L'innovation en agriculture bio : de la bricole, du savoir scientifique et une grande louche de bon sens paysan

Comment innover en agriculture biologique ? A Moissat dans le Puy-de-Dôme, des maraîchers-céréaliers refusent d'investir dans la haute technologie. Ils préfèrent inventer leurs outils eux-mêmes. Des machines adaptées à leurs besoins et qui limitent l'endettement. L'équation parfaite, selon eux, d'une exploitation agricole rentable.

C’est un drôle d’engin que voilà. Un cadre métallique avec ce qui ressemble à deux banquettes au milieu. Ou deux couchages. Etrange pour une machine agricole…« C’est un lit de désherbage qui permet de désherber aux champs sur de longues distances de manière plus confortable ».

Emmanuel Duron joint le geste à la parole. Il s’allonge sur le ventre sur l’une des deux banquettes blanches et agite les mains vers le sol, arrachant une mauvaise herbe imaginaire.

C’est l’hiver et le réveil de la nature n’a pas encore eu lieu. Et puis, ce lit de désherbage n’est pas terminé. Emmanuel Duron, maraîcher-céréalier-paysan boulanger (et bricoleur) à Moissat dans le Puy-de-Dôme, le maintient à l’atelier pour les finitions. « C’est du métal de serrurerie assez classique. Et nous avons adapté des moteurs de fauteuils roulants. » Parce que l’engin avance tout seul équipé également de roues de cyclomoteur. Récupérées elles-aussi.

 Au GAEC de Dou Chonlai près de Clermont-Clermont, on a à cœur de fabriquer soi-même autant que possible. « Nous bricolons pas mal. Déjà nous trouvons ça amusant et nous n’avons pas les moyens de nous offrir des outils qui coûtent plus d’une dizaine de milliers d’euros vu la taille de notre exploitation. » Il aurait fallu dépenser 30 000 euros pour un lit neuf. En version débrouille, il coûte tout juste 2 000 euros.

Avec de l'huile de coude

Quelques mètres plus loin, un vieux tracteur très haut sur roues attend aussi le retour du printemps et des travaux aux champs. « Tout ce qui est bleu, un peu rouillé, était initialement un pulvérisateur à vignes», indique Emmanuel Duron en désignant la structure du tracteur. Au GAEC Dou Chonlai, on cultive de l’ail, des oignons, des échalotes, des courges, du blé, du tournesol et du colza. Mais pas de raisins.  « Nous avons supprimé les cuves de traitement sous la cabine pour ajouter une bineuse ventrale pour gagner en précision. Et sur l’avant, nous avons adapté une cuve pour mettre de l’engrais uniquement sur nos rangs de légumes car nous estimons que nos plantes uniquement devraient profiter de l’engrais pour diminuer les charges. »

Et sur l’arrière, le tracteur peut transporter différents outils comme une planteuse à bulbes. Bref, le pulvérisateur à vignes sert aujourd’hui à passer par-dessus les cultures pour y effectuer différentes opérations. Un tracteur « couteau suisse », acheté d’occasion et transformé par les Géo Trouve-tout de cette ferme bio. Neuf, il aurait coûté plus de 100 000 euros.« Nous sommes une petite structure, nous essayons d’être efficients avec le minimum de matériel et de dépenses énergétiques pour un résultat équivalent. »

Bon sens paysan

Une ferme atypique installée en bordure de route dans un bâtiment en bois pour la vente directe où l’esprit "ingénieur" côtoie le bon sens paysan.

Quatre associés, des néo-ruraux, originaires de l’ouest de la France. Avec un parcours scientifique. Et de solides convictions sur ce que doit être l’agriculture. « Nous sommes dans une logique d’optimisation agronomique », détaille encore celui qui a grandi dans le Calvados. « Sur les terres où nous sommes, il n’y a pas d’eau, donc nous nous refusons de faire du maïs. »

Et dans le bâtiment, cet ancien ingénieur continue d’égrainer toutes les machines qui ont été récupérées de-ci, de-là. Tandis que deux de ses associés s’activent dans le fournil. C’est lundi, c’est jour de cuisson. Léonard et le second Emmanuel ont les mains dans la pâte tandis que l’employé de la boulangerie enfourne et défourne.

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Comment innover en agriculture biologique ? A Moissat dans le Puy-de-Dôme, des maraîchers-céréaliers refusent d'investir dans la haute technologie. Ils préfèrent inventer leurs outils eux-mêmes. Des machines adaptées à leurs besoins et qui limitent l'endettement. L'équation parfaite, selon eux, d'une exploitation agricole rentable. ©Stéphanie Vinot, Alfonso Martinez et Magalie Canuto/ France 3 Auvergne

Petit mais costaud

Etre cohérent et efficient, c’est aussi transformer soi-même sa production. Ici les légumes deviennent de la soupe. Et le blé du pain et des gâteaux. Grâce à un four qui fonctionne aux granulés de bois, écologie oblige. « Nous cherchons à recentraliser la marge chez nous, plutôt que chez les transformateurs », confie Emmanuel Gaullier, tablier autour du cou pour se protéger de la farine.

Penser petit mais efficace. Et tous les détails comptent. Les plans de machines que l’on peut récupérer gratuitement auprès des associations paysannes, le logiciel en partage pour la comptabilité. Et le régime fiscal, le micro BA, qui permet d’avoir un abattement de 87 % sur le chiffre d’affaires. Derrière ces murs de bois, il y a un grand remue-méninges pour limiter l’endettement et augmenter les revenus.

A Moissat, on est fier de présenter une situation saine, d’avoir le luxe de pouvoir investir et de dégager un salaire de 1500 euros par associé.

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