"Sans médecin traitant, l’hôpital va exploser", les généralistes et spécialistes en grève ce vendredi 13 octobre

Ils promettent un vendredi noir ce 13 octobre. Les médecins, généralistes et spécialistes, seront en grève à Grenoble comme partout ailleurs en France. Ils s'opposent à la loi Valletoux, censée mieux les encadrer, et demandent une nouvelle revalorisation du tarif des consultations.

"Le ras-le-bol est simple", commence Déborah Cadat-Vandermalière, médecin généraliste, depuis son cabinet médical, "tous les jours, on refuse des dizaines de patients, car on n’a plus de place dans nos agendas."

Elle exerce dans le centre-ville de Grenoble avec une dizaine d’autres médecins libéraux. "Nos patients sont désemparés, ajoute-t-elle. Ils cherchent des médecins traitants, car les leur sont partis en retraite ou font autre chose."

Malaise profond

Vendredi 13 octobre, elle fera partie de ceux qui prennent part à une grève nationale pour dénoncer ce "profond malaise" qui touche la médecine libérale depuis des mois : "Aujourd’hui, on se défend, on se met en grève. Ce n’est pas possible d’imaginer que nos systèmes de santé vont disparaître. En cabinet, on essaye de s’organiser pour proposer des accès aux soins à tous. On essaye de faire de la médecine de qualité, on s’organise, on travaille avec d’autres partenaires. On est plus qu’investi et aujourd’hui, on n’y arrive plus."

La goutte d’eau pour elle a été la négociation qui avait conduit l’an dernier à une revalorisation a minima de 1,50 euro de la consultation de base (26,50 euros pour le généraliste). Selon elle, cette revalorisation n'est pas suffisante : "Ce n’est pas qu’une question d’argent. La valorisation qui est demandée aujourd’hui sur la consultation, elle doit nous permettre d'accueillir dans de bonnes conditions des patients et de pouvoir en accueillir plus et de pouvoir offrir des soins de qualité."

Les organisations syndicales demandent une revalorisation qui va de 30 euros pour le syndicat MG France à 50 euros pour d'autres comme l'UFML.

La grève annoncée vient aussi en opposition à la loi Valletoux, examinée par le Sénat ce vendredi. Elle vise à mieux encadrer la profession, mais est jugée trop restrictive et contraignante pour les libéraux (obligation d'adhérer aux conventions des communautés territoriales de santé, interdiction des contrats avec des agences d'intérim, etc.).

Grève administrative depuis lundi

Déborah dénonce notamment la montée en puissance du travail administratif, qui désespère les soignants : "Nous avons commencé une grève administrative, donc depuis le début de cette semaine, nous ne faisons plus de télétransmission. Nous avons décidé que nous arrêtions de prendre cette part de responsabilité et d’activité qu’on nous demande de faire gratuitement. Tous les médecins de l’Isère participent à cette grève administrative. Donc, on remet une feuille de soins papiers et on explique aux patients."

Si nous ne sommes pas assez nombreux, c’est l’hôpital qui va en souffrir.

Déborah Cadat-Vandermalière

Médecin généraliste, Syndicat MG France 38

Une grande majorité des cabinets médicaux de l’Isère seront fermés ce vendredi. Cette grève reconductible obligera les patients à s’orienter vers les urgences. "Sans médecin traitant, l’hôpital va exploser, nous sommes les premiers remparts avant l’accès aux urgences. Si nous ne sommes pas assez nombreux, c’est l’hôpital qui va en souffrir et il souffre déjà pas mal."

Les syndicats espèrent alors une mobilisation importante, pour bien démontrer à tous qu'en l'absence des libéraux, le système de soins ne fonctionne pas.