TEMOIGNAGES. "Ce n'est pas Macron qui passe son bac" : grèves, manifestations, blocages… ces lycéens racontent leur premier jour du bac

Les élèves de terminale planchent ce lundi 20 mars sur leur première épreuve du bac. Si le rendez-vous est toujours source de stress, cette année c’est en plein conflit social autour de la réforme des retraites qu’ils composent. À Clermont-Ferrand, nous leurs avons donné la parole.

C'est à quelques pas de son lycée, attablée dans un bar, qu'Anyssia attend l'heure fatidique. Aujourd'hui, elle passe sa première épreuve de spécialité pour le bac. "Là, mon niveau de stress est au maximum, confie la jeune femme. Je viens décompresser un petit peu et aussi réviser. " Dans son sac à main, des feuilles cartonnées résument ses cours, devant elle un grand café. Aujourd'hui, Anyssia passe l'épreuve de géopolitique, demain, ce sera l'Anglais. 

"Je connais mon cours et ma méthode, mais le bac c'est une petite étiquette spéciale. Ça reste impressionnant." Pour affronter ce moment clef, la jeune femme est sur son 31. Une coiffure impeccable, un trait d'eye-liner maitrisé, cette fan de mode cache son stress derrière un sourire.

"Je ne peux pas m'empêcher de me dire, qu'est-ce que je vais faire si je n'ai pas mon bac ? Est-ce que je redouble, est-ce que je commence à travailler. On a l'impression de jouer notre avenir."

Anyssia, élève en Terminale

Changement de dernière minute

Cause de stress supplémentaire : un rassemblement est prévu à midi devant le Lycée Blaise Pascal, là où elle doit passer ses épreuves de spécialité. Deux heures avant le début des épreuves. Un rassemblement organisé, alors que les parlementaires se prononcent pour ou contre les motions de censure, ce lundi 20 mars. 

Ce matin, le lycée a demandé aux élèves de venir dès 11 h 30 pour ne pas risquer d'être bloqués à l'extérieur. Anyssia et Matthieu, tous les deux délégués de leur classe, ont dû prévenir en urgence leurs camarades par Instagram.

"L'établissement nous a demandé de venir à 11 h 30 pour ne pas risquer d'être coincés. Mais pour ceux qui ne peuvent pas venir plus tôt parce qu'ils viennent en train, on est un peu dans le flou." 

Matthieu, élève de Terminale

Des épreuves décisives

Une source de stress de plus pour ces lycéens, qui arrivent déjà inquiets pour l'épreuve du jour. "Le dernier chapitre de géopolitique on l'a vu en quatre heures, explique Matthieu. Le programme était trop long et les professeurs malades ne sont pas remplacés." Les deux jeunes gens l'assurent : leurs enseignants font au mieux. Les notes des épreuves de spécialité comptent pour le bac, mais son aussi prise en compte dans Parcoursup, pour la première fois.

La discussion est interrompue par l'entrée de Cléo dans le café, feuille de révision à la main. "J'ai envie de mourir, ou plutôt c'est demain que je vais mourir avec l'épreuve de physique-chimie." L'élève de terminale s'est précipitée, pour arriver avant 11 h 30, au lycée. "Je ne me suis jamais changée aussi vite", sourit-elle. Pareil pour Emilie, qui la suit, " j'étais tranquille avec ma mère quand j'ai reçu le message". 

"On est la génération sacrifiée"

Les quatre jeunes commencent à parler de la réforme des retraites, du bien-fondé d'un blocage le jour des épreuves du bac, de l'utilisation du 49.3 par le gouvernement... S'ils ne sont pas d'accord sur tout, tous soutiennent les manifestations.

Réforme du baccalauréat, restrictions de la période Covid (ils n'avaient pas pu passer le brevet et avaient raté de nombreux cours), mouvement de grève contre la réforme des retraites, un fort sentiment d'injustice domine dans le groupe. 

"On est la génération sacrifiée, s'exaspère Thibault, ils vont remettre les mathématiques dans le tronc commun l'année prochaine." En attendant, Emilie craint de ne pas pouvoir faire une licence de psychologie à l'université. "On m'a dit que les mathématiques étaient nécessaires pour être sélectionné."  

"Le plus important cette année, ça ne sera pas de réussir son bac, mais d'avoir supporté toute cette pression. On a eu le Covid, la réforme du bac, la réforme des retraites ..."

Emilie, élève de Terminale

Une manifestation deux heures avant l'épreuve

Il est temps de rejoindre le lycée avant l'arrivée des manifestants. Chacun présente son carnet aux surveillants, devant l'entrée, puis direction le self ou une salle de classe, pour les dernières révisions avec un sandwich à la main.

Devant le portail, Prune s'apprête aussi à entrer. "Je suis pour la manifestation, mais ce n'est pas Macron qui passe son bac, aujourd'hui c'est nous!" A l'opposé, Chloé soutient le choix d'une action le premier jour des épreuves anticipées du baccalauréat, "là c'est grave, il faut se faire entendre."

Pas de blocage 

L'équipe pédagogique garde un œil sur l'entrée et encourage les lycéens à entrer au plus vite. Finalement, plus d'inquiétude, que de problèmes. Si à midi trente des manifestants se sont bien rassemblés devant le lycée, les élèves de terminale ont pu entrer sans problème. 

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