"Ségrégation", "tri social" : des enseignants et parents d'élèves sceptiques face au plan Attal pour relever le niveau

Quelques heures après la sortie du classement PISA, le ministre de l'Éducation nationale Gabriel Attal a annoncé une série de mesures pour rehausser le niveau des élèves français. Un plan qui, selon des professeurs et parents d'élèves, creuse davantage les inégalités sociales.

Même si la France reste dans la moyenne, le niveau de ses élèves connaît une baisse "historique" selon le rapport PISA, mené par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) tous les trois ans. Une dégringolade notamment en mathématiques où la France a perdu 15 points par rapport à 2018.

Le ministère veut une "onde de choc"

"Les parents, nous sommes conscients de cette baisse de niveau. Nous nous en rendons compte rien qu'en comparant ce que nous faisions à notre époque" confie Gilles Nogues, président de la FCPE Isère.

Plusieurs facteurs comme la crise du Covid-19 ou encore une pénurie de professeurs sont avancés pour justifier ce déclin significatif. Mais le ministère de l'Éducation nationale souhaite réagir vite de manière à provoquer une "véritable onde de choc". Quelques heures après la révélation du classement PISA, Gabriel Attal a annoncé sa série de mesures "Choc des savoirs" pour renforcer les "savoirs fondamentaux". 

"Le problème s'est accumulé depuis plusieurs années. [...] Cela est dû aussi aux investissements réalisés en primaire. Cela s'est fait au détriment du secondaire (collège et lycée, ndlr)" avance Gilles Nogues de la FCPE Isère.

Des groupes de niveau synonymes de "tri social"

Parmi les mesures phares du plan de Gabriel Attal pour redresser le niveau des jeunes Français, des groupes de niveau seront créés dès la rentrée prochaine pour les classes de 6e et 5e, dès 2025 pour les 4e et 3e. Une organisation nouvelle au sein des collèges pour les enseignements de mathématiques et de français.

Mais la mesure ne convainc pas franchement les parents d'élèves. "Cela existe déjà ! C’est la non-mixité sociale dans certains établissements. Ces groupes de niveau vont pénaliser les élèves en grande difficulté, notamment dans les établissements des réseaux d'éducation prioritaire (REP et REP+, ndlr). Et je ne suis même pas sûr que cela sera bénéfique aux bons élèves !" s'exclame le président de la FCPE de l'Isère.

Gilles Nogues attend tout de même de voir les détails de cette mesure. Il se dit plutôt favorable à une évolution de ces groupes de niveau. "Je pense qu’il serait mieux de faire des petits groupes pour les élèves en difficulté pour essayer de les ramener dans le groupe principal. Sinon cela va stigmatiser certains et les décourager. Cela sera contre-productif." 

Du côté des professeurs, le SNES-FSU s'insurge aussi face à cette nouvelle organisation. Dans un communiqué, le premier syndicat du second degré dénonce un "tri social en marche". 

Selon le secrétaire départemental du syndicat en Isère, cette mesure va creuser les inégalités sociales au lieu de les réduire. "On va ségréguer à l’intérieur même du collège. Il faut éviter cela ! Le meilleur moyen de faire réussir les élèves, c'est de leur donner les moyens. Là, on va leur dire : toi, tu fais des trucs pour les nuls parce que tu ne peux pas faire le reste !" alerte Florian Stocker.

Pour lui, aucun doute que les bons élèves poursuivront leur progression rapide. En revanche, ce système desservira aux collégiens en plus grande difficulté. "Il faut opter pour de l’accompagnement personnalisé. C’est déjà mieux car cela nous permet de convoquer et d'échanger avec certains élèves. Il y a une différence entre faire du soutien et afficher des groupes de niveau aux yeux de tous", ajoute le secrétaire départemental du SNES-FSU 38.

"On a besoin de plus de professeurs, pas d'intelligence artificielle !"

Selon la dernière étude menée par Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), organe statistique du ministère de l'Éducation nationale, la France s'avère être le pays aux classes les plus chargées d'Europe. En 2019-2020, les classes du second degré comptabilisaient en moyenne 26 élèves, soit 4 de plus que la moyenne des 22 pays de l’Union Européenne membres de l’OCDE. 

Cette surcharge des effectifs plombe considérablement l'apprentissage des élèves, selon Florian Stocker. "Nos classes sont hyper chargées. Forcément, comment veut-on qu'un enfant puisse s’épanouir, s’il est dilué dans la masse et que l’on n’a pas le temps de s’en occuper personnellement. [...] Ce n’est pas une question de volonté de l’enseignant. Il y a des problèmes structurels et de moyens !"

Le secrétaire départemental SNES-FSU estime que l'Isère aurait besoin d'au moins 10% d'enseignants supplémentaires pour travailler en plus "petits groupes" et "dans de bonnes conditions". Face à cette "pénurie" de professeurs, la proposition de Gabriel Attal visant à introduire davantage d'intelligence artificielle au lycée est difficilement audible pour le syndicaliste qui dénonce un coup de communication.

"Je pense que l’intérêt d’une IA est proche de zéro. Si cela est pour montrer qu’un enseignant est remplaçable par une IA, c'est se mettre le doigt dans l’œil. [...] L'outil peut s’avérer utile dans certains enseignements. Mais si c’est pour jeter de l’argent pour pas grand-chose et que ça soit contreproductif... Demandons plutôt aux équipes pédagogiques ce dont elles ont besoin. Ce qui marche, c’est la relation humaine !"

Pour l'heure, la série de mesures "Choc des savoirs" de Gabriel Attal a dû mal à convaincre. Parents d'élèves comme professeurs attendent désormais les détails de ce plan pour élever le niveau de l'école, et surtout des annonces de moyens supplémentaires.

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