"La guerre de l’eau fait étape en Isère" : un millier de manifestants près de Grenoble contre l’accaparement de l’eau par l’industrie électronique

Samedi 1er avril, le collectif "STop Micro 38" a organisé un rassemblement pour dénoncer "l’accaparement de l’eau" par les industriels de l’électronique. Selon les militants, l’équivalent de "12 piscines olympiques" d’eau seraient "dilapidées" chaque jour pour fabriquer des puces électroniques dans la vallée du Grésivaudan.

Ciel, azur, marine, turquoise : les manifestants se sont parés de toutes les nuances de bleu ce samedi pour rendre "hommage à la rivière Romanche". En milieu de matinée, près de 1000 personnes se sont rassemblées à Brignoud, dans la vallée du Grésivaudan, pour dénoncer "l’accaparement de l’eau" par les industriels de l’électronique.

Dans le viseur des militants se trouvent deux entreprises en particulier : STMicroelectronics et Soitec. Ces deux sociétés, basées à Crolles, sont spécialisées dans la fabrication de puces électroniques et de semi-conducteurs. Mais ces procédés industriels nécessitent énormément d’eau douce. Et la construction d’une nouvelle usine, annoncée en grande pompe en présence d’Emmanuel Macron en juillet dernier, devrait augmenter cette consommation.

"Ça nous a paru assez étrange que le président de la République, avec trois ministres et Thierry Breton, commissaire européen, vienne en juillet se féliciter de l’agrandissement de l’usine. Déjà qu’elle utilisait 176 litres d’eau par seconde, et là va en utiliser 336. Ce n'était pas assez ? Ils n'avaient pas assez d’eau ? s’interroge un membre du collectif, qui souhaite rester anonyme. Et un mois plus tard, toute la France était en niveau de sécheresse 4 et on demandait aux gens de faire attention à leur jardin !".

Après l’agrandissement de l’usine, dont les travaux ont déjà débuté, STMicroelectronics et Soitec "devraient consommer plus de 29 000 m³ par jour. Soit l’équivalent de 700 000 douches, 12 piscines olympiques ou 16 méga-bassines de Sainte Soline" assure le collectif STop Micro 38.

"La guerre de l’eau fait étape en Isère"

Après la manifestation survenue le week-end dernier contre le projet de méga-bassines à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, l’utilisation de l’eau dans la vallée du Grésivaudan a donc attiré l’attention des défenseurs de la ressource. Sur son site internet, le collectif STop Micro 38 parle même de "guerre de l’eau". "Par nos actions, nous voulons rappeler que derrière le dérèglement climatique et les injustices socio-environnementales, il y a des décisions politiques, des entreprises et des intérêts économiques très forts" justifient les membres du collectif.

Ces derniers fustigent le "deux poids deux mesures" qui permet à l’industrie électronique de « pomper » énormément d’eau, alors que "les alertes sécheresses s’enchaînent", que "les états des nappes phréatiques font la Une des médias nationaux" et que "les restrictions pour les habitants et les agriculteurs se multiplient".

Une eau polluée ?

Outre la consommation d’eau, les militants du collectif accusent les industriels de polluer l’eau et de la rejeter dans l’Isère. Ils s’appuient notamment sur une enquête publiée par le média grenoblois Le Postillon. Ce dernier explique que l’eau, utilisée pour nettoyer les plaques de silicium, "se charge de quantité de produits chimiques utilisés pendant les processus". 

Ces eaux polluées sont ensuite assainies dans des stations de traitement. "Ces processus finaux permettent à l’eau polluée de passer en dessous des seuils de pollution définis par la DREAL" reconnaît le média local. 

De même, les effluents rejetés dans l’Isère ne dépassent pas les seuils fixés par la Préfecture. "Ça fait quand même 50 kg de matières en suspension, une demande chimique d’oxygène de 150 kg, 15 kg de phosphore, 120 kg d’azote ammoniacal, 70 kg de fluorures, 0,25 kg de cuivre, 0,5 kg d’aluminium et 150 kg d’azote. Par jour !" assure Le Postillon, qui a pu consulter la déclaration environnementale de STMicroelectronics. "Même en respectant les seuils définis par arrêté préfectoral, les rejets industriels peuvent rendre impropre à toute utilisation agricole ou de loisir une eau d’excellente qualité naturelle. Des pollutions infinitésimales répétées pendant des années peuvent pourrir un milieu physique".

Un argumentaire partagé par les défenseurs de l’eau, réunis ce samedi à Brignoud. "Les deux producteurs locaux de puces sont en train de s’accaparer nos ressources avec la complicité des pouvoirs publics qui se plient en quatre pour permettre aux industries de pomper toute notre flotte… À une époque où en période de sécheresse les usines de puces taïwanaises sont alimentées par camion-citerne et l’eau à usage domestique est rationnée il n’y a plus vraiment de quoi rire" écrivent-ils sur leur tract, avant de conclure : "l’avenir du Grésivaudan pourrait être en train de se jouer maintenant". 

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