A Grenoble, la vidéosurveillance aurait-elle pu dissuader le tireur à la kalachnikov ?

© J.Guéant/France 3 Alpes
© J.Guéant/France 3 Alpes

Suite au mitraillage d'une vitrine du centre-ville ce samedi soir, la question se pose : des caméras de vidéosurveillance auraient-elles pu dissuader le tireur ? Certains policiers grenoblois en réclament. Mais les trop rares études sur l'efficacité de ce matériel semblent controversées. 

Par Jean-Christophe Pain

Selon les premiers témoignages, ce samedi soir 30 septembre rue des Clercs, en plein centre de Grenoble, le tireur à la kalachnikov a pris le temps de ranger soigneusement son arme avant de repartir tranquillement à pied. 

Comme s'il avait agi en toute impunité. Certains policiers réclament plus de vidéosurveillance dans la ville. Pour dissuader les délinquants. Pour aider les enquêteurs à les identifier.

On se souvient qu' Eric Piolle, à son arrivée à la mairie de Grenoble en 2014, désirait voir disparaître les 18 caméras de la ville, qui avaient coûté près de 700 000 euros selon lui. Elles "n'ont jamais fait leurs preuves", avait-il expliqué sur le plateau de France 3 Alpes au lendemain de son élection.



Les caméras sont-elles efficaces ?


Dès 2009, Jean-Marc Manach, journaliste blogueur sur Le Monde.fr, affirmait qu'un rapport prouvait... l'inefficacité de la vidéosurveillance. A l'époque, c'était pourtant LE rapport sur le sujet, publié par la Documentation Française. 

Ce rapport, d'abord révélé par Le Figaro, avait été confié à l'Inspection Générale de la Police Nationale, l'Inspection Technique de la Gendarmerie Nationale, et l'Inspection Générale de l'Administration. Des fonctionnaires placés sous l'autorité plus ou moins directe du Ministre de l'Intérieur, à l'époque un certain Brice Hortefeux. Qui promettait alors de tripler le nombre de caméras en France. 

Pour Jean-Marc Manach, il s'agissait donc d'un rapport "commandé". "Sans qu'aucun universitaire, sociologue, ou spécialiste de la question, n'ait été auditionné". Le journaliste avait donc consulté plusieurs chercheurs ayant travaillé sur le sujet pour en savoir plus. 

Et notamment Tanguy Le Goff, sociologue à l'Institut d'Aménagement et d'Urbanisme d'Ile-de-France, qui fut sans doute le premier chercheur à compiler un "Etat des lieux des des évaluations menées en France et à l’étranger". 

Tanguy Le Goff écrivait : "l'efficacité dissuasive de la vidéosurveillance est très variable selon le type d'espace et le type de faits. Elle n'a notamment aucun impact sur les délits impulsifs et ceux commis par des personnes sous l'emprise de drogues. Elle dissuade peu les délinquants qui adoptent des mécanismes de dissimulation et des stratégies d'adaptation à l'outil".

Le journaliste Jean-Marc Manach résumait finalement son enquête d'une phrase : "il est compliqué de mesurer, mais encore plus de prouver l'efficacité de la vidéosurveillance".


Une étude grenobloise


En 2013, le cabinet de conseil Planète Publique, menait une étude sur l'évaluation de la vidéosurveillance pour la Ville de Grenoble. Planète Publique cherchait à établir un diagnostic sur 3 sites : Jardin de Ville, Léo Lagrange, et Village Olympique.

Ses conclusions sur les effets observés de la vidéosurveillance sont contrastés.

Le dispositif "a eu des effets positifs mesurables dans deux quartiers" sur les trois. Au Village Olympique en particulier, où "la dissuasion parait donc fonctionner, dans un quartier bien couvert par les caméras, bien circonscrit, où les problématiques concernent principalement des dégradations et des perturbateurs".
"En revanche, il n'est pas possible d'isoler des effets de la vidéosurveillance au Jardin de Ville. Les problématiques de rassemblements et de nuisances sonores n'ont pas changé"."La vidéosurveillance a été utilisée comme un outil parmi d'autres pour améliorer la sécurité". 






La vidéosurveillance est difficile à mesurer 


D'étude en étude, qui restent rares sur le sujet, c'est peut-être la seule certitude qui se dégage... l'efficacité de la vidéosurveillance s'avère très complexe à évaluer.

Ce dispositif est difficile à isoler de tous les outils au service des forces de l'ordre. Et les comparaisons, de ville à ville, sont très délicates, puisque les situations sont extrêmement hétérogènes.

Finalement, la vidéosurveillance semble surtout efficace dans les lieux fermés (métro, tram, parkings par exemple), où elle peut permettre d'élucider plus facilement certaines affaires. Encore faut-il former du personnel pour optimiser son utilisation. Et que tous les acteurs concernés parviennent à se coordonner.

En 2014, dans son rapport sur les politiques publiques de vidéosurveillance, l'Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice recommandait aussi de favoriser le développement d'outils de détection automatique "intelligente".

Mais finalement, on peut se demander si, pour l'heure, le principal impact de ces dispositifs n'est pas surtout "symbolique". Certains élus investissent avant tout dans ces systèmes onéreux pour rassurer leur population, prouver qu'ils ne restent pas inactifs face au sentiment d'insécurité.

Et c'est sans doute le problème majeur de l'évaluation : comment mesurer un sentiment... sur un sujet aussi sensible ?! 


La réaction d'Olivier Véran 


Pour le député isérois d'En Marche, les caméras ne peuvent suffire à enrayer le phénomène de la délinquance. Il participe actuellement au vote de la Loi de sécurité intérieure.

La réaction d'Olivier Véran, député En marche Isère

La réaction des commerçants grenoblois


Ecoutez enfin le point de vue des Unions Commerciales grenobloises, qui ne représentent pas moins de 800 commerçants.

La réaction des commerçants grenoblois
Intervenants : Christian Hoffmann Président des unions commerciales de Grenoble, Jean-François Commandeur Président de l'union commerciale Lafayette Equipe : Xavier Schmitt, Vincent Habran, Lisa Bouchaud





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