Pollution de l'air : premiers résultats, failles... Quel bilan pour la zone à faibles émissions à Grenoble ?

Le gouvernement demande la création de zones à faibles émissions dans huit villes et régions de France pour lutter contre la pollution de l'air. Un dispositif en place depuis mai 2019 dans la métropole de Grenoble, pour des effets prometteurs.

La pollution de l'air est un problème récurrent dans la métropole de Grenoble. (Archives)
La pollution de l'air est un problème récurrent dans la métropole de Grenoble. (Archives) © Jean-Pierre CLATOT / AFP
C'est une initiative où la métropole de Grenoble a fait figure de pionnière. L'an passé, la Métro était la première en-dehors de Paris à instaurer une zone à faibles émissions (ZFE) - aussi appelée zone à circulation restreinte (ZCR) - sur un territoire particulièrement touché par les concentrations de polluants.

Pour lutter contre ce fléau, responsable de 48 000 morts prématurées par an, le gouvernement va dupliquer cette mesure dans plusieurs agglomérations. L'exécutif a été sommé par le Conseil d'Etat d'agir contre la pollution de l'air dans huit villes et régions de France, dont Grenoble et Lyon, sous peine d'une astreinte record.
 
Des ZFE, permettant de limiter le trafic des véhicules les plus polluants, vont donc voir le jour dans sept métropoles dont Aix-Marseille-Provence, Nice-Côte d'Azur, Toulon-Provence-Méditerranée ou encore Toulouse. Le ministère de la Transition écologique affirme qu'il s'agit d'"une solution efficace pour réduire la pollution". Un an après sa mise en place à Grenoble, quels sont les résultats ? France 3 Alpes vous résume la situation en trois points.

 

Une ZFE, qu'est-ce que c'est ?


Il s'agit de réserver certains secteurs d'une ville ou d'une métropole aux véhicules les moins polluants. Dans la métropole de Grenoble, seuls les véhicules de transport de marchandises - poids lourds et utilitaires légers - sont concernés par des restrictions. La ZFE a été mise en place en 2019, d'abord sur dix communes, elle a été étendue à 27 en février 2020 (voir la liste ici) et va continuer d'évoluer pendant encore cinq ans.

Quelles sont, concrètement, les mesures mises en place ? La ZFE s'appuie sur le système de vignettes Crit'Air qui classe les véhicules en fonction de leurs émissions polluantes. Depuis février 2020, les véhicules étiquettés "5" ne peuvent plus circuler dans le périmètre concerné, les "4" depuis juillet 2020, les "3" ne seront plus la bienvenue en 2022 et ainsi de suite. D'ici à 2025, seuls les véhicules équipés de vignettes Crit'Air 1 et électrique seront autorisés à circuler.
 
La Zone à Faibles Emissions (ZFE) de la Métropole grenobloise

"Cette réglementation sera mise en œuvre progressivement afin de laisser le temps aux acteurs économiques (...) de s’adapter et d’anticiper le renouvellement de leur parc de véhicules", précise Grenoble-Alpes métropole. L'objectif est de "réduire de façon significative les émissions d’oxydes d'azote" dont les émissions émanent à 48% des allées et venues des véhicules de transport de marchandises.

 

Est-ce que ça marche ?


Il faut d'abord préciser que la tendance est à la baisse de la pollution de l'air depuis plusieurs années dans le bassin grenoblois, avant la mise en place de la ZFE. Mais surtout, on dispose encore d'assez peu de recul, un an après sa mise en place.

L'organisme de surveillance de la qualité de l'air Atmo Auvergne-Rhône-Alpes a réalisé une première étude visant à anticiper ses effets. Associée à l’évolution technologique de l’ensemble des véhicules, elle "permettrait de réduire les émissions d’oxydes d’azote des véhicules de marchandise d’environ 70% et de diminuer l’exposition de la population au dioxyde d’azote d’environ 20%". D'ici à 2026, plus aucun habitant de la métropole ne devrait être exposé à des niveaux de dioxyde d'azote dépassant le seuil réglementaire.

D'où provient cette amélioration ? "L'instauration d’une (ZFE) n’a pas d’impact significatif sur la diminution du parc roulant mais elle accélère son renouvellement par des véhicules plus récents", selon l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). En clair, il n'y a pas moins de voitures, mais elles sont moins polluantes.

L'organisme, qui a réalisé une étude sur différentes ZFE mises en place à travers l'Europe, ajoute que ce dispositif "ne peut constituer à lui seul une solution aux problèmes de dépassements des valeurs limites réglementaires pour la qualité de l’air et doit s’inscrire dans le cadre de plans d’actions plus larges". Car ses effets sont significatifs, mais pas suffisants pour contrer le vaste problème de la pollution de l'air.

 

Pourquoi n'est-ce pas suffisant ?


Dans plusieurs villes et métropoles européennes, les ZFE se sont montrées efficaces sur une partie des polluants. Parmi les tendances constatées par l'Ademe, "un effet plus important sur les concentrations en particules, particulièrement pour les PM 2,5". Et à l'inverse, "un effet limité sur les concentrations en NOX et/ou NO2". Or, le gouvernement a également été sommé d'agir contre cette seconde catégorie de polluants. Raison pour laquelle d'autre leviers sont à envisager.

Le trafic routier est un élément majeur à l'origine de la pollution de l'air. Mais il est loin d'être le seul. Chauffage urbain, émissions industrielles, agriculture... Autant de sources d'émissions polluantes identifiées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). De l'avis d'Atmo, la ZFE "doit être conçue comme un des éléments d’un plan intégré ciblant conjointement une gamme de leviers".

Dans la métropole de Grenoble, on peut citer la prime air-bois qui a été mise en place pour inciter les particuliers à changer leurs anciennes installations de chauffage au bois. Il y a aussi l'action Cœurs de ville, cœurs de métropole (CVCM) dont les premiers résultats sont contrastés. Autant d'options, et plus encore, que le gouvernement devra étudier pour ne pas être soumis à une astreinte de quelque 10 millions d'euros par semestre de retard. Une somme record pour un enjeu sanitaire majeur.

 
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