Piqûres lors de soirées à Grenoble : symptômes, risques, dépistage… Trois questions sur le GHB, la "drogue du violeur"

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Écrit par Margot Desmas avec Vincent Habran

L'inquiétude grandit autour de l'injection de GHB au cours de soirées festives à Grenoble. Plusieurs personnes disent avoir été piquées avec une seringue à leur insu, sept plaintes ont été déposées. Voici ce qu'il faut savoir sur cette drogue de synthèse, ses effets et ses risques pour la santé.

Ses symptômes peuvent aller des maux de tête jusqu'à l'amnésie. Le GHB, communément appelé "drogue du violeur", semble circuler dans les soirées festives à Grenoble. Sept personnes ont déposé plainte, affirmant avoir été droguées à leur insu avec une seringue.

Les faits se seraient produits dans des boîtes de nuit de l'agglomération et lors de concerts au Palais des sports. Ils seraient une quinzaine à s'être présentés aux urgences du CHU ce week-end après avoir été victimes de malaise, selon nos informations. Une enquête a été ouverte par le parquet de Grenoble qui invite les victimes à se faire connaître de la justice.

Le phénomène a suscité un vent de panique sur les réseaux sociaux où les témoignages de victimes potentielles affluent. Comment identifier une administration de GHB ? Quels sont les symptômes ? Comment se faire dépister ? France 3 Alpes fait le point.

Quels sont les symptômes ?

Les personnes ayant reçu une injection de drogue à leur insu évoquent d'abord des maux de tête, des bouffées de chaleur et un sentiment de malaise. "Tout était flou. Les formes s'allongeaient, elles s'étiraient… Un peu comme un effet d'optique. J'avais super mal au ventre, envie de vomir", nous explique Léa*, testée positive au GHB après une soirée en boîte de nuit.

Cette molécule était anciennement utilisée en anesthésie. Détournée de son usage médical, elle peut provoquer étourdissements, somnolence, confusion jusqu'à l'amnésie, surtout si elle est associée à une consommation d'alcool, peut-on lire sur le site de Drogue infos service.

"La prise à faible dose avec des symptômes assez proches de l'alcool : une désinhibition, une euphorie", confirme Théo Willeman, biologiste et docteur en pharmacie à l'institut de biologie et de pathologie du CHU Grenoble-Alpes. A plus forte dose, la consommation de GHB n'est pas sans danger pour la santé.

Quels risques ?

Totalement inodore, incolore et sans saveur, la substance peut facilement passer inaperçue si elle est administrée à l'insu d'une victime. Il est possible de s'en procurer sur internet sous forme liquide ou de poudre blanche. A forte dose, les symptômes "peuvent aller de l'amnésie aux vomissements, de la sédation jusqu'au coma, voire au décès dans des grandes intoxications", ajoute Théo Willeman.

L'administration de GHB à des fins criminelles n'est pas un phénomène nouveau. Il prendrait même de l'ampleur et serait, selon certaines études, largement sous-estimé. La majorité des victimes sont des jeunes femmes agressées sexuellement, d'où son appellation de "drogue du violeur". Il peut être versé dans une boisson ou, dans de plus rares cas, injecté à l'aide d'une seringue.

Parmi les victimes recensées à Grenoble, aucune n'a subi de vol ni d'agression sexuelle, selon le procureur. Il s'agit de cinq femmes et deux hommes, âgés de 17 à 22 ans, indiquant "avoir senti une piqûre et s’être senties mal". Le parquet appelle les victimes à se faire connaître de la justice dans les plus brefs délais.

Comment savoir si l'on a été intoxiqué ?

Cette drogue de synthèse est dépistable uniquement par des laboratoires d’analyses spécialisés. Les tests doivent être réalisés le plus précocement possible. "Le GHB est détectable de 6 à 8 heures dans le sang et de 8 à 12 heures dans les urines", explique Théo Willeman qui conseille aux victimes "d'aller porter plainte tout de suite après une suspicion d'administration pour que le laboratoire ait le plus de chances possible de mettre en évidence du GHB dans le sang ou les urines."

Ses effets se font sentir de 15 à 30 minutes après son absorption et durent environ 1 heure. Si la drogue a été administrée par seringue, la victime présente également un risque de contracter le VIH. Un dépistage peut être réalisé à l'hôpital en cas de doute.

De son côté, le parquet de Grenoble poursuit son enquête pour "administration de substances nuisibles". Les établissements dans lesquels se sont produits les faits ne sont pas mis en cause à ce stade.