Coronavirus : “un cauchemar éveillé” pour les métiers de l'événementiel dans les Alpes

En Isère, le secteur de l'événementiel rencontre des difficultés, notamment dans les "zones à risques", comme les foires ou les stations de ski. / © Stéphanie Para/MaxPPP
En Isère, le secteur de l'événementiel rencontre des difficultés, notamment dans les "zones à risques", comme les foires ou les stations de ski. / © Stéphanie Para/MaxPPP

L'épidémie du Coronavirus Covid-19 se poursuit ces derniers jours avec 146 cas confirmés, ce lundi 9 mars en région Auvergne-Rhône-Alpes. De nombreuses manifestations sont perturbées, voire annulées. Un "cauchemar" pour le secteur de l'événementiel en Isère, Savoie et Haute-Savoie.

Par Antoine Belhassen

La propagation du Coronavirus Covid-19 se poursuit en région Auvergne-Rhône-Alpes : ce lundi 9 mars, 146 personnes ont été confirmées positives au virus par l'Agence régionale de santé (ARS). Dont 62 dans les départements de l'Isère et de la Haute-Savoie.

Depuis plusieurs jours et l'évolution du Covid-19, des manifestations sportives comme culturelles sont perturbées. Voire annulées. Le secteur de l'événementiel apparaît en première ligne des métiers les plus touchés par les conséquences économiques de l'épidémie.
 

Dans les départements de l'Isère, de Savoie et de Haute-Savoie, le secteur (335 000 emplois en France) est mis à mal depuis une quinzaine de jours. "C'est un cauchemar éveillé. Nous voyons la crise évoluer mais nous ne pouvons pas y remédier", s'alarme Patrice Knecht, gérant de la société La Fine Fourchette, basée en Isère et qui travaille sur le territoire Rhône-Alpes.

Tous les jours, la petite société d'une douzaine de salariés et d'une trentaine de collaborateurs extérieurs voit ses commandes annulées ou reportées : "Depuis la semaine dernière, l'équivalent de 5 % de notre chiffre d'affaires annuel est déjà parti en fumée", explique le directeur de cette société spécialisée dans la restauration événementielle.

Un peu partout dans la région, des événements ont été repoussés suite aux dernières directives du ministère de la Santé, qui interdisent notamment les rassemblements de plus de 1 000 personnes. "Même de plus petits rassemblements sont annulés. Pour le mois de mars, 80 % de notre carnet de commande est supprimé. Certaines entreprises avec qui nous devions travailler annulent leur rassemblement. Par simple souci de précaution."

Tout un maillon fragilisé


Le directeur de l'entreprise craint un désastre économique et social : "Nous communiquons forcément avec les lieux d'accueil et les autres prestataires de l'événementiel. Il y a une grande inquiétude. Tout le maillon est en danger. Et cela ne concerne pas uniquement les grands événements de plus de 1 000 personnes."

Patrice Knecht fait également partie de l'association des Traiteurs de France : "J'ai récemment assisté à une réunion : en pas moins de trois jours, les membres de l'association ont enregistré une perte de 3,5 millions d'euros." De nombreux membres auraient déjà décidé de recourir à un chômage partiel dans leur entreprise. Le directeur de La Fine Fourchette n'écarte pas cette possibilité :

Dès la semaine prochaine, nous pourrions expliquer à nos salariés que l'on ne peut pas poursuivre notre activité à un rythme normal. Nous avons déjà fait savoir que nous devrions serrer la vis pour éviter toutes les dépenses subsidiaires. On ne pourrait pas tenir deux mois de plus à ce rythme.


"Les agents se posent beaucoup de questions"


David Ricois, gérant de la société grenobloise Lone Wolf, spécialisée dans la sécurité, témoigne, lui, des inquiétudes de ses salariés : "Pour le moment, je n'ai pas de baisse sensible d'activité. Mais, mes agents se posent beaucoup plus de questions. Ils craignent d'être au contact de populations, notamment étrangères. Dans les stations, c'est un vrai casse-tête. On ne peut pas leur mentir et leur expliquer qu'il n'y a aucun risque."

Entre 45 et 60 personnes sont à sa charge. Parmi ceux-là, trois agents en particulier ont peur d'une contamination : "Les agents s'interrogent. Ils veulent savoir s'ils sont envoyés dans des zones touchées, s'ils sont exposés à des personnes à risques. S'ils acceptent leur mission, ils ne veulent absolument pas sortir de leur logement en dehors de leurs missions."

"Depuis une quinzaine de jours, les inquiétudes prennent de plus en plus d'ampleur. J'appréhende le fait que d'autres agents rechignent à travailler", s'alarme David Ricois. Certains de ses agents sont notamment envoyés dans les établissements de nuit de l'Alpe d'Huez. Le Tomorrowland, un festival de musique électronique, devait y être organisé du 14 au 21 mars prochain. Mais en raison de la propagation du virus, l'édition 2020 a été annulée. Près de 20 000 personnes, de 100 nationalités différentes, devaient y prendre part.
 

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