"Tout le personnel est sous le choc, la colère monte" : les surveillants pénitentiaires "très affectés" après la mort de leurs collègues

L'attaque meurtrière d'un fourgon pénitentiaire, mardi 14 mai, dans l'Eure, a profondément choqué le personnel pénitentiaire. En Isère comme sur tout le territoire, les syndicats des surveillants de prison ont décrété une journée "prison morte", ce mercredi. Ils réclament plus de moyens matériels et humains pour assurer leur sécurité.

Au lendemain de l'attaque meurtrière d'un fourgon pénitentiaire, dans l'Eure, les syndicats ont appelé à une journée "prison morte", mercredi 15 mai. En Isère, le personnel du centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier s'est réuni sur le parking de l'établissement. "Tout le personnel est sous le choc", explique Alain Chevallier, surveillant et secrétaire régional du syndicat UFAP-UNSA.

"Il y a d'abord la sidération, puis on pense à notre histoire. La colère monte. À longueur d'année, on s'occupe de la sécurité des détenus, maintenant, il faudrait s'occuper de la sécurité des agents." À 11 heures, les manifestants ont observé une minute de silence, en hommage aux deux agents décédés dans l'assaut. Trois autres sont toujours grièvement blessés, 24 heures après les faits.

"Ils n'ont laissé aucune chance à nos collègues"

"Cet évènement particulièrement tragique nous rappelle que les missions de notre administration conduisent parfois au sacrifice suprême au service de la nation pour assurer la sécurité de nos concitoyens", a introduit Patrick Malle, chef d'établissement du centre pénitentiaire, adressant aux familles des victimes ses condoléances et soutien.

À quelques kilomètres de là, le personnel de la maison d'arrêt de Grenoble-Varces était, lui aussi, en grève. "On ne s’attend pas, quand on arrive le matin au boulot, à ce que notre profession soit si durement touchée, lâche Pierrick Bawol, délégué Force ouvrière. C'était quelque chose de préparé, ils n’ont laissé aucune chance à nos collègues. Ils étaient là pour tuer du bleu, pour assassiner la profession."

En début d'après-midi, les syndicats de l'administration pénitentiaire vont rencontrer le ministre d ela Jutice Eric Dupond-Moretti. "Nous n’économiserons aucun effort, aucun moyen. Nous les traquerons. Nous les trouverons. Et je vous le dis, ils paieront", a affirmé le Premier ministre Gabriel Attal, mardi 14 mai à l'Assemblée nationale, devant les députés qui ont observé une minute de silence.

"Des réformes, il y en a tout le temps. On espère que cet évènement sans précédent va faire réagir et permettre d'obtenir des réponses fortes, souffle Alain Chevallier. Il faut prendre des mesures à la hauteur." Les syndicats demandent des moyens humains et matériels renforcés : entre autres, "la généralisation des véhicules banalisés" et "la dématérialisation des procédures", pour "limiter les sorties des collègues", avance Pierrick Bawol.

"On doit s'occuper de personnes dont la société ne veut pas"

"Le métier de surveillant n’est pas attractif. Ça va être compliqué après ce qui s’est passé hier", lâche Magalie Hodapp, déléguée UFAP à la maison d'arrêt de Grenoble-Varces. La profession peine déjà à attirer des candidats, alors que le nombre de détenus ne cesse d'augmenter : au 1ᵉʳ mars, la France comptait 76 766 personnes incarcérées, soit 4 415 de plus que l'année précédente, selon les chiffres du ministère de la Justice.

En 1992, une précédente attaque de surveillant de pénitentiair avait déjà marqué les esprits. Un fonctionnaire de la maison d'arrêt de Rouen (Seine-Maritime) avait été violemment attaqué au couteau par un détenu. Il était décédé des suites de ses blessures.

Quelques mois plus tard, un surveillant et un détenu avaient été tués à la centrale de Clairvaux (Aube), suite à l’évasion de huit détenus.

"La page qui s'ouvre est absolument terrifiante. En 1992, il y avait eu des morts, mais c'était à l'intérieur de l'établissement. Tout le monde est très affecté, souligne Alain Chevallier. Il va falloir que l'on passe ce cap-là. Parce que demain, il faut revenir au travail."

Dans les couloirs du centre pénitentiaire, l'annonce de la mort de deux agents est aussi parvenue aux détenus. "Certains en ont profité pour menacer le personnel : 'T'as vu ce qu'on peut faire ?', 'On va retrouver ta famille'. C'est déjà compliqué au quotidien : on doit s'occuper de personnes dont la société ne veut pas."