Au-delà des sélections des prix littéraires, «La terre invisible» d’Hubert Mingarelli mérite le voyage

« La terre invisible » d’Hubert Mingarelli / © Marc Melki
« La terre invisible » d’Hubert Mingarelli / © Marc Melki

« La terre invisible » d’Hubert Mingarelli est une terre intérieure. Le dernier roman de l’écrivain installé en Isère nous entraîne dans le cheminement de deux hommes dans l’Allemagne au sortir de la seconde guerre mondiale.

Par Franck Giroud

Le dernier livre d’Hubert Mingarelli, installé en Isère, a fait son bout de chemin dans les listes d’ouvrages sélectionnés par le prix Goncourt. Il ne fait pas partie de la dernière sélection des quatre livres encore en lice, mais ne passez pas votre chemin, suivez-le.

Nous sommes en 1945 dans une ville allemande occupée par les alliés. Un photoreporteur anglais qui a suivi la libération d’un camp de concentration ne se résout pas à quitter le terrain. Il partage en peu de mots ces images traumatisantes avec le colonel anglais qui occupe la chambre d’hôtel voisine. Il envisage de parcourir l’Allemagne pour photographier les habitants devant leur maison. Le colonel le comprend et répond à son projet. Et le voilà parti sur les routes en compagnie d’un chauffeur du régiment du colonel. Un jeune militaire tout juste arrivé sur le terrain et qui n’a pas rien vu de la guerre.

Avec cette mise en situation itinérante, Hubert Mingarelli nous embarque dans de drôles de voyages intimes. Ceux des deux personnages errant dans une campagne germanique assez peu déterminée, écrasée de chaleur. Le photoreporteur se raconte à la première personne. Il observe ce jeune soldat, O’Leary. Avec une économie de mots, tout en petites choses minuscules, en silence, en observation de l’univers rural d’une population vaincue, ces deux hommes trimballent leurs difficultés de vivre. Ils parlent peu. O’Leary semble avoir vécu un épisode douloureux sur une plage anglaise, le photoreporteur cauchemarde chaque nuit ou presque sur les morts des camps et la difficulté de couvrir leurs corps : «Nous les retenions (les bâches) avec nos mains de toutes nos forces mais une force plus grande continuait de les soulever et chacun au fond de lui savait que c’étaient les morts qui poussaient avec leurs jambes grises».

En contraste subtil presque en douceur, Hubert Mingarelli nous fait partager cette route de chacun à la recherche de lui-même. A la recherche ou en fuite face à lui-même. Et petit à petit au fil des rations alimentaires partagées devant le coffre de leur voiture ce quotidien masculin peu causeur nous fait entrer dans cet étirement du temps sans but affirmé mais nécessaire à chacun pour retrouver un peu, sinon de sérénité, au moins de confiance en soi et en l’autre.

Vous laisserez les deux hommes au bord de la route et vous continuerez à revoir les images de ces instants partagés avec eux, de ces images fixées par le photographe sur cette Allemagne figée sur l’été 1945.

« La terre invisible » d’Hubert Mingarelli éditions Buchet Chastel
 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus