Quatre ex-patients du chirurgien de Grenoble, accusés de “diffamation”, comparaissent ce mardi

Me Bernard Boulloud, l'avocat du chirurgien mis en cause, avait annoncé déposer une série de plaintes lors d'une conférence de presse le 10 mai à Grenoble. / © Benoit LAGNEUX / MAXPPP
Me Bernard Boulloud, l'avocat du chirurgien mis en cause, avait annoncé déposer une série de plaintes lors d'une conférence de presse le 10 mai à Grenoble. / © Benoit LAGNEUX / MAXPPP

Des anciens patients du chirurgien grenoblois et trois organes de presse comparaîtront ce mardi devant le tribunal de Grenoble, accusés de "diffamation". Le docteur V., lui, est mis en cause par des dizaines de personnes l'accusant d'opérations abusives.

Par Margot Desmas

Le docteur V., chirurgien soupçonné d'avoir réalisé des opérations abusives sur une soixantaine de patients, contre-attaque devant le tribunal correctionnel de Grenoble ce mardi 11 juin. Trois organes de presse (Le Parisien, Le Dauphiné Libéré et 20 Minutes) ainsi que quatre victimes présumées vont comparaître devant le tribunal à 13h30 dans le cadre de la procédure pour "diffamation" qui les vise.

Lors d'une conférence de presse début mai, Me Bernard Boulloud, l'avocat du chirurgien suspecté de nombreuses erreurs médicales, annonçait avoir déposé cette série de plaintes pour "calmer les ardeurs de certains". Il regrette la "violation de la présomption d'innocence" qui protège son client tant qu'une décision de justice n'a pas été rendue sur les faits qui lui sont reprochés.
 

Depuis le début de cette affaire, de nombreuses victimes présumées du docteur V. se sont exprimées dans la presse. Dans Le Parisien, la famille de l'une d'elles accusait le chirurgien de Grenoble d'être responsable du décès d'un patient. "Les mis en cause ont porté des accusations sans pouvoir les prouver", ajoute Me Boulloud, affirmant que les prévenus n'ont pas apporté de preuves avant l'audience de consignation qui se tient ce mardi.

"C'est le monde à l'envers", a dénoncé une ex-patiente qui a porté plainte, Frédérique Bagalino, sur France Bleu Isère"Je n'ai plus rien à perdre, a-t-elle encore expliqué au micro de nos confrères. J'ai perdu ma vie de couple, ma vie de famille, dix ans de ma vie... Et ma jambe. Je continuerai mon combat et je demande aux victimes de ne pas avoir peur. C'est sa stratégie, mais nous n'avons pas peur."



 

"Calmer les esprits"


Aucun jugement n'a été rendu à l'issu de cette première audience, mardi. Les prévenus, journalistes, directeurs de la publication des médias et victimes présumées ont été appelés à la barre et la partie civile a consigné la somme de 1 000 euros. Une deuxième audience a été fixée au 13 juillet à 13h30, date à laquelle le tribunal constatera la bonne consignation de la somme ordonnée. Les faits reprochés aux prévenus seront également jugés ce jour-là.

"Cette procédure est tout simplement dégueulasse", a lancé à l'extérieur du prétoire Me Edouard Bourgin, l'avocat des prévenus, qui étaient présents, contrairement au chirurgien. Il a annoncé que ses clients avaient lancé des procédures disciplinaires contre le docteur V. devant le conseil de l'ordre des médecins pour avoir ainsi "attaqué ses propres patients devant la justice pénale". Il a indiqué que son cabinet "faisait face à un afflux extraordinaire de patients depuis la médiatisation de cette affaire", avec aujourd'hui "des dizaines et des dizaines de plaignants". "Je pense que ce chirurgien a fait l'objet d'une protection", a ajouté Me Bourgin car "il n'a pas pu opérer impunément depuis dix ans avec un nombre aussi important d'accidents médicaux sans avoir bénéficié d'une protection à tous les étages".

"Je recommencerai autant de fois qu'il le faudra", prévient l'avocat du chirurgien selon qui le docteur V. serait "très atteint psychologiquement" par les accusations portées. "Mon client est soumis au secret médical et ne peut pas livrer sa version des faits. Nous n'avions pas d'autre choix que la voie de la diffamation", précise l'avocat. Lors de la seconde audience, il restera aux prévenus à prouver leur bonne foi qui suppose quatre critères : la prudence dans l'expression, l'absence de conflit personnel avec la victime, la présence d'un but légitime (informer sur un scandale sanitaire...), des faits solides étayant leurs accusations.
 

Pour l'heure, l'avocat du chirurgien grenoblois dit avoir atteint son premier objectif qui était de "calmer les esprits" avant le dénouement de la procédure judiciaire. En mai, une trentaine de victimes présumées du docteur V. s'étaient réunies à Grenoble pour être informées sur leurs droits par Me Edouard Bourgin, qui assure la défense de cinq patients. Il voit dans cette affaire "un scandale de santé publique" et dénonce une certaine "inaction des institutions censées enquêter et réprimer, alors que c'était à Grenoble un secret de polichinelle que ce médecin avait une tendance compulsive à opérer dans des conditions de légèreté absolue".

Le chirurgien mis en cause par deux plaintes au pénal n'exerce plus depuis le début du mois de mai après sa suspension pour trois ans dont 18 mois avec sursis par le Conseil de l'ordre des médecins. Il est soupçonné d'avoir mené des opérations abusives sur une soixantaine de patients. Mais là encore, Me Boulloud remet en cause cette décision. Il a saisit le Conseil d'Etat suite à cette suspension, remettant en cause l'enquête menée par la CPAM de l'Isère qui a conduit à la décision du Conseil de l'ordre. L'enquête est toujours en cours.
 


 

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