Trains en retard, avions annulés : découvrez en chiffres la dégradation de la liaison Paris-Clermont-Ferrand

La qualité et la fiabilité des transports permettant de relier Clermont-Ferrand et Paris sont âprement critiquées en Auvergne. Les chiffres témoignent d'une relative dégradation des services visés. / © K. Tir / France 3 Auvergne
La qualité et la fiabilité des transports permettant de relier Clermont-Ferrand et Paris sont âprement critiquées en Auvergne. Les chiffres témoignent d'une relative dégradation des services visés. / © K. Tir / France 3 Auvergne

À l'occasion de cette rentrée 2018, plusieurs incidents, retards et annulations ont émaillé la circulation des trains et des avions entre Clermont-Ferrand et Paris. Cas isolés ou problèmes de fond ? L'étude des données disponibles fait ressortir une tendance de long terme à la dégradation.

Par Arthur Carpentier

Le trajet entre Paris et Clermont-Ferrand, une gageure ? Retards, annulations, inconfort … De nombreuses tares sont imputées aux services assurés par la SNCF sur les rails et Air France dans les airs.

Les réseaux sociaux regorgent par exemple de témoignages d'usagers malheureux. Régulièrement, les passagers de l'intercité qui relie la capitale et l'Auvergne font état du retard de leur train sur twitter.

De son côté, Air France a connu une rentrée compliquée, annulant plusieurs vols et devant même sous-traiter certains trajets à une compagnie charter allemande, comme c'en est fait l'écho le vice-président de la CCI, passager dans cet avion.
 

Sur les voies ferroviaires comme aériennes, les retards et annulations semblent se faire de plus en plus nombreux entre Paris et Clermont. D'importants acteurs publics et privés ont d'ailleurs fondé une association, Objectifs Capitales, avec pour ambition une meilleure connexion de l'Auvergne au reste du monde. Au-delà des incidents ponctuels et des impressions globales, une plongée dans les chiffres permet d'obtenir un aperçu plus précis de l'évolution de la situation sur les dernières années.
 

La ligne aérienne a du plomb dans l'aile

 
Pour rejoindre la capitale depuis Clermont-Ferrand par les airs, il faut théoriquement compter 55 minutes de vol, dans un avion affrété par Hop! ou Air France. Quatre vols par jour sont programmés en direction de Paris-Orly, et quatre autres vers Paris-Charles de Gaulle. Autant sont prévus dans l'autre sens.

En février 2015, 17% des vols programmés accusaient un retard au départ ou étaient annulés. Un peu plus de trois ans plus tard, en avril 2018, ce chiffre a presque doublé puisqu'il s'élève en avril 2015 à 30%.
 

Plus que les annulations de vol, c'est le nombre de retards au départ qui croît nettement. Les données sur trois ans font ressortir une ligne de tendance sans appel : la proportion de retards double en trois ans.
 

En plus d'être plus nombreux, les retards s'avèrent de plus en plus importants. Les retards inférieurs à 15 minutes, très largement majoritaires, cèdent peu à peu du terrain aux durées plus importantes, surtout depuis 2016. Début 2015, ceux de plus de 15 minutes ne représentaient que 10 à 15% du total. Durant les premiers mois de 2018, près de 30% des retards sont supérieurs à 15 minutes, et 15% durent plus d'une demi-heure.
 

Dans l'ensemble, si la situation n'empire pas de manière dramatique, les données témoignent tout de même d'une dégradation sensible de la fiabilité du service. "Si notre association est née, c'est parce que nous avons tous déjà passé une nuit inutile à Paris à cause d'une annulation de vol, ou n'avons pas pu faire venir un client à Clermont-Ferrand", explique Patrick Wolff, expert-comptable et président d'Objectifs Capitales. "Les effectifs d'Air France et Hop! devraient se rappeler que nous sommes des clients, que cela implique une dimension commerciale, qui a totalement disparue de ce type de vols."
 

Une liaison ferroviaire qui patine

 
Avec le développement du réseau ferroviaire, le temps de trajet entre Paris et les grandes villes françaises a été considérablement modifié au cours du siècle précédent. Toutefois, cette évolution n'est pas fonction de la distance ou de l'importance de ces métropoles.

Entre 1968 et 2018, le meilleur temps de trajet possible en train pour rallier Paris et Clermont-Ferrand n'a diminué que de 21%.  En comparaison, il a chuté de 42% pour Saint-Étienne, 47% pour Poitiers et  52% pour Bordeaux. Compagnon d'infortune, la ville de Limoges présente des caractéristiques proches de la capitale auvergnate, mais n'a pas vu Paris se rapprocher sensiblement.
 

La durée du trajet reste toutefois une variable lourde, qui ne peut évoluer qu'au coût de réformes et projets d'envergures sur le réseau national. Mais au-delà, l'exploitation de la ligne Paris-Clermont-Ferrand semble se dégrader depuis quelques années. Ainsi, le nombre de trains circulant entre les deux villes diminue doucement depuis 2014.
 

Les données disponibles entre mars 2014 et juin 2018, présentées sous forme de nuage de points, permettent l'apparition de courbes de tendance qui trahissent l'évolution d'une donnée sur le long terme. On voit ainsi une augmentation plus marquée du nombre de trains en retard chaque mois : d'une année sur l'autre, le même mois compte environ 6 trains en retard supplémentaires.
 

Patrick Wolff constate cette évolution, mais le principal problème est ailleurs selon lui : "Évidemment, qu'on mette 2h45 ou 3h pour arriver à rallier Paris et Clermont, c'est important : mais on ne serait pas à un quart d'heure près si le service était correct." S'il est préoccupé par les questions de ponctualité, le président d'Objectif Capitales s'offusque avant tout de la qualité et du confort des trains : "On ne peut pas laisser des touristes qui viennent découvrir une région inscrite à l'UNESCO dans des wagons qui ont 46 ans, qui vibrent considérablement, sur des lignes ferroviaires qui n'ont jamais été entretenues et ne sont pas protégées contre les traversées d'animaux".

L'Auvergnat tient tout de même à souligner "une posture constructive" de la SNCF, qui a selon lui conscience des problèmes et œuvre à leur résolution.  
 

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