En Italie, l'été (toujours aussi chaud) du chantier du TGV Lyon-Turin

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Écrit par Fabrice Liégard
En juin 2011, le premier chantier italien du TGV Lyon-Turin commence à peine qu'il est déjà pris d'assaut par ses opposants.
En juin 2011, le premier chantier italien du TGV Lyon-Turin commence à peine qu'il est déjà pris d'assaut par ses opposants. © corriere.it

« Une attaque sans précédent ! » Après les derniers assauts des No TAV italiens contre le chantier italien de la future ligne Lyon-Turin, les autorités italiennes ont choisi de hausser le ton. Pour ne pas laisser s’installer un certain fatalisme devant la récurrence des violences estivales.

« Le TGV Lyon-Turin est une infrastructure stratégique pour notre pays, garantir chaque jour sa sécurité est donc un devoir pour le gouvernement ». Arrivée tambour battant à la préfecture de Turin lundi 9 août, c’est ce message que la ministre de l’Intérieur italienne a aussitôt martelé à son auditoire. Conviés à ce sommet spécial sur « le maintien de l’ordre public » organisé par ses services : préfet, maire de Turin, chef de la police ou encore syndicats de gardiens de la paix.

 

Un chantier transformé chaque été en champs de bataille

Le 31 juillet, autour du site pourtant clôturé de filets de protection et autres barbelées, les affrontements entre NO TAV (opposants à la construction du Lyon-Turin) et forces de l’ordre ont été particulièrement violents.

Malgré la présence, chaque jour depuis une décennie de travaux, de 200 policiers postés aux abords de la première galerie d’accès italienne au grand tunnel de base - nonobstant l'arrivée récente sur le site du futur autoport de Susa d’autant de militaires en armes - chaque été, les NO TAV reprennent les armes.

Pierres, fumigènes, bombe à mains remplies parfois de pièces métalliques, tentatives d’intrusion sur le chantier à coup de cisailles dans les grilles : les opposants de toute l’Italie se retrouvent en val de Suse pour en découdre avec les forces de l’ordre.

 

Un discours de fermeté à double emploi

« Les forces de police travaillent pour faire respecter l’Etat de droit. Et elles doivent en être remerciées », a lancé la ministre. La fermeté de Luciana Lamorgese affichée lundi à Turin s’est d’abord voulue un message de solidarité envoyé aux forces chargées du maintien de l’ordre. La ministre de l’Intérieur s’est d’ailleurs fait un devoir de rendre visite aux deux policiers blessés lors les derniers affrontements.

« Devant des comportements violents, nos policiers continueront d’agir avec modération, sens de la responsabilité, et de la mesure », a-t-elle déclaré. Une façon de couper l’herbe sous le pied d’opposants qui n’hésitent pas à diffuser sur les réseaux sociaux, les photos de ceux qu’ils estiment être « leurs martyrs ».

En avril dernier, à la suite de violents combats avec les forces de l'ordre, une habituée des manifestations anti Lyon-Turin avait dû être hospitalisée pour une fracture au visage et deux hémorragies cérébrales. « La faute à une bombe lacrymogène lancée à hauteur d’homme », selon ses compagnons de lutte. « La preuve surtout d’une réaction disproportionnée de la police », renchérissaient les leaders NO TAV.

Des accusations auxquelles la préfecture de police de Turin avait répondu : « Une lacrymogène ne peut pas provoquer ce type de blessure. Ou bien cette femme est tombée à terre, ou alors, elle a été atteinte par les pierres et autres projectiles lancés par ses propres amis ».

 

Deux chantiers italiens, deux fois plus de violences

Quoiqu’il en soit des responsabilités de chacun, il reste que la vallée de Suse se retrouve désormais aux prises avec non plus un, mais deux foyers de tensions.

Le chantier « historique » de Chiomonte : la première galerie de reconnaissance italienne (galleria geognostica) de 9 km y est achevée depuis 2017 mais les travaux d’agrandissement se poursuivent. Objectif, mettre notamment en place une nouvelle sortie de l’autoroute entre Turin et le tunnel du Fréjus. Elle permettra un accès plus direct au premier chantier italien ouvert en 2011.

Mais depuis la fin de l’an dernier, c’est sur un second front que les NO TAV entendent également faire entendre leur voix : celui de San Didero.

C’est là, à deux pas de la future gare de sortie en territoire italien du tunnel de base de 57 kilomètres, qu'ont commencé les travaux du nouvel autoport. 68 000 mètres carré entièrement voués aux poids-lourds. Un second chantier indispensable aux objectifs de ferroutage promis par la future ligne ferroviaire.

D'où les assauts déjà nombreux entrepris par les détracteurs d’une nouvelle ligne de fret dont la réalisation vient d’être repoussée à 2032, officiellement à cause des retards dus à la pandémie de Covid-19.

 

« L’occupation militaire empêche les habitants de vivre normalement »

Malgré tout, un constat s’impose : le Lyon-Turin avance. D'abord en France où, autour de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie), le paysage se modifie lentement, préparant la naissance de la grande gare d’entrée dans le tunnel de 57 kilomètres sous les Alpes. Mais aussi en Italie où, malgré la pandémie, la crise économique, la présence policière, les affrontements, la Torino-Lione bouge toujours. Au grand dam de Loredana Bellone, conseillère municipale de San Didero.

« L’occupation militaire de notre territoire est très grave, juge-t-elle. Il est inacceptable que la présence des forces de police vienne perturber le quotidien de nos habitants ! »

Loredana ne faisait pas partie des invités de la ministre Lamorgese, lundi, en préfecture de Turin. Pas plus que le président de l’union des communes de montagne de la vallée de Suse qui s’est d'ailleurs plaint de ce que les Valsusains considèrent depuis des années comme un souverain « mépris institutionnel » à leur égard. Bref, les décennies se suivent et se ressemblent. Sur la "Torino-Lione", à chaque nouveau coup de pelle, son psychodrame à l’italienne.

 

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