Chantage à Saint-Etienne : après le limogeage du directeur de cabinet de Gaël Perdriau, "Ce n'est qu'un début"

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Écrit par Arnaud Jacques .

Gaël Perdriau a limogé mardi 20 septembre son directeur de cabinet Pierre Gauttieri. Mais à Saint-Etienne, utiliser ce "fusible" ne semble pas apaiser l'ambiance dans les couloirs de l'Hôtel de ville.

Ce mardi 20 septembre en début de soirée, une tête est tombée après quatre semaines d'affaire de la sextape à Saint-Etienne. Le maire, Gaël Perdriau, a fini par lâcher son directeur de cabinet Pierre Gauttieri. Le 12 septembre dernier, des enregistrements publiés par Mediapart révèlent que les deux hommes ont utilisé la vidéo comme moyen de pression sur Gilles Artigues, premier adjoint. La situation devenait intenable pour l'édile et son bras droit. Néanmoins, la décision du maire de Saint-Etienne et président de la métropole ne va pas assez loin selon plusieurs élus.

 Un "fusible"

Que ce soit pour Lionel Boucher (UDI), adjoint à la mairie de Saint-Etienne, Eric Berlivet (Horizons), maire de Roche-la-Molière ou Pierrick Courbon (élu d'opposition), remplacer un seul fusible reste insuffisant.

« C’était nécessaire mais ce n’est qu’un début ! explique Lionel Boucher, mais moi j’ai toujours dans l’oreille quand même, les mots du maire de Saint-Etienne qui dit « quand ce sera diffusé sur les réseaux sociaux, ce ne sera plus un chantage mais une exécution ». Ces mots, il va falloir que le maire de Saint-Etienne s’en explique. »

C’est un élément qui permet de faire baisser la pression mais ça reste largement insuffisant.

Pierrick Coubon, élu de gauche du groupe Saint-Etienne Demain

Même sentiment chez Pierrick Coubon, élu de gauche du groupe Saint-Etienne Demain.

« C’est un élément qui permet de faire baisser la pression mais ça reste largement insuffisant. Nous maintenons notre demande de mise en retrait de Gaël Perdriau aussi bien au niveau de la ville qu’à la métropole. Nous lui demandons d’appliquer à lui-même ce qu’il a appliqué de son directeur de cabinet, indépendamment de la procédure judiciaire en cours, dans le respect de la présomption d’innocence. »

Certaines communes de Saint-Etienne Métropole, présidée par Gaël Perdriau avec toujours comme directeur de cabinet Pierre Gauttieri, espèrent retrouver un débat serein au sein de cette administration. 

Le mal a été fait : l’image, la notoriété de notre territoire, ces années de communication qui ont coûté une fortune anéanties en un claquement de doigt

Erice Berlivet, maire de Roche-la-Molière

«  C’est un binôme avec un système qui fonctionne comme ça depuis des années et qui ne peut pas s’arrêter comme ça. C’est juste un fusible, explique Erice Berlivet, maire de Roche-la-Molière. Aujourd’hui, c’est le dispositif complet qu’il faut revoir pour être efficace. Le mal a été fait : l’image, la notoriété de notre territoire, ces années de communication qui ont coûté une fortune anéanties en un claquement de doigt, c’est des années de travail à reconstruire, une nouvelle équipe pour apaiser, pour redonner une vraie valeur à notre territoire. »

Un binôme craint à la ville et à la métropole

Plusieurs élus témoignent des méthodes brutales du binôme Perdriau-Gauttieri. Pierrick Coubon dit avoir subi des " attaques personnelles, parfois extrêmement violentes ". Sur Twitter, l'élu écologiste Olivier Longeon témoigne avoir " travaillé dans beaucoup de collectivités " et n'avoir "jamais vu un directeur de cabinet durer aussi longtemps et épuiser autant de directeurs des services et de fonctionnaires". Selon nos informations, au moins six directeurs généraux des services se sont succédé depuis l'arrivée du binôme à Saint-Etienne.

De son côté, le maire Eric Berlivet décrit « un système qui n’est pas sain pour notre territoire. On a deux personnes qui ont tout pouvoir et qui gérait d’une poignée très forte ce fonctionnement et on tient les élus par les indemnités, la peur ou les dossiers. Ce n’est pas une dictature qui doit coordonner et fonctionner. »

Gaël Perdriau attendu au tournant lors du prochain conseil municipal

Lundi prochain, 26 septembre, se tiendra le conseil municipal de Saint-Etienne. L'édile devra s'expliquer, car de nombreuses questions restent sans réponses et créent un malaise dans l'exécutif.

Je crois qu’il faut que ce soit l’occasion d’un grand ménage au cabinet

Lionel Boucher, adjoint au maire de Saint-Etienne

«  Je crois qu’il faut que ce soit l’occasion d’un grand ménage au cabinet, espère l'adjoint Lionel Boucher. Quand on entend M. Rossary-Lenglet qui explique que M. Gauttieri a fait venir tous ses petits copains au cabinet qui se sont gaussés ! C’est qui ces gens? S’ils savaient, ils doivent partir aussi. Comment expliquer que M. Kefi-Jerome ait encore sa charge d’adjoint aujourd’hui ? On marche sur la tête! Laurent Wauquiez n’a pas mis un jour pour trancher. Se pourrait-il qu’il y ait des choses qu’ils sachent l’un ou l’autre pour se protéger mutuellement ? Il faut qu’on ait ce type de réponse aussi. La ville de Saint-Etienne ne fonctionne pas de manière naturelle, il n’y a pas la sérénité des débats. Le simple départ de M. Gauttieri ne calmera pas la colère des stéphanois. »

Pour l'opposition, les interrogations se recentrent davantage sur le maire. « Il y a les explications que Gaël Perdriau doit à la justice, mais aussi celles qu’il doit aux stéphanoises et aux stéphanois, estime Pierrick Courbon. C’est-à-dire pourquoi il a menti depuis le premier jour puisque ses déclarations ont fortement évolué au fil des révélations de Mediapart ? Et puis il reste des questions en suspens, est-ce que oui ou non il y a eu des subventions municipales au profit, par exemple, de l’association France-Lettonie? Par quel biais celles-ci ont transité puisqu’on ne retrouve pas de trace de délibération. Est-ce que oui ou non les frais d’avocats sont payés par le contribuable au titre de la protection fonctionnelle ou est-ce qu’ils sont payés par les personnes aujourd’hui mises en cause. Est-ce que oui ou non le directeur de cabinet est licencié pour faute ou pas ? »

La mise en retrait du maire sur la table

Lors de ce conseil municipal, Gaël Perdriau devra également faire face à ceux qui demanderont son départ. Eric Berlivet, du parti de droite Horizons, et Pierrick Courbon, du groupe de gauche Saint-Etienne Demain, se rejoignent pour exiger son retrait à la mairie et à la métropole.

Eric Berlivet « demande le retrait du président de Saint-Etienne Métropole, qu’il laisse sa place au vice-président pour gérer ses problématiques du moment, qu’on soit dégagé de cette ambiance négative pour les agents et les élus. »

Du côté du groupe d'opposition représenté par M. Courbon, « nous maintenons notre demande de mise en retrait de Gaël Perdriau aussi bien au niveau de la ville qu’à la métropole. Nous lui demandons d’appliquer à lui-même ce qu’il a appliqué de son directeur de cabinet, indépendamment de la procédure judiciaire en cours, dans le respect de la présomption d’innocence. »

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