METEO. Une nuit de gel sur l’Auvergne : "C'était annoncé comme la nuit la plus froide"

L’Auvergne a connu un épisode de gel dans la nuit du 3 au 4 avril. Relativement protégée par rapport à d'autres secteurs, qui ont connu la nuit la plus froide depuis 1947, elle n'a pas été épargnée pour autant. Certains viticulteurs ont pris leurs précautions.

Après la neige, le gel : la météo fait des siennes en ce mois d’avril. La nuit du 3 au 4 avril a même été, selon Météo France, « la plus froide depuis 1947 » dans certains secteurs. « En Auvergne, il a gelé partout sauf sur Clermont-Ferrand et Issoire. Il y a eu 0,2°C. C’est le secteur où les températures sont restées les plus chaudes », indique une prévisionniste de Météo France. Cependant, le mercure n’est pas descendu autant qu’annoncé et l’Auvergne a été relativement épargnée, grâce à des nuages bas : « C’était ennuagé ce matin, avec des nuages bas, ce qui explique pourquoi les températures sont descendues moins bas que prévu au départ. Ces nuages bas se disloquent sur la Limagne, qui était très encombrée ce matin. En début de matinée, la couverture nuageuse était déjà en train de se désagréger, ce qui explique qu’on ait malgré tout atteint les 0°C », précise la prévisionniste. Ce phénomène est expliqué par Météovergne :

Les secteurs les plus froids se situaient au-dessus de 900 mètres d’altitude : « En règle générale, il y a fait moins de -5°C. Ça a été jusqu’à -9°C à Chastreix, qui se trouve à 1 380 mètres, dans le Puy-de-Dôme. Entre 1 000 et 1 300, il a fait entre -5 et -9°C », indique la prévisionniste de Météo France. Le thermomètre a même passé la barre des -10°C en Haute-Loire : « Dans l’Allier, on était autour de -5°C, car le temps y était dégagé, il a fait froid même plus bas. A Montluçon, il a fait -7°C aussi, alors que Montluçon n’est qu’à 230 mètres. Dans le Cantal, il a gelé partout, entre -1°C à la station de Maurs et Massiac, et -7,6°C à Marcenat, sur le Cézallier. Dans la Haute-Loire, on a eu de -1°C à Brioude, jusqu’à -10,5°C à Félines. »

Pas de valeur record

Pas de record de froid cependant en Auvergne, pas de « valeurs exceptionnelles » mais des températures « bien en-dessous des normales de saison », précise Météo France :

  • On relève -6°C à Aurillac, contre 3°C en normale de saison. La température la plus basse enregistrée remonte à avril 1986, -9°C.
  • Le thermomètre affichait -6°C au Puy-en-Velay avec des normales de saison à 1°C et une valeur minimale de -10,2°C en avril 2003.
  • On enregistre -2,1°C à Vichy, la moyenne étant de 3°C et la valeur la plus basse de -7,3°C en avril 2003.
  • Le mercure est descendu à 0°C à Clermont-Ferrand pour une normale de 4°C. La minimale était de -7,1°C en avril 2003 également.

"Je suis plus inquiet si le froid revient au 15 avril"

Pour les vignerons près de Clermont-Ferrand, ce matin, c’est le soulagement : « Il n’a pas fait aussi froid que ce qui était prévu. En plus, à part sur les Chardonnays, où on avait quelques bourgeons un peu sortis, il n’y avait pas trop de risque. Je suis plus inquiet si le froid revient au 15 avril. Tous ces éléments ont fait que je n’ai pas fait de feu cette nuit », raconte Benoît Montel. Dans ses 7 hectares de vignes, en conversion bio depuis 2 ans, il produit des Côtes d’Auvergne et des IGP en Chardonnay ou encore Pinot, Syrah ou Sauvignon. Il espère ne pas constater trop de dégâts dans les jours à venir : « On va voir si j’ai eu raison. Il y a quelques dégâts, c’est sûr, mais pour moi ça ne valait pas le coup d’allumer cette nuit. J’ai une station dans les vignes qui me donne à l’instant T la température. On n’est pas descendu en-dessous de -1°C, ce n’est pas très froid, ils annonçaient -4°C sous abri. On est soulagés. On a eu la neige les jours d’avant, ça a protégé un peu les bourgeons. Je pense qu’on a eu un minimum de dégâts. On ne le verra que dans 2 ou 3 jours. Au début, ça reste vert, sauf s’il a fait vraiment froid, ça noircit tout de suite. »

"J’ai été chercher des bottes de foins et me préparer pour la nuit"

Non loin de là, certains ont été plus prudents, comme Stéphane Bonjean, qui a allumé un feu au petit matin : « On avait des craintes parce que c’était annoncé comme étant la nuit la plus froide. Tant qu’il y avait de la neige, ce n’était pas grave, sauf que la neige a fondu et a ramené l’humidité dans l’air qui renforce l’effet gélif. Quand on a eu l’annonce hier, j’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai été chercher des bottes de foins et me préparer pour la nuit. » Il explique que les conditions météo ont maximisé la protection : « Contrairement aux images classiques de bougies, je ne cherche pas à réchauffer l’atmosphère. Je cherche à opacifier l’air afin que les rayons du soleil au lever du jour, qui font la rosée, aient moins d’efficacité sur le sol. L’humidité du sol reste au sol et ne renforce pas l’effet gélif. Ça fait des nuages de vapeur. Ce matin, les conditions étaient bonnes pour lutter puisqu’il y avait un vent assez constant orienté nord-ouest. Au lieu de faire un déploiement tout autour des parcelles que je voulais protéger, je n’ai fait qu’un front. J’ai profité ensuite des vents pour enfumer les parcelles. »

Anticiper les retours du gel

Stéphane Bonjean avait déjà anticipé des épisodes de gel tardif et avait donc pris des précaustions en amont : « Sur le Chardonnay, plus précoce en termes de cépage, il y avait des risques. Les Gamay aussi commençaient à débourrer, ainsi que le Pinot Noir. On a quand même retenu les épisodes de gel des précédentes années, donc la plupart des vignerons n’ont pas fini de tailler sur Chateaugay. Ça a pour conséquence de ralentir le débourrement des bourgeons, dans les endroits hâtifs et gélifs pour ralentir le signal hormonal qui dit qu’il faut débourrer. La bourre, c’est ce qui entoure les bourgeons, comme du coton, qui permet de résister jusqu’à -1 ou -2°C par des conditions sèches. » S’il venait à geler dans les prochaines semaines, il existe un risque de gel total ou de gelures dans l’organe interne du bourgeon, qui ne fera pas de fruits ou qui se développera de manière atrophiée.