Grenoble : "Ici, ce n'est pas Chicago !", à Mistral, des habitants veulent changer l'image de leur quartier

La polémique sur les vidéos d'hommes cagoulés et lourdement armés a de nouveau attiré les regards vers le quartier Mistral, à Grenoble. Depuis cet emballement politico-médiatique, les quelque 2 000 habitants de la cité ont retrouvé le calme. Et veulent donner une autre image de leur quartier.

Des jeunes habitantes du quartier Mistral, entourées de forces de l'ordre, début septembre.
Des jeunes habitantes du quartier Mistral, entourées de forces de l'ordre, début septembre. © Jean-Philippe Ksiazek - AFP
"On n'est pas des animaux, ni des analphabètes. On travaille pour la plupart et on essaie d'effacer l'étiquette qui nous pend à la figure à cause d'une minorité." Nadia Sekhri, mère de famille de 41 ans, est revenue s'installer dans le quartier de son enfance il y a peu : le quartier Mistral, à Grenoble.

L'agence immobilière lui a bien demandé "vous êtes sûre? " quand elle s'est enquis d'un appartement à louer dans le parc privé. Car Mistral est rarement demandé, avec ses 90 % de logements sociaux en grands ensembles, ses 31 % de taux de chômage et ses 40 nationalités représentées. Et des coups de chaud comme les règlements de compte de l'été ou les émeutes de mars 2019 après la mort en scooter deux adolescents tentant d'échapper à la police. Sans oublier la récente polémique, sortie le 25 août dernier : une vidéo avec des hommes cagoulés et lourdement armés a fait irruption sur les réseaux sociaux et a entraîné un emballement politico-médiatico-judiciaire.
 

Les habitants rencontrés par France 3 Alpes début septembre ont fait part de leur ras-le-bol d'être stigmatisés. "Nous, on n'a jamais eu de soucis de sécurité dans le quartier au quotidien, affirme une infirmière qui travaille à la pharmacie. Le problème, c'est que dans les médias, on ne voit que les problèmes, mais on ne voit pas quand ça se passe bien. Et la plupart du temps, ça se passe bien."



300 adhérents au FC Mistral


Grande comme cinq terrains de foot, la cité est engagée depuis quinze ans dans une profonde mutation. Les barres tombent les unes après les autres, avec à la clef une division par trois de la population. Le bâti conservé est rénové, l'espace central - "la Prairie" - se végétalise ainsi que ses abords. 1 000 arbres vont y être plantés, selon la mairie.

Les nuisances du chantier d'élargissement de la rocade de Grenoble qui longe le quartier ont été atténuées grâce au combat mené par Mme Sekhri et
un collectif d'habitants.

Au bord du terrain de football du FC Mistral, qui existe depuis 1973, des parents regardent leurs minots reprendre l'entrainement. Le club, pilier de la vie du quartier, draine 300 adhérents. "Le club a bonne réputation : les éducateurs sont patients, il y a du café pour tout le monde, les anniversaires sont fêtés et des barbecues y sont organisés", énumère Sophia K., habitante d'Echirolles, ville voisine, qui y a inscrit deux de ses quatre fils.
 

"C'est plus qu'un club de foot, c'est une famille !"


De fait, le FC Mistral a un projet éducatif global : sportif évidemment, éducatif aussi avec un lien fait avec l'école et les parents. "Si nos citoyens deviennent des bons footballeurs, tant mieux. Mais si nos footballeurs deviennent de mauvais citoyens, on a tout perdu ! s'exclame Mustapha Aouragh, un de ses responsables. Le deal existe, depuis longtemps, mais nous travaillons pour que les jeunes ne tombent pas dedans : on doit occuper le terrain et on est ouvert du lundi au dimanche."

 

"Ici, ce n'est pas Chicagre !"


Chaque année, le prix du fair-play est décerné pour souligner des "parcours de réussite" : un bac ou un permis de conduire, un emploi décroché.... Ici, "ce n'est pas Chicago ni "Chicagre" !", pour plagier le texte du jeune rappeur mis en examen dans la foulée des événements de fin août.

"Y'a pas que de la m... à Mistral, on a des champions aussi!" Azzeddine Mhiyaoui, champion du monde de boxe pieds-poings 2007, a monté sa "team" dans le quartier et il est fier de ses 220 licenciés. "J'aimerais qu'on s'intéresse à ces jeunes et qu'on leur dise" qu'ils peuvent y arriver.

Au complexe socio-éducateur et sportif du Plateau, le dojo porte le nom de "Nour-Eddine Kadri", un habitant du quartier devenu maître de judo. Pour son directeur, Hassen Bouzeghoub, il faut "remettre de l'ordinaire" dans le quartier, car à trop vouloir faire sortir les gens du quartier, "il n'y a plus rien dedans". Quelques rares commerces ont ouvert : une pharmacie, une épicerie. Mais plus de boulangerie, de boucherie, de salon de coiffure ou de mercerie comme avant alors que le quartier est l'un des moins motorisés de la ville.

Pour ce secteur qui a connu tous les acronymes des quartiers difficiles (ZUS, ZUP, ZSP, QPV...), M. Bouzeghoub plaide pour "un Grenelle de Mistral" afin d'apporter des "solutions ordinaires", comme des médiateurs sociaux ou des horaires de bus élargis. 
 
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