Hommage. Mory Kante : disparition "d’un Monsieur qui se débrouille pas mal”

"C’est un homme simple, d’une grande humilité, l’oeil rieur et la voix douce que j’ai eu le bonheur de rencontrer la veille d’un concert donné le 1er avril 2006 à l’Auditorium de Lyon". Alain Fauritte se souvient.
 

Mory Kante : disparition "d’un Monsieur qui se débrouille pas mal”. Alain Fauritte se souvient.
Mory Kante : disparition "d’un Monsieur qui se débrouille pas mal”. Alain Fauritte se souvient.
"Je ne me doutais pas, tout au long des nombreux numéros de “Déclik”, que je verrai disparaitre un jour les personnalités que j’avais eu autant de joie à croiser. Pourtant, je ne reverrai plus Grégory Lemarchal, Maurice Jarre, Micheline Dax, Mick Micheyl,, Hubert Mounier (Clit Boris de l’Affaire Luis Trio), Didier Lockwood, Jean-Pierre Coffe, Marie Laforêt, Nilda Fernandez et Mory Kanté. Aucun n’était de ma famille mais l’annonce de leur décès s’est chaque fois accompagnée d’un pincement au coeur plus ou moins intense en fonction du degré de sympathie, d’attachement ou d’admiration que j’avais pour eux."
 

Mory Kanté, un homme d'une impressionnante humilité


Pour Mory Kanté, c’est un souvenir qui date maintenant de 16 ans. J’ai présenté des centaines d’émissions depuis ce 1er avril 2006, mais je garde le souvenir d’un homme d’une impressionnante humilité. Ce jour là, il donnait un concert à l’Auditorium de Lyon. C’était quasiment 20 ans après son gigantesque tube mondial “Yéké-Yéké”. Un succès tel qu’il marque à vie celui qui le connait. Pourtant, le “griot electrique”, comme on le surnommait, ne portait aucun stigmates des victimes de trop de reconnaissance. Il faut dire qu’il avait accumulé 11 albums avant de connaitre un triomphe planétaire, et que, comme tout vrai artiste, il devait toujours douter de lui...

D’ailleurs, lorsqu’en fin d’émission, je lui demande de commenter la photo que j’ai faite de lui, il me dit “je vois un Monsieur qui se débrouille pas mal, qui aime et qui veut être aimé, qui aime la vie, le travail, et trouve du plaisir à jouer...”. Un homme simple, qui s’est pourtant retrouvé ambassadeur de la culture africaine, de la musique de tout un continent et des griots, ces transmetteurs de tradition qui n’ont pas vraiment d’équivalent chez nous. Un lourd fardeau sur ses épaules, qu’il a assumé toute sa vie durant car issu d’une famille dont c’était le devoir.
 

Un musicien né


Né à Conakry, capitale de la Guinée, au sein d’une famille de 38 enfants, il aura appris très vite à trouver sa place. Celle de musicien. Dès 4 ans, il apprend à jouer du Balafon, une sorte de xylophone originaire du pays de sa mère: le Mali. Formé pour transmettre la culture, il apprendra aussi à jouer d’autres instruments, dont la Kora, à la fois harpe et luth, qui fait résonner ses cordes dans une demi-calebasse recouverte d’une peau tendue. Une kora dont il ne se sépare jamais. Il aimait à dire que c’était sa première femme et que, d’ailleurs, il ne s’en séparait jamais, même en avion où il payait toujours une place plein tarif pour son impressionnant instrument qui ne voyageait donc jamais en soute !

Ils n’ont pas vraiment d’équivalent chez nous. Un lourd fardeau sur ses épaules, qu’il a assumé toute sa vie durant car issu d’une famille dont c’était le devoir.
 

Une vie dédiée à la musique


Un homme dont la vie était dédiée à la musique qui n’oubliait jamais que sa notoriété pouvait aussi lui permettre de transmettre des messages. Il aimait ainsi rappeler que “l’homme qui a faim n’est pas un homme libre”, et que l’Afrique, “a l’indépendance politique mais pas économique”. Un comble pour un continent où tout pousse!

Ce que je retiendrai pourtant de Mory Kanté, c’est lorsqu’il me rappelle qu’en arrivant en France en 1982, il était sans papiers, que c’était dur et qu’il est reparti dans son pays. Il est revenu en 1984 et a obtenu cette année là les Marracas d’Or. Sa carrière hors du continent africain était lancée. Elle ne s’est plus arrêtée jusqu’à l’annonce de son décès survenu ce 22 mai 2020 dans sa ville natale. Adieu Monsieur Kanté !
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