Trois gendarmes tués dans le Puy-de-Dôme : un hommage rendu lundi 28 décembre à Ambert

Dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 décembre, 3 gendarmes ont été tués et un quatrième blessé par un forcené à Saint-Just dans le Puy-de-Dôme. Le lendemain, Ambert a rendu hommage aux victimes. Un hommage plus officiel est prévu lundi 28 décembre.

Dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 décembre, 3 gendarmes ont été tués et un quatrième blessé par un forcené à Saint-Just dans le Puy-de-Dôme.
Dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 décembre, 3 gendarmes ont été tués et un quatrième blessé par un forcené à Saint-Just dans le Puy-de-Dôme. © OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

Trois gendarmes ont été tués et un quatrième blessé par un forcené dans un hameau isolé près de Saint-Just (Puy-de-Dôme) dans la nuit de mardi 22 à mercredi 23 décembre, a appris l'AFP de sources concordantes. Les militaires, qui appartenaient à la compagnie d'Ambert, ont été blessés mortellement par arme à feu par un homme de 48 ans, alors qu'ils tentaient de porter secours à une femme ayant trouvé refuge sur le toit d'une maison. Peu avant 9 heures, le ministre de l'Intérieur a indiqué que le forcené est mort. Gérarld Darmanin a précisé sur Twitter : "Le forcené a été retrouvé mort. Je me rends sur place".

Les déclarations du ministre de l'Intérieur sur place

En fin de matinée, Gérald Darmanin s’est rendu sur place. Le ministre de l’Intérieur a déclaré : « Je suis venu ce matin dans le Puy-de-Dôme, accompagné des élus, pour présenter mes condoléances aux camarades des 3 tués. Ces 3 gendarmes qui, dans une intervention courageuse et héroïque, quotidienne, pour secourir une femme et son enfant de violences conjugales, sont morts cette nuit dans des circonstances particulièrement ignobles. J’ai évidemment une pensée particulière pour les 4 orphelins, pour les veuves, pour toute la gendarmerie nationale, pour toutes les forces de l’ordre qui connaissent par ce drame l’un des événements les plus tragiques de l’histoire. Cela permet de rappeler, qu’avec les 3 gendarmes décédés cette nuit, c’est le 11e décès de forces de l’ordre depuis le début de l’année, en opération ».
 

Des tirs

Peu après minuit, deux gendarmes, alertés pour des faits de violence sur conjoint ont été visés par des tirs, après avoir tenté de s'approcher de la maison où la femme menacée s'était réfugiée. L'un d'eux est décédé des suites de ses blessures tandis que le deuxième, blessé à la cuisse, a été transporté par les pompiers vers le centre hospitalier d'Ambert.
L'homme "était un tireur amateur". "Il était lourdement armé et avait un fusil et deux pistolets chez lui", selon une source proche du dossier. L'homme de 48 ans a finalement été "retrouvé mort", a indiqué Gérald Darmanin, sans préciser les circonstance du décès du suspect. Le corps de Frédérik L. a été découvert à proximité de sa voiture, non loin de son domicile. A priori, il s'agirait d'un suicide, a-t-on ajouté dans l'entourage du ministre.

Le feu mis à la maison

Après avoir mis le feu à sa maison, le forcené a de nouveau tiré sur les gendarmes présents aux abords de l'habitation, faisant deux nouvelles victimes parmi les militaires, a confirmé à l'AFP le parquet de Clermont-Ferrand qui précise que la femme a pu être mise en sécurité. La femme du tireur est "en sécurité avec les gendarmes", précise enfin le chef du Sirpa-gendarmerie sur franceinfo. Le général Laurent Bitouzet évoque "des déclarations de violences intra familiales".

Dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 décembre, 3 gendarmes ont été tués et un quatrième blessé par un forcené dans cette maison en feu, proche de Saint-Just au hameau du Cros.
Dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 décembre, 3 gendarmes ont été tués et un quatrième blessé par un forcené dans cette maison en feu, proche de Saint-Just au hameau du Cros. © G. Rivollier/francetv

Le GIGN sur place

"Au moins 7 membres du GIGN sont sur place. Les plus grandes précautions sont prises au regard de la dangerosité de l'individu", a indiqué à l'AFP une source proche de l'enquête. "Un dispositif de recherche est déployé sur le terrain" pour "localiser et interpeller le plus rapidement possible cet individu", a confirmé sur BFMTV Maddy Scheurer, porte-parole de la Gendarmerie nationale. D'après le service de communication de la gendarmerie, "Plus de 300 gendarmes" sont mobilisés dans le cadre de ces opérations. Il s'agit de "gendarmes départementaux et de gendarmes mobiles". Les GIGN de Dijon et Satory ont été déclenchés. Il y a bien eu 2 équipages distincts qui sont intervenus l'un après l'autre mais on ne sait pas à ce stade si le second équipage savait précisément ce qui se passait. À ce stade, nous pouvons dire que le forcené était "lourdement armé" selon une source gendarmerie


 

De nombreux gendarmes bouclent le centre de Saint-Just dans le Puy-de-Dôme.
De nombreux gendarmes bouclent le centre de Saint-Just dans le Puy-de-Dôme. © C. Da Silva/Francetv

Des problèmes de garde d'enfant

L'auteur des coups de feu mortels serait connu pour des faits liés à des problèmes de garde d'enfant. Les pompiers sont sur place pour tenter de maîtriser l'incendie. "C'est une opération de gendarmerie qui s'inscrit dans un cadre de violence intra-familiale qui a connu des suites toujours en cours de développement", a pour sa part indiqué à l'AFP la préfecture du Puy-de-Dôme.

Les trois gendarmes tués sont le brigadier Arno Mavel, 21 ans, le premier à avoir été touché par les tirs mortels, le lieutenant Cyrille Morel, 45 ans et l'adjudant Rémi Dupuis, 37 ans, annonce le ministère de l'Intérieur dans un communiqué. Ils appartenaient à la compagnie d'Ambert, dans le Puy-de-Dôme.

Les mots du maire d'Ambert

Guy Gorbinet, maire d’Ambert, indique : « Quand on nous appelle à 5h30 du matin, on sait que c’est pour des choses relativement agréables. Personnellement je suis très touché par ce que je connaissais bien un des gendarmes, avec lequel on avait des relations privilégiées, puisqu’on est dans une petite commune, tout le monde se connaît.  On a perdu 3 enfants sur notre commune et sur notre territoire. On est très émus. Tout le monde les connaissait plus ou moins. Sur des interventions qui paraissaient standard, on s’aperçoit qu’il n’y a pas d’intervention qui peut paraître dangereuse ou pas. On voit le résultat, un conflit familial, 3 morts, c’est une catastrophe pour notre territoire. Je suis sincèrement très ému. On a des liens privilégiés avec la gendarmerie. On a des liens de confiance. Je pense surtout aux familles et à tous les collègues de ces 3 gendarmes. Je pense que tous les gens du territoire sont très touchés et très émus de cette situation ». Il ajoute : « Je connaissais l’officier, il était le numéro 2 de la brigade, avec lequel on avait des relations privilégiées. On est une commune de 7 000 habitants.  C’est très compliqué pour nous aujourd’hui ». A Ambert, les drapeaux ont été mis en berne. Le maire évoque le contexte familial du forcené : « Apparemment, ces gens étaient arrivés il y a 4-5 ans. Ils étaient peu investis dans la vie locale. Ils étaient un peu à part. En arriver à ces extrêmes, ça veut dire qu’à un moment donné,  il y a quelqu’un qui a disjoncté complètement. On ne peut pas tirer comme ça, avec de telles conséquences. C’est une catastrophe ».
 

L'enquête se poursuit

Le corps de Frédérik L., devrait être autopsié "en début de semaine prochaine" à l'institut médico-légal de Saint-Etienne, a-t-on appris jeudi 24 décembre auprès du parquet de Clermont-Ferrand. "Priorité a été donnée aux autopsies des gendarmes pour pouvoir remettre les corps à leurs familles au plus vite", explique-t-on de même source, après que la compagnie d'Ambert a perdu trois de ses militaires appelés à l'aide par une femme menacée par son conjoint. 

Les auditions par les enquêteurs "d'une vingtaine de gendarmes, intervenus de près ou de loin", se poursuivent ce jeudi. Elles devraient notamment permettre d'affiner la chronologie et l'enchaînement des faits qui demeuraient hier soir encore difficiles à établir.

"On peut imaginer plein de scénarios mais il est bien trop tôt pour dire fermement comment cela s'est passé", souligne-t-on de source proche de l'enquête. "Celui qui écrit dans quel ordre les choses se sont passées, à quelle heure, ne fait que des hypothèses. L'IRCGN (l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale) est sur place pour reconstituer la scène de crime avec des moyens d'analyse balistique", ajoute-t-on. Il est notamment encore impossible d'affirmer, selon cette source, que l'incendie de la maison du forcené ait pu précéder les premiers tirs.

 Des réactions

Emmanuel Macron, président de la République, a réagi : "Ils intervenaient pour secourir une femme victime de violences conjugales dans le Puy-de-Dôme, trois gendarmes ont été tués, un quatrième blessé. La Nation s'associe à la douleur des familles. Pour nous protéger, nos forces agissent au péril de leur vie. Ce sont nos héros".
 

Le Premier Ministre Jean Castex a également salué la mémoire des trois militaires en soulignant que ce drame "endeuill(ait) le pays tout entier". "Je partage la douleur de leurs proches et de leurs frères d'armes et les assure de mon indéfectible soutien", a-t-il ajouté.

Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, a tweeté ce mercredi matin : "Cette nuit, la Gendarmerie a perdu trois des siens, animés par le service de la France. La Nation s’incline devant leur courage et leur engagement. Je présente mes condoléances à leurs familles et à leurs camarades. Tout est mis en œuvre pour interpeller l’auteur des faits". Le ministre de l’Intérieur suit le déroulé des opérations depuis la place Beauvau, en lien avec la préfecture du Puy-de-Dôme et la Direction générale de la gendarmerie nationale. 

Eric Dupond-Moretti, ministre de la Justice, a tweeté : "Alors que le pays est frappé d’effroi après l’annonce de la tragédie de Saint-Just, je m’incline devant la souffrance des familles et des proches endeuillés de nos 3 gendarmes. La France se souviendra que 3 militaires ont payé de leur vie le fait d’avoir protégé une femme menacée".
 

Laurent Wauquiez, président (LR) de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, a réagi sur Twitter : "Toutes mes condoléances aux familles et aux collègues des gendarmes tués cette nuit alors qu’ils tentaient de protéger une femme. Je souhaite un prompt rétablissement au gendarme blessé. Merci au GIGN et aux pompiers actuellement mobilisés sur place. N’oublions jamais le dévouement des gendarmes : aller jusqu’à donner leur vie pour nous protéger. C’est ce qu’ont fait les trois gendarmes tués cette nuit pour protéger cette femme victime de violences conjugales".
 

Michel Fanget, député (MoDem) du Puy-de-Dôme, a publié un communiqué : "Horrifié par le terrible drame intra-familiale en cours à Saint Just près d’Ambert. Un homme a tué 3 gendarmes et  blessé un 4ème avant de brûler son habitation. Le forcené est activement recherché par le GIGN. Encore un drame qui illustre combien nos gendarmes et policiers sont exposés en permanence pour assurer la sécurité des Français et trop souvent au péril de leurs vies. J’apporte mon total soutien aux forces de l’ordre et je pense aux familles qui vivent une terrible tragédie à la veille de Noël".

Olivier Bianchi, maire (PS) de Clermont-Ferrand s'est exprimé : "Sous le choc de l'assassinat des gendarmes d'Ambert qui intervenaient pour mettre une femme victime de violence à l'abri. Condoléances et solidarité à leur famille et collègues et tous mes vœux de rétablissement au gendarme blessé".
 

Le footballer Kylian Mbappé a aussi réagi : "Mourir pour avoir voulu sauver : Une violence inacceptable Ne laissons pas la violence gagner, quelle que soit sa forme. Mes condoléances aux familles des victimes".
 

Le hameau du Cros se trouve à 5 kilomètres environ de la commune de Saint-Just.

Voir sur la carte :

Une enquête devra déterminer les circonstances exactes de ce dramatique fait divers.

L'hommage d'Ambert 

Jeudi 24 décembre, à la mi-journée, une minute de silence a eu lieu à Ambert, devant la maire ronde, en hommage aux victimes. La sirène des pompiers et le glas des cloches de l’église ont retenti.
 

Jeudi 24 décembre, à midi, une minute de silence a eu lieu à Ambert, devant la maire ronde, en hommage aux victimes.
Jeudi 24 décembre, à midi, une minute de silence a eu lieu à Ambert, devant la maire ronde, en hommage aux victimes. © Pascal Franco / FTV

Au lendemain de ce tragique fait divers, de nombreux habitants défilent devant la gendarmerie d’Ambert pour déposer un bouquet de fleurs pour les trois victimes. Une habitante indique : « Je suis venue témoigner toute ma compassion. Ces personnes sont parties si injustement. Je ne les connaissais pas personnellement. J’ai été longtemps élue à Ambert et je suis très touchée par ce qui s’est passé ». Une autre ajoute : « Je suis extrêmement émue parce que ces gendarmes sont des gens adorables. La population locale les aime car ce sont des gens attentifs. Ils nous connaissent, ils font attention à nous. Ils ont donné leur vie dans un accident parce qu’il y a un fou qui se balade avec des armes. C’est horrible ». A partir du lundi 28 décembre, un livre d’or sera mis en place à la mairie d’accueil d’Ambert, afin que les habitants puissent exprimer leur émotion.

L'hommage de lundi 28 décembre

Lundi 28 décembre, un hommage sera rendu aux victimes à Ambert. A 14 heures, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, et Florence Parly, ministre des Armées, procèderont à un accueil républicain des cercueils des 3 gendarmes, en mairie d’Ambert. Par la suite, à 14h30, une cérémonie aura lieu dans le centre d’Ambert en l’honneur des 3 victimes. Des remises de médailles auront lieu à titre posthume. Trois légions d’honneur seront remises, 2 médailles militaires, 3 médailles de la gendarmerie nationale, 3 médailles de la sécurité intérieure. Un écran géant, ainsi que des musiciens de la Garde Républicaine, seront présents. Ensuite un entretien privé des familles avec les ministres est programmé. Des obsèques privées sont prévues. Aucun hommage national ne sera rendu aux Invalides. 

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