"Sans les abeilles, on aurait moins à manger dans nos assiettes", un apiculteur parcourt 450km à pied pour alerter sur le déclin des abeilles

Alban Mauzac est apiculteur dans le sud de la France. Préoccupé par le sort des pollinisateurs et notamment des abeilles, il a entrepris une marche de plusieurs centaines de kilomètres, au départ de Saint-Etienne. Chaque jour, il va parcourir 25 km, soit la distance qu'une abeille parcourt pendant sa vie de butineuse.

Son objectif : sensibiliser le grand public au déclin des abeilles et convertir les km en arbres fruitiers ou mellifères.

Depuis le 9 avril 2024, Alban Mauzac traverse le GR 42, accompagné d'Alexandre, un ami. Alban est apiculteur, il est donc aux premières loges pour constater le déclin des abeilles. Soucieux de voir les butineuses survivre, il a entrepris de rejoindre le Grau du Roy dans le Gard. Par sa démarche, il espère attirer l'attention sur le sort des abeilles.

25 km par jour, autant qu'une abeille

Bâtons de marche et sac sur le dos, Alban et Alexandre avancent sous le soleil, dans une nature verdoyante. D'un pas à la fois calme et décidé, ils envisagent de rejoindre le Grau du Roy le 26 avril. À raison de 25 km par jour, les deux complices devraient arpenter 450 km en 18 jours.

De la Loire au Gard, leur parcours traverse plusieurs départements et 22 villes étapes (Le Bessat, Vanosc, Satillieu, Étables, Tournon-sur-Rhône, Saint-Péray, Beauchastel, Le Pouzin, Cruas, Le Teil, Viviers, Bourg-Saint-Andéol, Saint-Martin-d’Ardèche, Bagnols-sur-Cèze, Saint-Laurent-Des-Arbres, Villeneuve-les-Avignon, Aramon, Beaucaire, Arles, Saint-Gilles, Gallician, Grau-du-Roi), de quoi se forger de beaux mollets avec 11 446 mètres de dénivelé positif.

"L’idée, c’est de marquer les esprits par le biais de la marche. On pense que cela peut conduire les gens à regarder quelque chose qu’ils n’auraient pas forcément regardé, à savoir les pollinisateurs et les abeilles," explique Alban.

Le nombre de km quotidien n'a pas été choisi au hasard. Il correspond à la distance qu'une abeille parcourt pendant sa vie de butineuse.

Leur "éco-aventure pédestre", comme il la nomme, s'inscrit dans une démarche de défense de l'abeille et de la filière apicole. À chaque étape, Alban partagera sur ses réseaux sociaux des informations sur les abeilles. Il abordera le fonctionnement d’une ruche et le cycle de vie d’une abeille.

L'homme et les abeilles, deux destins liés

En progressant sur les chemins du GR42, Alban détaille sa démarche. "L’homme et l'abeille, ça fait déjà un bout de temps qu’on collabore. Il faut bien se dire que sans les pollinisateurs, on aurait un petit peu moins de choses à manger dans nos assiettes."

En France, les abeilles subissent des pertes de 25 à 30 % de leur population chaque hiver, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail. En Europe, environ 40 % des colonies d’abeilles ont été décimées en moins de dix ans.

La plupart des plantes cultivées pour l'alimentation humaine dépendent de la pollinisation des abeilles pour se reproduire. Ainsi, environ 75 % des cultures alimentaires dépendent de la pollinisation assurée par les abeilles.

L'abeille constitue une sentinelle. C'est un bon indicateur, s'il n’y a pas d’abeilles à un endroit, c’est que l’endroit ne va pas très bien.

Alban Mauzac, apiculteur

"Je ne veux pas être alarmiste, dit l'apiculteur, je préfère motiver, inciter à agir chacun à son échelle. J’aime bien l’histoire du colibri, chacun apporte sa goutte d'eau pour éteindre un incendie. Même si je parcours 450 km pour sensibiliser juste une personne, ce sera gagné."

Pesticides, frelons asiatiques et autres parasites...

L'abeille est menacée, ses "prédateurs" sont multiples. "C’est compliqué de préserver l'abeille. Il y a toujours de nouvelles problématiques, ça peut être inquiétant par moments en tant qu’apiculteur", déplore le spécialiste. Outre les pressions environnementales, le frelon asiatique pourrait représenter une menace pour plus de 300 000 ruches chaque année, soit 10 % du cheptel apicole national.

"On assiste à une réduction des habitats, les essaims sauvages sont de plus en plus rares. Le varroa et le frelon asiatique ont été importés et ce sont de gros points très inquiétants. Il faut aussi compter avec la météo instable. Il y a des départements où on va avoir un peu de pluie et derrière du vent, explique-t-il, ce qui va sécher les plantes. Il y aura moins de miel que ce que l'on pouvait avoir il y a quelques années."

À travers cette démarche de sensibilisation, l’apiculteur souhaite rappeler l'importance fondamentale des abeilles et offrir des solutions durables pour assurer leur préservation.

Les kilomètres parcourus par les deux "éco-aventuriers" seront transformés en plants fruitiers ou mellifères. Ils seront destinés à des structures scolaires ou à des jardins partagés.