulait pas d'une personne qui avait été au conseil de prud'hommes". Gabriel Fortin avait été précédemment licencié de l'entreprise Francel et avait justement entamé des procédures judiciaires, accompagné par Me Jean-Christophe Leduc.

Un avocat entendu malgré lui

"Ce confrère a refusé de venir considérant qu'en raison du respect du secret professionnel il n'avait pas à témoigner. Un mandat d'amener lui a été délivré, ce qui est une grande première", a regretté Me Hervé Gerbi, avocat des parties civiles.

"C'est inédit, car c'est un avocat, mais il était cité à comparaître par le ministère public et il ne peut pas, de lui-même, décider de ne pas venir", estime Me Buffard, avocat de la défense. " Les circonstances peuvent nous éclairer sur les conditions dans lesquelles Gabriel fortin a été licencié. On est là pour comprendre, il a le sentiment d'avoir vécu une lente dérive persécutoire, qui explique selon les psychiatres sa propre dérive".

Je m'insurge sur cette situation très ubuesque où on fait venir, par la force publique, un avocat qui vient témoigner alors qu'il est soumis au secret professionnel, tandis que Gabriel Fortin n'est pas dans le box des accusés, car il refuse d'assister aux débats 

Me Hervé Gerbi, avocat des parties civiles

La présidente, avait cependant exigé la veille la présence de l'accusé, accompagné dans le box manu militari, mais face à ses répétitions incessantes de la même phrase " je ne veux pas assister aux débats", elle a finalement décidé de l'exclure de la salle.

"C'est une position de principe chez lui, il ne veut pas participer au débat. Son attitude est juridiquement possible, nous nous adapterons à cette attitude" a conclu son avocat.

Rappel des faits en images

Gabriel Fortin est jugé pour trois assassinats et une tentative d’assassinat devant la Cour d'assises de Grenoble jusqu'au 29 mai.