#OnVousRépond : Stations thermales encore fermées, les curistes bouillent d'impatience dans l'attente de la réouverture

Depuis le confinement décrété fin octobre 2020, les 110 des 113 établissements thermaux de France en exploitation sont fermés jusqu'à nouvel ordre, mettant à mal le secteur. Ces centres attendent toujours le feu vert du gouvernement pour préparer la réouverture. Celle-ci n'est pas assurée.

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Les stations thermales avaient déjà connu une période de fermeture, lors du premier confinement, de mars à juin 2020. Fermés à nouveau depuis fin octobre 2020, après seulement quatre mois d'activité, les 110 établissements thermaux de France en exploitation attendent toujours le feu vert du gouvernement pour préparer leur réouverture. A l'arrêt depuis six mois à ce jour, ces établissements se désespèrent, faute de perspectives claires de réouverture. Les thermes ont longtemps espéré rouvrir début février, mais leurs espoirs ont été douchés. Le calendrier du déconfinement "en quatre étapes" d'Emmanuel Macron,  dévoilé dans la presse ce jeudi 29 avril, n'évoque pas ce secteur d'activité. 

On ignore encore à quelle date pourront rouvrir les centres de thermalisme et dans quelles conditions ? #OnVousRépond fait le point sur les enjeux de cette réouverture très attendue.

Des curistes et des professionnels encore dans l'attente

Les établissements de thermalisme ne sont donc toujours pas autorisés à ouvrir leurs portes pour le moment. Du côté des curistes, on s'impatiente et on s'inquiète depuis longtemps. A l'image de Nettou86, en Nouvelle-Aquitaine qui s'interrogeait il y a quelques jours. "Y a-t-il une date de réouverture pour les thermes ?" se demandait-elle. 

L'inquiétude est légitime, selon Thierry Dubois, président du Conseil national des établissements thermaux (CNETh), en premier lieu pour des raisons logistiques : "pour des particuliers, l'organisation d'une cure de trois semaines ne s'improvise pas, il faut s'organiser !". Hélas, les curistes devront vraisemblablement s'armer de patience. Concernant les dates et les conditions de reprise des activités des centres de thermalisme, aucune date officielle n’a encore été transmise par le gouvernement et le ministère de la Santé, expliquait-il ce jeudi matin. La réouverture pourrait se faire au plus tôt "mi-mai", indiquait encore ce matin le président du Conseil national des établissements thermaux (CNETh).

Espoirs douchés ce jeudi soir, 29 avril, alors que les établissements thermaux souhaitaient faire partie du premier groupe des activités déconfinées. Ces derniers avaient également travaillé sur le protocole sanitaire en vue de cette réouverture.
 

Thermalisme : incompréhensible et "intolérable" fermeture

"Les établissements thermaux sont actuellement les seuls établissements de santé pris en charge par l'assurance maladie à être fermés", avait déploré Michel Duprat, président du Syndicat National des Médecins Thermaux (SNMTh), contacté quelques jours avant l'annonce du calendrier présidentiel. Une fermeture jugée "intolérable" par Thierry Dubois.

Une fermeture d'autant plus incompréhensible que ces centres de cures thermales n'ont enregistré aucun cluster l'an dernier, seulement quelques cas isolés sur les 110 établissements en fonction, selon la même source. "Durant les quatre mois de fonctionnement en 2020 (entre juin et octobre), il n'y a pas eu de clusters thermaux dus aux Covid", a précisé Thierry Dubois. 

Concernant une réouverture des établissements thermaux, "c'est l'affaire de quelques semaines. Nous verrons pour les dates précises plus tard", avait pourtant affirmé le 9 avril dernier sur l'antenne de nos confrères de RTL, le ministre de la Santé Olivier Véran. De son côté, mi-avril, Jean-Bernard Sempastous, ancien maire de Bagnères-de-Bigorre et député des Hautes-Pyrénées, avait laissé entendre que la date de réouverture des centres de thermalisme serait probablement dévoilée à la fin du mois d'avril. Cette information avait été évoquée lors de l'assemblée générale de l’Association nationale des maires des communes thermales (ANMCT).

 Nécessaire anticipation et manque de visibilité

Car si les curistes ne peuvent préparer une cure de trois semaines sur un coup de tête, l'ouverture de ces structures ne peut s'improviser à la dernière minute. Une anticipation de trois semaines s'impose entre le feu vert du gouvernement et la réouverture des établissements thermaux, afin notamment de relancer les équipements. "Moins, c'est matériellement impossible", a déjà indiqué ce dimanche 25 avril Thierry Dubois, à l'AFP, qui évoquait "un manque de visibilité". Ces structures sont soumises à des contraintes techniques et sanitaires qui ne permettent pas d’ouvrir d'un jour à l'autre.

Le feu vert des Agences Régionales de Santé est un préalable incontournable : "Il faut procéder à des analyses bactériologiques avant la réouverture et il faut 11 jours pour obtenir les résultats de certaines de ces analyses", explique Thierry Dubois. La filière ne veut pas "rater le démarrage". "Les stations thermales sont aujourd'hui dans les starting-blocks," assure Thierry Dubois. Ces établissements sont suspendus aux annonces gouvernementales mais difficile de déclencher des analyses de "pré-ouverture" sans calendrier précis. Or en mai 2020, la filière thermale avait été prise de cours : malgré l'annonce de la fin du confinement, certains établissements n'avaient pu rouvrir avant le 13 juillet ! Les premiers avaient réussi à accueillir les curistes le 23 juin. Résultat : une saison largement amputée.
 

Un inquiétant renoncement aux soins

Rhumatologie, phlébologie, traitements de l'appareil respiratoire, dermatologie...  Parmi les curistes privés de leurs soins en 2020 en raison de la crise Covid et du confinement, certains avaient prévu de reporter leurs cures en 2021 ou de maintenir leurs réservations cette année. Pour les curistes, l'attente devient interminable. 

Quelle conséquence ? Pour le directeur des thermes de Royat, sur les hauteurs de Clermont-Ferrand, "le plus préoccupant, c'est le renoncement aux soins. (...). C'est un traitement indispensable qui permet de soulager sans médicaments. Quand ils se bourrent d'anti-inflammatoires, ce n'est pas forcément très bon", a-t-il confié ce week-end à l'AFP.

Les propos du ministre de la Santé avaient, un temps, suscité de l'espoir. "Pour des gens qui sont atteints de maladies chroniques, effectivement je souhaite que les patients puissent retrouver les cures. Comme de façon générale; ils doivent pouvoir retrouver d'autres types de structure de soins ou d'accompagnement de leur prise en charge", avait assuré Olivier Véran, le 9 avril dernier, toujours sur l'antenne de RTL. 

Mais pour les curistes, l'attente devient interminable.

"Les pathologies chroniques demandent une prise en charge au long cours. Une interruption sur un ou deux ans va poser des problèmes fonctionnels et des problème de qualité de vie," selon Michel Duprat, le président du SNMTh. "Une cure thermale, c'est aussi un accompagnement sur le plan social. Elle permet aux curistes, des personnes âgées, de se rattacher à un événement, à une communauté", a ajouté Michel Duprat.

Pour Sylvain Sérafini, Président de France Thermes, l'un des plus importants groupes du secteur, la réouverture des établissements thermaux est d'autant plus justifiée que des programmes spécifiques ont été élaborés par les stations thermales pour la prise en charge de certaines pathologies liées aux Covid longs. 

#OnVousRépond : thermalisme, les curistes dans l'attente d'une réouverture
#OnVousRépond : thermalisme, les curistes dans l'attente d'une réouverture © MAXPPP

Quel protocole sanitaire proposé par la filière ?

Gestes barrières, port du masque, gel hydroalcoolique, réduction du nombre de personnes dans les zones d'attente, renforcement de la désinfection des locaux après chaque soins... La profession entend reconduire, voire renforcer, le protocole sanitaire mis en place en 2020, tout en tenant compte des effets de la vaccination.

Pour les patients vaccinés, un test salivaire facultatif pourrait leur être proposé, indique Thierry Dubois. Pour les curistes non vaccinés : un test PCR négatif de moins de 72 heures ferait office de sésame. Sans compter "la mise en place d'une surveillance sanitaire pendant les trois semaines de la cure".  Certains professionnels de la filière misent aussi sur une utilisation de l'application "Tous anti Covid".

Du côté du Syndicat national des médecins thermaux (SNMTh), comme du côté du Conseil national des établissements thermaux (CNETh), la vaccination sera une recommandation forte pour les curistes comme pour les personnels des établissements thermaux. Un bémol : les deux demandes du CNETh formulées auprès des autorités sanitaires d'inscrire les personnels des établissements thermaux sur la liste des personnes prioritaires à la vaccination n'a pas reçu d'écho favorable. 
 

Le thermalisme, un secteur à l'agonie 

Les 110 établissements thermaux de France ont accueilli 580.000 curistes en 2019. Ces établissements représentent 10.000 emplois directs et 100.000 emplois indirects. La seule région Auvergne-Rhône-Alpes compte 24 stations thermales. 

Les établissements de thermalisme ont été peu entendus depuis le début de la crise sanitaire. Et pourtant, comme de nombreux secteurs d’activité, la filière thermale rencontre de graves difficultés économiques. Un établissement thermal représente souvent le pilier économique de petites villes. véritable poumon pour l'économie locale. "70 % des communes thermales ont moins de 5.000 habitants," précise Thierry Dubois. 

En 2020, les établissements thermaux ont perdu 110 millions d'euros de recettes en raison d'une baisse de fréquentation de 67%, selon le Conseil national des établissements thermaux (CNETh). Certains n'ont pas résisté à la crise sanitaire, c'est notamment le cas du parc thermal de Montrond-les-Bains, seule station thermale de la Loire. Victime collatérale de la pandémie de Covid-19.

Aujourd'hui, les représentants de la filière du thermalisme réclament à l’État une aide exceptionnelle de 82 millions d’euros. La réponse se fait encore attendre.  Autre crainte des professionnels du secteur qui emploie des saisonniers : la perte de ce personnel qualifié, formé en interne qui risque de quitter la filière. Même crainte concernant les médecins thermaux.  

Jean-Yves Gouttebel, président du conseil départemental du Puy-de-Dôme chargé en décembre dernier par Emmanuel Macron d'une mission sur le thermalisme en France, remettra au mois de mai ses préconisations au gouvernement en vue d'une "diversification" de leurs activités.  La filière thermale mise aujourd'hui sur une reprise normale en 2023. 

 

 

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