ENQUETE. Vaccination : 18 centres en Isère mais encore le parcours du combattant pour obtenir un rendez-vous

A l'heure où l'ouverture du vaccinodrome d'Alpexpo à Grenoble veut illustrer l’accélération de la campagne de vaccination, nous avons fait le tour des 18 centres existants en Isère. Impossible d'avoir un créneau disponible ou presque, et la visibilité sur le nombre de doses reste encore floue.

Centre de vaccination du Versoud (illustration)
Centre de vaccination du Versoud (illustration) © France 3 Alpes

Où quand et comment se faire vacciner en Isère ? Les rendez-vous sont-ils toujours aussi difficiles à obtenir ? Existe-t-il suffisamment de centres pour mailler le territoire, que l'on habite la capitale des Alpes, le plateau Matheysin, Voiron, Vienne ou Saint-Marcellin ?

Nous avons choisi de nous en tenir à un seul département, en l'occurence l'Isère, afin d'avoir une vision générale et complète d'un même territoire, et parce que l'un des 38 vaccinodromes promis en France va ouvrir ce vendredi 9 avril à Grenoble, en présence du Ministre Olivier Véran, dont la visite a été annoncée vers 13 heures.

Le site retenu est en finalisation de préparation à Alpexpo, choisi pour sa situation géographique dans l'agglomération grenobloise.

 

18 centres de vaccination qui "épongent" pour l'instant les listes d'attente

Les progrès en matière de maillage sont indéniables : le 7 janvier dernier, il n'existait qu'un seul centre par département. Fin janvier, le chiffre s'est élevé à six (sans compter les hébergements pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), ni les unités de soins de longue durée (USLD). 

Il y a désormais dix-huit centres de vaccination au total en Isère.  Pour les consulter, nous avons suivi les conseils du site officiel du Ministère de la Santé, qui renvoie aux listes, établies par département, pour choisir le point de vaccination "le plus proche de chez soi"

Une liste a priori exhaustive, plutôt claire et pratique, indiquant adresse, coordonnées téléphoniques et profil du lieu : salles des fêtes, annexes hospitalières, maisons des habitants, ou maisons d'associations... Tout cela sur le site de Santé.fr Isère.

Les données proviennent des Agences régionales de santé, saisies dans la base AtlaSanté. Après toutes les indications utiles sur les profils prioritaires ou concernés, on nous indique qu'il est aussi possible de se faire vacciner "chez votre médecin traitant, votre médecin du travail ou sur votre lieu de soin".

Et d'ajouter : "Plus de 18000 pharmacies sont engagées dans la vaccination et seront bientôt présentées ici sur notre site", car pour l'instant,  les pharmacies qui pratiquent la vaccination ont pâti elles aussi des retards de livraison et n'étaient toujours pas opérationnelles le 17 mars dernier.

Les médecins ont également reçu des doses au compte-gouttes, quand ils n'étaient tout simplement pas en rupture de stocks dès janvier.

Alors où en sont les centres de vaccination ? A vrai dire, sur les agendas et les calendriers, ce mercredi 7 avril, tout est grisé. Et vous n'obtenez plus guère que trois types de réponses, quelque soit votre "profil prioritaire" :

Sur le message d'attente d'un interlocuteur au téléphone, il est conseillé de prendre rendez-vous en ligne plutôt que par téléphone afin de ne pas engorger les standards d'appels relativement saturés par les questions, "et tout particulièrement par les doutes suscités sur le vaccin AstraZeneca sur lequel portent au moins 50 % des interrogations", nous explique-t-on dans un centre du nord-Isère qui nous rassure : "pour nous le souci ne se pose pas : les injections d'AstraZeneca sont pratiquées par des médecins en cabinet, et les centres isérois vaccinent avec Pfizer et Moderna".

En revanche, pour un rendez-vous pour notre grand-mère âgée de plus de 87 ans, qui vit à domicile, cela risque d'être compliqué : "tout est grisé, parce que nous n'avons plus de créneau disponible, tout est pris, nous avons enfin reçu des vaccins et nous vaccinons ceux qui attendaient déjà sur la liste des rendez-vous", nous précise-t-on. Et l'on nous conseille... de tenter notre chance dans un autre centre, un peu plus loin du domicile.

Très gentiment, notre interlocutrice au téléphone regarde sur ses tabletttes : "ah je vois un désistement à l'instant, à 8h45 mais à Saint-Laurent-du-Pont demain, si c'est possible pour elle... C'est trop loin et trop rapide ? Je comprends, attendez, si, j'ai un créneau le 16 avril, vous prenez ? Ah, si vous devez lui demander d'abord et nous rappeller, il risque d'être pris entre-temps, je suis désolée".

Dernier petit tour d'horizon de la plateforme ce mercredi 7 avril vers 16 heures : des places qui se comptent sur les doigts d'une main, une à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs le 14 avril, le 21 avril à Saint-Marcellin, le 27 à Bourgoin-Jallieu, entre autres, et sans doute réservées depuis.

 

Aucun rendez-vous programmé au-delà du 30 avril

Et en mai ? A l'exception du centre de Vienne qui nous a confié être provisoirement en rupture de stocks, tous les autres centres ont manifestement enfin reçu de quoi faire face jusqu'au 30 avril. En revanche, aucun rendez-vous n'est encore disponible à partir du 1er mai et a fortiori les jours qui suivent. 

"Ce n'est pas la peine de prévoir un calendrier même léger, si nous ne pouvons pas avoir les vaccins suffisants", nous explique-t-on. Une stratégie que le service communication de l'ARS de la Région AURA nous a confirmée : "il s'agit de mettre en place les dispositifs en fonction des disponibilités des doses de vaccins, et de la visibilité que les centres ont chacun de leur côté". Quelle visibilité ? Difficile de le savoir :" la vaccination contre le Covid-19 se déploie dans les 12 départements de la région au rythme des livraisons des trois vaccins autorisés".

 

Et au vaccinodrome d'Alpexpo ?

Le méga-centre vient tout juste de faire son entrée, comme 18ème adresse, sur la liste, au même titre que les autres, avec les même modalités : 

On peut y cocher 4 motifs de consultation :

Il est par ailleurs précisé que c'est "lors du rendez-vous pour la 1ere injection, qu'il sera donné sur place un rendez-vous pour la 2e injection". 

Le site doit ouvrir ce vendredi 9 avril. Hier encore, les créneaux disponibles semblaient trouver difficilement preneurs. En revanche ce jeudi 8 avril vers 18 heures, toutes les colonnes de vendredi de 9h à 18h30 et de samedi de 9 h à midi sont grisées, donc réservées.

Le centre de Grenoble devrait pouvoir être en mesure de pratiquer jusqu'à 3000 vaccinations par jour, réalisées par des équipes du CHU Grenoble Alpes et le Service départemental d’incendie et de secours de Grenoble. Il doit aussi fonctionner le dimanche.

Ce jeudi soir, il reste des centaines et des centaines de places, de 9 heures à 19 heures... jusqu'au 30 avril.

Car à Alpexpo non plus, rien n'est plus programmé à partir du... 1er mai. Faute de visibilité, incertitude d'approvisionement suffisant, ou stratégie ? "La période est difficile", admet l'ARS, et "certains centres préfèrent ne pas s'engager ou s'organiser sur du trop long terme, mais sur des délais mensuels, plus faciles à gérer".

 

Une course à la production de vaccins, sans effets immédiats à court terme

Certes, des vaccins contre le Covid-19 ont été mis ce mercredi 7 avril en flacons en France, une première saluée par le président Emmanuel Macron, même s’il n’y aura pas d’effets immédiats sur la campagne de vaccination. « Ca a démarré ce matin », a déclaré à l’AFP le groupe Delpharm, qui embouteille dans le département de l’Eure-et-Loir, à une centaine de kilomètres de Paris, ces vaccins Pfizer/BioNTech.

« 250 millions de doses de vaccins Covid-19 produites en France en 2021 : voilà notre objectif », s’était félicité Emmanuel Macron sur twitter. 

Les vaccins ont été livrés mardi en vrac à Delpharm, de l’usine de BioNTech à Marbourg en Allemagne, où ils sont fabriqués. Le sous-traitant français est chargé de l’étape finale : "les mettre dans les flacons qui seront in fine distribués aux vaccinateurs".

Même s’ils sortent de l’usine française, ils ne seront pas immédiatement injectés. Il faudra près d’un mois pour les homologuer. Et ils ne seront pas spécifiquement destinés aux Français. Delpharm, qui promet « des millions de doses à terme », a précisé que la proportion devrait correspondre pour la France à près de 15% de la production.

D’ici à quelques jours, un concurrent de Delpharm, le suédois Recipharm, commencera à mettre en flacons des vaccins de la firme américaine Moderna en Indre-et-Loire. Fin mai, l’entreprise Fareva s’occupera du vaccin allemand CureVac - pas encore approuvé dans l’UE - dans l’Eure et dans les Pyrénées-Atlantiques.

Enfin, le géant Sanofi prêtera à partir de cet été main forte à son concurrent américain Johnson & Johnson en embouteillant son vaccin à côté de Lyon.

Déjà approuvé dans l’UE, mais sujet à des restrictions pour certaines tranches d’âge, le vaccin AstraZeneca n’est pas pour l’heure censé être embouteillé en France.

 

Un retard de vaccination "jugé inacceptable" par l'OMS

Même si ces premiers vaccins mis en flacons sur le sol français ne changeront pas immédiatement la donne, ils constituent un symbole bienvenu pour le gouvernement.

La vaccination avance en effet nettement moins vite en France - et dans toute l’UE - qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. En fin de semaine dernière, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a jugé « inacceptable » le retard européen.

L’embouteillage sur le sol français offre aussi à l’Etat un argument pour répondre à l’enchaînement de critiques d’opposants ces derniers mois sur un manque supposé de soutien public au secteur de la santé.

1,47 million d'injections en trois mois en Auvergne Rhône-Alpes

Selon les tous derniers chiffres communiqués par L'Agence Régionale de Santé AURA ce 6 avril : " Au dimanche 3 avril, ce sont 1,103 million de personnes de la région qui ont reçu au moins une dose de vaccin parmi lesquelles 364 000 ont reçu les deux doses soit un total de 1,47 million d’injections réalisées depuis le début de la campagne".

"Durant le mois d’avril ce devrait être près de 1,4 million de doses de vaccins qui seront livrées (environ 350 000 chaque semaine), auprès des établissements de santé, médico-sociaux, centres de vaccination et pharmacies de ville pour les professionnels libéraux."

Au 25 mars dernier, toujours selon l'ARS, 170 000 vaccinations ont été réalisées au profit du public éligible en Isère.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
vaccins - covid-19 santé société région auvergne-rhône-alpes