"Qu’est-ce qu’on va laisser à nos enfants ?" : le cri du coeur d'agriculteurs bio

La colère des agriculteurs s’est arrêtée jeudi 1er février après les annonces du gouvernement. Des solutions qui ne satisfont pas tout le monde. C’est le cas de Marianne et Laurent, deux agriculteurs convertis en bio. C’est avec un arrière-goût amer qu’ils nous parlent de leur métier.

C’est dans le petit village de Sermentizon, dans le Puy-de-Dôme, que Marianne et Laurent Strach ont installé leur exploitation agricole, ou plutôt leur ferme. Elle s’étend sur 120 hectares. Le couple s’occupe de 180 brebis de la race rava et de 25 vaches allaitantes limousines. Pas trop gros, pas trop petit, juste ce qu’il faut pour que ça fonctionne. Mais jusqu’à quand ? « La vie a augmenté, mais nos salaires deviennent dérisoires, on n’a plus de marge de manœuvre. La seule manière d’avoir plus de salaire, c’est d’augmenter son exploitation mais on travaille déjà beaucoup, explique Laurent. Aujourd’hui ce qui fait notre salaire, ce sont les primes de l’Europe, ce n’est pas la vente des produits. Plus on a de têtes de bétail, plus on a d’hectares et plus on a de primes ».

On nous rabâche qu’on pollue, pourquoi aujourd’hui, on fait le contraire ? Ça nous énerve

Laurent Strach, agriculteur

Mais pour produire plus, il faut investir et aller à l’encontre de leurs valeurs. Le couple a repris l’exploitation familiale en 2004, « en agriculture raisonnée et très raisonnable ». Dès 2016, il se lance de la conversion en agriculture biologique. Chacun gagne 1 200 euros par mois. « Nous, on est des privilégiés, s’empresse de dire Laurent. On a une ferme qui va bien ». Et pourtant l’agriculteur de 54 ans en a marre et les récentes annonces gouvernementales sont incompréhensibles pour lui. « Quand j’ai commencé le métier, je voulais produire le mieux possible pour la santé de tout le monde, et pour moi. Il faut le dire les produits phytosanitaires ce n’est pas bon pour notre santé. On nous rabâche qu’on pollue, pourquoi aujourd’hui, on fait le contraire ? Ça nous énerve. On a deux enfants, on pense à eux. Quand on n’aura plus d’eau comment on va faire ? Il faut savoir ce qu’on veut. On fait une grosse marche arrière… Qu’est-ce qu’on va laisser à nos enfants ? »

Je me considère comme un cueilleur, je prends ce que la nature veut bien me donner. Je ne suis pas un exploitant

Laurent Strach, agriculteur

« Je ne critique pas les agriculteurs qui sont en intensif, ils produisent du pas cher pour nourrir des personnes qui n’ont pas les moyens. On ne leur jette pas la pierre », ajoutent Laurent et Marianne d’une seule voix. Le problème de l’agriculture est beaucoup plus profond et va plus loin pour le couple. « Il y a un fossé qui se creuse entre l’agriculture et la société actuelle. On travaille énormément pour des salaires dérisoires, il n’y a aucune reconnaissance de notre travail et en plus aujourd’hui, on est pointés du doigt par les consommateurs. C’est dur de continuer à travailler dans ces conditions ». « Quand on fait naître nos animaux et qu’on les élève, il y a comme un petit lien de parenté. Quand on en bave pour effectuer notre travail, ça a encore plus de valeur. On donne beaucoup de notre personne, c’est un métier qui prend aux tripes. Je me considère comme un cueilleur, je prends ce que la nature veut bien me donner. Je ne suis pas un exploitant ».

Aujourd’hui, je ne vois plus du tout les bons côtés du métier

Laurent Strach, agriculteur

La marche arrière du gouvernement confirme le manque de reconnaissance vis-à-vis de l’agriculture biologique pour Laurent et Marianne. « On a eu une prime à la conversion en 2016 à hauteur de 18 000 euros, on était censés avoir une prime de maintien au bout de 5 ans. On n'a rien eu. Aujourd’hui en tant qu’agriculteur bio, on a plus de travail, plus de contrôles, plus de frais, pour des produits vendus presque au même prix et pour les mêmes aides. On nous a promis des choses dans lesquelles on croyait, et là, il nous coupe l’herbe sous le pied ».
Face à ces manques de reconnaissance, Laurent Strach envisage de retourner en tant que salarié dans une entreprise, même si cette décision lui brise le cœur. « Je suis venu dans le métier, un peu fleur bleue, je voyais le bon côté des choses. Aujourd’hui, je ne vois plus du tout les bons côtés du métier ».

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