Pourquoi Michelin va supprimer jusqu'à 2 300 postes en France

Mercredi 6 janvier, le groupe Michelin a annoncé engager un "plan de simplification et de compétitivité". Le fabricant de pneumatiques dont le siège est à Clermont-Ferrand va supprimer en France jusqu’à 2 300 postes en 3 ans, sans départs contraints.

Michelin, fabricant de pneumatiques dont le siège est à Clermont-Ferrand va supprimer jusqu’à 2 300 postes en 3 ans.
Michelin, fabricant de pneumatiques dont le siège est à Clermont-Ferrand va supprimer jusqu’à 2 300 postes en 3 ans. © THIERRY ZOCCOLAN / AFP

C’est par un communiqué publié mercredi 6 janvier que le groupe Michelin a annoncé qu’il allait engager un « plan de simplification et de compétitivité ». Le fabricant de pneumatiques dont le siège est à Clermont-Ferrand va supprimer jusqu’à 2 300 postes en 3 ans. Il assure qu’il n’y aura pas de départs contraints. De Clermont-Ferrand à Epinal en passant par Troyes, cette nouvelle réorganisation concerne tous les sites français du groupe. Le communiqué précise : « Ce plan, qui s’inscrit dans une démarche de co-construction et de dialogue social large, s’appuiera sur la négociation d’un accord-cadre d’une durée de 3 ans excluant tout licenciement. Il ne repose pas sur des fermetures de sites ».

Un groupe face à la concurrence

Afin de justifier ce plan, le manufacturier évoque une rude concurrence : « Michelin est confronté depuis une dizaine d’années à de profondes transformations structurelles du marché mondial du pneumatique, marqué notamment par l’arrivée massive de produits à bas coûts. Le groupe doit donc accompagner les évolutions stratégiques de ses activités pour préparer l’avenir. C’est le cas notamment en France où la vitalité de ses positions passe par un renforcement significatif de sa compétitivité ».

1100 postes en moins pour le tertiaire, 1200 pour l'industrie

Concernant les modalités de départ, cela pourrait signifier d’ici trois ans une réduction de postes pouvant aller jusqu’à 2 300 : jusqu’à 1 100 postes pour le tertiaire, jusqu’à 1 200 postes pour l’industrie. Près de 60% des départs envisagés se feraient sur la base de départs anticipés à la retraite et le reste par des départs volontaires accompagnés. « Pour tout poste supprimé, Michelin s’engage à contribuer à en recréer un autre, soit dans le cadre du développement de ses nouvelles activités, soit en prenant part à la redynamisation des bassins d’emplois, dans un calendrier réaliste » précise le communiqué.

Un accord-cadre

Pour accompagner les évolutions des activités tertiaires et industrielles en France et la mise en œuvre du plan de compétitivité, Michelin propose aux organisations syndicales d’ouvrir rapidement la négociation d’un accord-cadre d’une durée de 3 ans. Le fabricant de pneumatiques indique : « Dans le cadre de cet accord, Michelin proposera un dispositif d’accompagnement des salariés comprenant notamment, sur la base du volontariat, des mesures de pré-retraite ouvertes à l’ensemble des salariés éligibles (retraite à taux plein sur la période) et des mesures de mobilité externe. Pour mettre en œuvre ces mesures, Michelin proposera aux organisations syndicales la négociation d’accords de ruptures conventionnelles collectives (RCC) annuelles par lesquelles seront réalisées les évolutions des effectifs et des emplois induites par le projet au cours des trois prochaines années ».

Une ambition de développement en France réaffirmée

Dans le communiqué, Michelin évoque « une ambition de développement en France réaffirmée » : « En témoigne la stratégie de développement ambitieuse de Michelin en matière d’hydrogène. Michelin, à travers Symbio, sa co-entreprise avec Faurecia, va construire la première usine de piles à hydrogène du pays à Saint-Fons, en Région Auvergne Rhône-Alpes. Ce projet doit générer à terme des centaines d’emplois. Par ailleurs, le Groupe prévoit l’implantation dans les 3 ans à venir de nouvelles activités dans le recyclage et les matériaux durables, à l’instar du choix de l’industrialisation en France d’une technologie de rupture de recyclage des déchets plastiques en partenariat avec la société canadienne Pyrowave ; ou encore l’industrialisation en France d’une colle non toxique, via sa filiale Resicare. Enfin, la société pionnière dans la chimie verte Carbios, rejoint aujourd’hui un site Michelin pour y installer son siège social, ses équipes R&D, son laboratoire et son démonstrateur semi-industriel. Cela dans le cadre d’un programme unique et ambitieux à Clermont-Ferrand, le programme Parc Cataroux ».  

Choqués et sonnés

La nouvelle a été annoncée ce mercredi matin aux organisations syndicales à Clermont-Ferrand. "On est tous choqués et sonnés par cette annonce. Tout le monde s'attendait à une annonce, mais on était loin de s'imaginer qu'aujourd'hui ça toucherait 2 300 postes sur 3 ans et que ça concernerait toutes les usines du groupe. On nous explique qu'il faut le justifier par un déficit de compétitivité : on nous prend pour des c...", explique Jérôme Lorton, délégué syndical central Sud Michelin. Il ajoute : "Le groupe s'engage à mettre en place des mesures d'âge qui pourraient concerner 60 % des salariés. En attendant, il en manque 40 %. On va demander un rendez-vous avec le ministre de l'Economie parce qu'on a besoin de l'Etat : ce n'est pas une manifestation à Clermont-Ferrand qui va empêcher Michelin de restructurer, de fermer, de dégraisser les effectifs. Il va falloir que l'Etat nous aide".

Des incertitudes à Clermont-Ferrand

François Roca, délégué syndical CGT Michelin, affirme : « Ca va être très compliqué pour les années à venir pour ceux qui restent. On nous garantit qu’il n’y aura pas de licenciements mais 1 200 postes supprimés dans l’industrie, c’est la valeur de 2 petites usines en France. Je ne peux pas croire que dans un avenir proche il n’y aura pas de fermetures de sites ». Il poursuit : « A Clermont-Ferrand, Cataroux va devenir une friche industrielle. Le grand site industriel est en train de vivre ses derniers jours. Il ne va plus rester d’industrie à Clermont-Ferrand, sauf peut-être les Gravanches, mais sous réserve ». Dans la capitale auvergnate, on compte aujourd’hui un peu moins de 10 000 salariés Michelin.

Les mots du président de Michelin

Florent Menegaux, président de Michelin, déclare : « L’ambition de ce projet est que la France, berceau de Michelin, demeure un pays clé de la transformation stratégique du Groupe dans les années à venir. Notre responsabilité économique consiste à renforcer notre performance globale tout en développant de nouveaux projets d’activités à forte valeur ajoutée. Cette responsabilité économique doit se conjuguer avec une responsabilité sociale exigeante : rechercher des solutions concertées, les plus équilibrées possible, avec nos organisations syndicales et nos salariés, et mettre en œuvre tous les moyens possibles pour accompagner de manière exemplaire les personnes comme les territoires, dans ces transformations ».

Yves Chapot, gérant et directeur financier du groupe Michelin, souligne : « Michelin est soumis à la concurrence. Nous opérons dans un marché ouvert, en particulier pour le marché européen, et nous devons nous adapter. Nous devons prévenir en permanence et nous adapter de manière à faire face à cette concurrence, pour faire en sorte que nos activités soient les plus pérennes possible dans les différents marchés. C’est pourquoi nous avons, d’une part le devoir de rendre compétitives nos activités historiques dans le pneumatique, mais également celui de créer le Michelin de demain, en investissant dans de nouvelles activités ».
Le groupe soumis à la concurrence des pneus à prix cassés a déjà supprimé près de 1 500 postes depuis 2017 dans le cadre de sa réorganisation, notamment à son siège historique de Clermont-Ferrand et aux Etats-Unis. Il a également fermé les sites de La Roche-sur-Yon (Vendée) et Bamberg en Allemagne.

La réaction de la ministre déléguée chargée de l'Industrie

"Avec les représentants du personnel nous serons particulièrement vigilants à ce que Michelin respecte ses engagements", a indiqué à l'AFP la ministre déléguée chargée de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher. Bercy surveillera "la création de nouveaux postes en France avec la localisation de nouvelles activités à forte valeur ajoutée, la compensation de chaque emploi par un autre emploi, des mesures d'accompagnement des salariés exemplaires et enfin un plan d'investissement pour moderniser ses outils de production, gage de la pérennité des sites français à moyen terme". 
 

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