Dix parlementaires de l'Isère s'opposent à la construction d'une église traditionaliste à Meylan près de Grenoble

"Faire barrage à un projet d'intégrisme religieux", écrit le sénateur Guillaume Gontard au Premier ministre pour s'opposer à la construction d'une église de la Fraternité Saint-Pie X à Meylan près de Grenoble. Neuf parlementaires isérois ont aussi interpellé le ministre de l'Intérieur. 

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En 2018, l'association MeyDia dépose un recours auprès de la justice administrative pour faire annuler le permis de construire d'une église à Meylan près de Grenoble.

Le projet se situe sur le terrain d'une école catholique hors-contrat, installée là depuis 25 ans, qui accueille environ 50 enfants. L'école Saint-Pierre-Julien-Eymard est rattachée à la FFSX.

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, ou FSSX, a été créée par Monseigneur Lefèbvre, évêque traditionaliste pour certains, intégriste pour d'autres, en tout cas excommunié par le Pape en 1988. 

 

Un camp de base pour l'extrême droite ?

 

Trente ans après ces évènements, en 2018 à Meylan, l'association MeyDia redoute que la relais de la Fraternité à Meylan ne devienne, en se dotant d'une église d'environ 300 places, "le camp de base de l'extrême droite locale". Pour l'association, "derrière la Fraternité, se cache le mouvement Civitas". Civitas, parti national-catholique, veut "rechristianiser" la France et se revendique de Charles Maurras, le tristement célèbre idéologue royaliste et antisémite des années 30.

Notre reportage sur le projet contesté de construction d'une église à Meylan diffusé en janvier 2018.

Reportage du 31 janvier 2018

La FSSPX affirme à l'époque qu'elle a rompu avec Civitas. Pourtant, quelques mois plus tard, une conférence est organisée dans ses locaux meylanais.

Elle est intitulée : "Les droits de l'homme : pourquoi et comment les combattre". L'un des prêtres meylanais nous explique alors ne pas être contre les Droits de l'Homme "dans la mesure où ils ne sont pas contre les droits de Dieu.

Notre reportage sur une conférence controversée à Meylan diffusé en avril 2018.

Reportage avril 2018

Urbanisme ou idéologie ?

 

Ce 15 avril 2021, le Tribunal Administratif de Grenoble se prononce enfin sur le recours de l'association MeyDia. Il rejette la demande d'annulation du permis de construire, les règles d'urbanisme étant respectées. 

Le nouveau maire de Meylan, élu en 2020, Philippe Cardin (Divers gauche) s'insurge : "le problème dans tout ça, c'est que ce n'est pas un problème d'urbanisme !" 

Il fait le rapprochement avec la situation à Albertville, en Savoie, où le maire s'estime tout autant "démuni" pour s'opposer à la construction d'une école "confessionnelle" par une association décrite comme proche de la Turquie. Mais dans cette affaire savoyarde, le projet fait réagir jusqu'au gouvernement. "Est-ce que les politiques nationaux vont venir ici pour interdire la construction de cette église, comme ils le font pour des musulmans ?" s'interroge le maire.

 

Deux poids, deux mesures ?

"Il ne faut pas faire deux poids, deux mesures", poursuit Philippe Cardin. "Ce qui est dit dans la loi séparatisme, c'est que l'État veut combattre tous ceux qui combattent les racines ou les valeurs de la République. Moi j'estime que Civitas et la Fraternité Saint-Pie-X combattent les valeurs de la République".

"Ils sont contre la liberté de croire, la liberté de penser, la liberté de conscience" affime le maire de Meylan. "Ils ne reconnaissent pas beaucoup de nos lois, en particulier l'égalité homme-femme par exemple. Je dis donc à l'État de prendre ses responsabilités et d'interdire l'installation de ces églises". Ce 10 mai, le conseil municipal de Meylan a voté à l'unanimité un voeu contre la construction de cette église.

 

Lutter contre le repli identitaire

Dans son courrier au Premier ministre, le sénateur Guillaume Gontard (Groupe Ecologiste Solidarité et Terriroires) dénonce un lien avec Civitas "qui assure aujourd'hui l'interface entre les membres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et les mouvances néo-fascistes, nationalistes et plus largement les droites identitaires anti-avortement, anti-mariage pour tous et anti-immigrés".

Il s'inquiète que jusqu'à ce jour "aucune réponse n'a été apportée au maire de Meylan sur l'appui des service de l'Etat pour examnier le bien-fondé et la légalité d'un tel projet qui semble contraire à nos valeurs républicaines".

Le sénateur ajoute : "après plusieurs semaines de débat au Parlement sur le projet de loi confortant les principes de la République et de lutte contre le séparatisme, qui entend apporter des réponses au repli communautaire et lutter contre toutes les formes d'obscurantisme, ce projet apparaît comme un cas d'école, après l'opposition par la maire d'Albertville à la construction d'une école musulmane".

 

Dix parlementaires interpellent l'Etat

Guillaume Gontard rejoint ainsi les neuf parlementaires qui ont écrit, eux, au ministre de l'Intérieur. Monique Limon, Emilie Chalas, Cendra Motin, Catherine Kamowski, Marjolaine Meynier-Millefert, Jean-Charles Colas-Roy, Camille Galliard-Minier pour LREM, Elodie Jacquier-Laforge MODEM et Didier Rambaud, RDPI, estiment qu'il est "difficilement concevable qu'un groupe religieux, rejetant un certain nombre de nos principes et valeurs républicains, puisse construire un lieu de culte dans l'un de nos territoires"

Les signataires de la lettre ajoutent : "il est important de lutter contre toutes les formes d'obscurantisme et d'extrémisme religieux, quel qu'il soit".

 

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