Puy-de-Dôme: Thomas Vallaude, le luthier autodidacte qui commence à se tailler un nom

Il est devenu luthier sans l'aide de personne mais avec les encouragements d'un des plus grands guitaristes de jazz manouche, Bireli Lagrène. Thomas Vallaude fabrique ses guitares aux Martres d'Artière dans le Puy-de-Dôme et rêve maintenant de vivre de sa passion.
C'est avec son grand-père, sabotier, que Thomas Vallaude a goûté pour la première fois au plaisir de travailler le bois. En photo, au-dessus du plan de travail, le grand-père a d'ailleurs toujours un œil sur le petit-fils. Ce dernier nous apprend que le sabotier a confectionné les sabots de Louis De Funès et de Jean Carmet pour le film « La soupe aux choux ». L'anecdote le fait sourire. Son autre grand-père était musicien. Il lui donne le goût de la musique. Sa voie semblait toute tracée. Pourtant il ne devient pas luthier. Pas tout de suite en tout cas. Il suit une formation d'ingénieur. Le métier de luthier, il l'apprend plus tard, tout seul, en se lançant dans la fabrication d'une première guitare. Huit cents heures de travail lui seront nécessaires pour en venir à bout. « Le besoin et la volonté de m'épanouir au travers du travail du bois s'est vraiment fait sentir et prend de plus en plus de place aujourd'hui. » nous confie Thomas Vallaude. 

Après cette première création, Thomas cherche à savoir si le son qu'il taille dans le bois est bon. Il réalise une deuxième guitare en pensant à l'un des guitaristes qu'il admire le plus, Bireli Lagrène. Le virtuose du jazz manouche est justement de passage à Clermont-Ferrand pour le festival Jazz en Tête. Il parvient à rencontrer son héros et à lui confier sa guitare pour quelques minutes. « J'avais l'impression que mes instruments marchaient mais j'avais besoin de retours pour apprendre et continuer à avancer. Et là, c'était magique pour moi car lorsque je lui ai demandé ce qu'il en pensait, il m'a repondu "ne change rien, elle a tout !" »

Depuis, l'Atelier du Diapason, qu'il a installé dans une dépendance de sa propriété aux Martres d'Artière dans le Puy-de-Dôme, s'est forgé une clientèle auprès des musiciens locaux. Il faut dire que Thomas Vallaude est un bricolo-touche à tout. Le jour où nous l'avons rencontré, Pierre Belmont, du groupe auvergnat Arkose, lui amenait un ampli défaillant : « c'est ce que j'aime beaucoup ici : il y a une prise en charge globale du client. Thomas s'occupe aussi bien des instruments acoustiques qu'électriques et également, tout ce qui est électronique comme cet ampli par exemple. Il y a une cohérence dans le cycle des diagnostics. Je connais Thomas depuis peu. J'ai su par les réseaux sociaux que cet atelier de lutherie se montait ici et j'ai voulu soutenir l'activité locale !»

D'autres musiciens de la région se sont laissé séduire par la beauté et le son des guitares de Thomas. Le chanteur et musicien Thomas Kahn ainsi que son guitariste, Julien Filhol, en font partie. Ce dernier, geek de la guitare, comme il se définit lui-même, aime bien aller chercher des choses différentes : « ce qui m'a frappé dans les guitares de Thomas, c'est l'utilisation du noyer. On en trouve très peu car c'est un bois qui a été un peu abandonné au profit d'essences plus exotiques. Visuellement, c'est magnifique !»

C'est aussi en noyer qu'il a réalisé sa première guitare électrique. Une commande, sa première, du musicien Mathieu Bidet. Ami de Thomas, il a pu exactement lui expliquer ce qu'il attendait, une guitare sur mesure : « Elle n'existe pas dans le commerce. Elle est unique. Elle a grandi au fil de nos échanges. On a essayé de trouver ensemble des solutions pour obtenir ce dont j'avais envie. Cette guitare magnifique, c'est une histoire de passion entre un musicien et un luthier musicien. »

Les coups d'essai se transformant systématiquement en coups de maîtres, l'ingénieur pourrait bien devenir très bientôt luthier à plein temps. En tout cas, c'est ce à quoi il rêve en caressant le noyer de sa dernière création.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
portrait culture musique artisanat