"Des progrès restent à faire" : dans les stations de ski, le difficile accès des personnes à mobilité réduite

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La saison hivernale commence et, à l'approche des vacances de Noël, les personnes à mobilité réduite envisagent, elles aussi, de profiter des pistes de ski. Mais l'accès à certaines installations demeure difficile dans les stations. Ce qui peut parfois pousser à l'isolement de ce public.

Monique Avrillon arpente les stations de ski des Alpes avec son tandem depuis bientôt 16 ans. Pendant toutes ces années, elle a transporté, au bas mot, plus d'un millier de personnes handicapées. Cette année, alors que la saison hivernale recommence, elle a déjà repris le chemin des pistes : "C'est un accès à une liberté qui leur échappe dans leur quotidien marqué par le médical et l'isolement", décrit la bénévole de l'association APF France Handicap.

"Cela leur apporte beaucoup de confiance, ils se sentent capables de faire quelque chose, un sport de vitesse. Ils ont des sensations d'adrénaline, des sensations physiques. C'est très fort. C'est aussi un des seuls moyens pour eux de profiter de la montagne", poursuit-elle.

"Après deux heures de ski, ils sont rincés. C'est de la bonne fatigue", lâche-t-elle en souriant. Si l'activité leur apporte beaucoup, les obstacles restent nombreux. Pour cause, toutes les stations ne sont pas équipées pour accueillir les personnes à mobilité réduite.

Un travail de reconnaissance

"Les stations de ski ont été construites il y a des décennies. Les mentalités et les sensibilités n'étaient pas les mêmes. Presque rien n'était fait pour l'accès aux personnes à mobilité réduite. Ça change mais à une très petite vitesse", constate Nicolas Gendreau, éducateur au comité handisport de Savoie.

Il faut également mesurer les télécabines. Toutes ne sont pas assez grandes.

Nicolas Gendreau, éducateur au comité handisport de Savoie.

Selon lui, sans les téléskis, totalement inadéquats aux personnes handicapées, "près de 90 % des remontées mécaniques sont adaptées". Mais des difficultés demeurent. Avant d'organiser les sorties de son comité, Nicolas Gendreau et ses équipes doivent réaliser un important travail "de reconnaissance".

"Nous avons prévu d'emmener nos sportifs à Val Joly en mars. On va devoir effectuer une reconnaissance en janvier." Soit près de deux mois à l'avance : "Il faut être vigilant sur beaucoup de domaines : les places de parking, les toilettes PMR, les tarifs, l'accès aux caisses, au front de neige… Il faut également mesurer les télécabines. Toutes ne sont pas assez grandes pour transporter nos équipements."

Des stations plus inclusives

Pour éviter ce long exercice, Nicolas Gendreau, comme Monique Avrillon, a ses habitudes dans certaines stations de ski. Pour l'éducateur du comité handisport, il s'agit de Courchevel. La bénévole d'APF France Handicap préfère, elle, le Grand-Bornand.

La station haut-savoyarde avait été prise en exemple. À la fin de l'été dernier, la secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, s'était même rendu entre le massif des Bornes et la chaîne des Aravis pour s'inspirer des actions mises en place.

Depuis de nombreuses années, le Grand-Bornand propose des pratiques sportives adaptées, des événements inclusifs et des installations accessibles à tous. "À chaque fois que j'y vais, je vois beaucoup de personnes à mobilité réduite. Ça foisonne", témoigne Monique Avrillon.

"Du mieux"

Ces initiatives ont permis de changer les mentalités. "Avant, les tarifs pour les personnes handicapées n'étaient même pas indiqués sur les brochures des stations. C'était une situation un peu floue. Il fallait négocier en caisse."

La petite ligne est désormais apparue sur l'ensemble des grilles tarifaires : "Il y a des réglementations. Mais généralement, une personne handicapée payera toujours plus cher qu'une personne valide : elle doit payer son forfait, ainsi que ceux de ses accompagnateurs."

On pouvait sentir que l'on gênait.

Monique Avrillon, bénévole en Haute-Savoie pour APF France Handicap

"Des progrès restent à faire. Il manque parfois des places de parking bleues, les chaussées ou des toilettes ne sont pas toujours adaptées. Ces détails sont rédhibitoires", constate Monique Avrillon : "Ces difficultés favorisent l'isolement des personnes à mobilité réduite."

"Mais il y a eu du mieux", nuance la bénévole. Notamment auprès du regard du grand public : "L'opinion des personnes valides a évolué. Avant, on pouvait sentir que l'on gênait."

Elle se souvient notamment d'une anecdote : "Il y a quelques années, nous avions organisé un regroupement de tandems. Nous étions dans la file d'attente d'une remontée mécanique et on sentait les regards sur nous. Un de mes collègues a entendu un skieur dire qu'il faudrait des pistes réservées aux handicapées. Il lui a répondu qu'il faudrait surtout des remontées mécaniques réservées aux cons, mais qu'il y aurait beaucoup de monde", se rappelle-t-elle en rigolant. "Heureusement, les choses changent."