A Clermont-Ferrand, un élu demande à être payé en monnaie locale auvergnate

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Écrit par FG
La Doume, monnaie locale complémentaire dans le Puy-de-Dôme, est utilisée par 250 professionnels et près d'un millier de consommateurs.
La Doume, monnaie locale complémentaire dans le Puy-de-Dôme, est utilisée par 250 professionnels et près d'un millier de consommateurs. © Aurore Trespeux / France 3 Auvergne

Le conseiller communautaire et élu municipal clermontois Grégory Bernard vient de demander à la métropole de lui verser son indemnité en doume, la monnaie locale du Puy-de-Dôme. Il espère ainsi développer l'usage de cet outil au sein des collectivités.

Être payé en doumes plutôt qu'en euros ! C'est la demande que vient de faire Grégory Bernard, élu clermontois auprès de la métropole. Dans une lettre au directeur général des services, il demande que son indemnité de conseiller communautaire (200 euros environ) lui soit versée en monnaie locale.

"Ça faisait longtemps que ça trottait dans ma tête !" indique Grégory Bernard. "Je suis déjà utilisateur de la doume car elle permet de soutenir l'économie locale, l'emploi local et la relocalisation de l'économie, et j'ai toujours trouvé que c'était important que les collectivités s'impliquent dans ce type de dynamique citoyenne."

La doume permet de payer des achats ou des services chez des commerçants situés dans le département du Puy-de-Dôme et signataires d'une charte de valeurs éthiques, écologiques et sociales. Son utilisation a pour objectif d'encourager le développement local : avec la doume, impossible de spéculer sur les marchés financiers par exemple. La doume, qui vaut un euro, ne se substitue pas à la monnaie officielle : elle est complémentaire.

Grégory Bernard pourrait changer ses 200 euros contre 200 doumes à chaque fois qu'il reçoit son indemnité. S'il tient à être payé directement en doume par la collectivité, c'est avant tout pour le symbole : "Pour moi, ça a un sens particulier, c'est une philosophie générale, une conviction personnelle et politique. Alors que l'on promeut le développement des filières locales et une métropole en transition, ça me semble normal que mon indemnité retombe sur le territoire."


L'idée, c'est aussi de faire rentrer la monnaie locale dans la comptabilité publique. La loi du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire prévoit bien un cadre juridique pour les monnaies locales mais les collectivités se heurtent encore à de gros obstacles quand il s'agit de manier cet outil. Au pays basque, la mairie de Bayonne a ainsi été attaquée par l'Etat pour avoir voulu payer ses agents en Eusko, la monnaie locale. Fin mars, la justice a donné raison à la municipalité mais un recours est toujours possible.

Danielle Nadal, fondatrice et membre du collectif ADML63 à l'origine de la Doume, confirme : "l'idée, c'est de débloquer cette règle qui veut que les dépenses des collectivités locales soient dans la monnaie officielle et qu'elles ne peuvent pas réutiliser les doumes qu'elles recevraient pour payer leurs salariés. C'est un blocage réglementaire qu'on essaie de faire lâcher." Un collectif national d'élus a d'ailleurs lancé une lettre ouverte à ce sujet pour interpeller le gouvernement.

L'initiative de l'élu clermontois va permettre à la métropole de se confronter concrètement au sujet. N'acceptant pas les paiements en doume, elle devra en acheter pour payer son élu. "C'est forcément un peu compliqué. Il faut par exemple que je paye mes impôts !" 

Pour l'instant, Grégory Bernard n'a pas eu de réponse à sa demande. Il espère pourtant faire école : "à ma connaissance, localement, je suis le pionnier dans cette affaire mais je suis convaincu que si on trouve un fonctionnement, d'autres élus vont suivre !"

 

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