Jubilé d’Elizabeth II : un historien auvergnat prend sa plus belle plume et écrit à la Reine d’Angleterre

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Jeudi 2 juin, Elizabeth II, 96 ans, est apparue à la foule pour le début des cérémonies organisées en l’honneur de ses soixante-dix années de règne, prévues jusqu’à dimanche. Près de Clermont-Ferrand, un historien a pris sa plus belle plume pour écrire à la reine d’Angleterre. Il nous explique le sens de son geste.

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Votre Majesté, permettez-moi de vous écrire ce modeste mot envoyé depuis le cœur des volcans d'Auvergne en France, pour vous présenter mes respects, en ce moment de célébration de votre jubilé de platine” : c’est en ces mots choisis que Johan Picot a choisi de s’adresser à la reine Elizabeth II, à l’occasion de la célébration de ses 70 ans de règne. Le docteur en histoire et historien indépendant vit à Royat, près de Clermont-Ferrand. Agé de 39 ans, il a pris sa plus belle plume pour s’adresser à la Queen.

Un historien qui s'exprime

Il ne fait pas pour autant partie de ces groupies de la reine un peu caricaturales. Il indique : “Je suis historien du passé, je suis médiéviste de formation, mais depuis maintenant 6-7 ans, je travaille principalement sur la Belle Epoque et le XIXe siècle. Tout a commencé, l’an dernier en avril, quand le Duc d’Edimbourg (le mari de la reine, NDLR), est mort. J'ai appris qu'il y avait un livre d'or de condoléances. Et du coup, j'ai écrit. C'était un livre d'or numérique. Je ne suis pas un aficionado de la royauté. Mais je regarde cela en tant qu’historien, en tant que citoyen aussi”.



Marquer l'Histoire

Stylo plume, encre noire, papier Clairefontaine écru, monogramme avec sceau et cachet de cire, Johan a sorti le grand jeu pour écrire à la reine. Il avoue correspondre de la sorte au quotidien. Johan, qui vit au Grand-Hôtel - Majestic Palace de Royat, se remémore ce qu’il a couché sur le papier : 1952-2022 : depuis 70 ans, vous incarnez le pouvoir avec autorité. Votre sens du devoir et votre dévouement sans faille envers la couronne vous honorent et forcent le respect. Depuis votre accession au trône, vous assistez irrémédiablement à la fuite du temps et aussi à la fin d'un monde, celui de vos aïeux tous droits sortis de la Belle Epoque. L'histoire vous regarde aujourd'hui et vous ouvre grand les pages de son livre mémoriel. Votre Majesté, entrez dans la légende et rejoignez le cercle restreint de ceux qui dit-ont auront fait l’Histoire”.

"Il y a quelque chose de sacral"

L’historien explique ses propos : Cela a fait trois générations que les gens sont nés sous la reine. Ils ont vécu avec elle depuis toujours. Elle est née en 1926. C'est un peu l'histoire du monde résumé avec elle. Cela m'a toujours interpellé. On peut quasiment qualifier le tout de dévotion populaire dans sa relation entre son peuple et la couronne. Il y a quelque chose de sacral, on est dans une espèce de religion civique. Il y a une sorte de sacralisation de sa personne. Ce n’est pas du tout ce qui m'intéresse, mais je l'observe. Je me pose en historien”. Il poursuit : Ce qui est fou avec cette femme c’est qu’elle n’a pas le droit d’exister en femme propre. Sa vie entière se résume à l'incarnation de la couronne, maintenir la couronne, s'inscrire dans un très long continuum. Elle n’a pas le droit de s'exprimer. Enfin, ce qui m'interpelle aujourd'hui, c'est le contraste entre cette femme et l'adulation qu'elle peut générer aussi. Telle un monolithe, c'est le règne de la permanence, c'est à dire que son règne, sa vie et doivent être comme avant. Rien ne bouge d'ailleurs. Elle est noyée sous les protocoles et je trouve ça fabuleux, par opposition à ce qu'on vit aujourd'hui, l'injonction à la rapidité, l'injonction au changement”. Il ajoute : " Je crois que j’ai été interpellé par le jubilé car j’avais aussi travaillé sur la célébration du jubilé de la reine Victoria en 1887 à Royat ! Une fête avait été organisée en l’honneur de la colonie de baigneurs anglais au sein du grand hôtel où était venu trois ans plus tôt l’héritier de la Couronne. Cela explique aussi pourquoi cela m’a intéressé". 

 

Se plier au protocole

Le docteur en histoire aime à rappeler qu’Elizabeth II a été l’une des premières à envoyer un mail, à avoir un compte Twitter. Elle a même osé se mettre en scène avec James Bond lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012. Pour que sa lettre soit parfaite, Johan a dû suivre quelques règles de bienséance : “Il y a un protocole, je me suis renseigné en passant par Buckingham. Il y a les recommandations de forme et de style à suivre. On peut écrire soit en anglais, soit en français vu qu'elle est parfaitement bilingue. Elle ne verra jamais le courrier. Cela n'a aucune importance, l'idée était d'envoyer quelque chose pour souligner ses archives”. Désormais, Johan va guetter sa boîte aux lettres afin de voir si les services de Sa Majesté lui envoient une missive : “Je crois qu'ils ont une obligation de réponse, ils expliquent que normalement, ils recommandent l'écriture dactylographiée, un tapuscrit. J'aime le principe de l'archive, le manuscrit, avec la signature. Ils s'engagent à répondre, dans un délai de réponse de trois semaines en général mais j'ai peur que ce soit plus, vu le contexte du jubilé”. Afin de patienter, l’historien regarde en replay les images du jubilé de ce jeudi 2 juin, car il était en cours avec des lycéens lors des festivités royales.