C'est une première dans le Rhône, une assurance solidaire pour lutter contre le cyberharcèlement

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Écrit par Alexandra Lassiaille

Etre assuré contre le cyber harcèlement. 1400 élèves du collège et du lycée Notre-Dame de Villefranche-Sûr Saône le sont depuis la rentrée. Une initiative du directeur général Christophe Audard.

Une première en France ! Le groupe scolaire Notre Dame de Villefranche-Sûr Saône a décidé de mener une expérimentation inédite pour lutter contre le harcèlement, en souscrivant à une assurance solidaire Kolibri, lancée par l’association Marion la main tendue.

Officialisée le 29 septembre avec la signature du contrat au centre scolaire Notre Dame de Villefranche-Sûr Saône, cette décision est une année test pour les 1400 élèves ainsi que pour le corps enseignant.

"Se doter de compétences spécifiques"

Alors pourquoi une telle initiative ? Christophe Audard, directeur général du groupe scolaire Notre Dame apporte plusieurs réponses et notamment celle d’aider les familles avec un accompagnement thérapeutique, juridique et du "nettoyage" de réseaux sociaux.

"On part du constat que la très grand majorité des conflits que l’on peut connaître dans nos établissements trouvent leurs origines sur les réseaux sociaux. On soutient ces parents là, mais l’assurance va permettre d’apporter de la compétence psychologique, de la distance, un accompagnement et toute une démarche de prévention avec l’association Marion la main tendue". 

On fait déjà un travail considérable avec les professeurs, l’infirmière scolaire, les directeurs, les acteurs de la vie scolaire, qui sont tous mobilisés. Mais là on veut se doter de compétences spécifiques, qu’on doit aller chercher ailleurs. 

Christophe Audard, directeur général du groupe scolaire Notre Dame.

Coût de l’assurance : 18 euros par an et par enfant, intégralement pris en charge par l’établissement.

Le cyber harcèlement explose

"Tout ce qu'il voulait, c'est qu'on s'envoie des photos", raconte Cynthia, élève de terminal au lycée Notre Dame de Villefranche-Sûr Saône. "Moi je ne voulais pas. Il a essayé de forcer mais il a vu que ça ne marchait pas et il a arrêté. Certains forcent jusqu'à ce que la fille envoie une photo".

4 à 5 fois par semaine, Cynthia reçoit des demandes sur Instagram. Des inconnus pour la plupart, plus âgés qu'elle et qui ne disent même pas bonjour.

Au début je ne répondais pas, je lâchais des vues je ne voulais pas les bloquer pour rien. Une fois, y en a un qui m'a envoyé une photo de ses parties intimes et maintenant je les bloque parce que j'en veux pas de leurs photos.

Cynthia, élève en classe de terminale au lycée Notre Dame.

Les réseaux sociaux intriguent, entretiennent le mystère. Chacun peut se créer une identité, un rôle, et se cacher derrière.

J'ai peur de cet internet où tout le monde peut écrire de façon anonyme.

Cynthia

Un basculement du réel au virtuel dont s'est rendu compte Timéo, lorsqu'il était au collège. "On avait choisi une personne au hasard en début d'année avec des amis. Au début on la taquinait et elle rigolait, mais on appuyait de plus en plus. Avec l'effet de groupe je ne m'en rendais pas compte. Puis j'ai discuté avec mes parents et mon grand frère, je me suis rendu compte de ce que j'avais fait et j'ai culpabilisé. Je suis allé m'excuser et depuis, j'essaie de prendre la défense de ceux qui se font harceler".

Avant on était en privé sur Instagram et Tik Tok est arrivé. C'est maléfique car il y a beaucoup de harcèlement sur Tik Tok. Beaucoup de personnes se font insulter, il y a beaucoup de haine gratuite.

Timéo, élève au lycée Notre Dame.

D'après l'association e-Enfance, qui gère une plateforme d'écoute, les cyber violences visant les mineurs ont bondi de 50% en 2020. 

Réagir au plus vite

En France, 800 000 à 1 million d'enfants sont victimes de harcèlement scolaire chaque année, ce qui représente 6 à 10% des élèves. C'est ce que révèle le rapport sénatorial de la mission d'information du Sénat sur le harcèlement scolaire et le cyber harcèlement rendu public jeudi 23 septembre. Celui-ci préconise notamment un renforcement de la formation des enseignants à la lutte contre le harcèlement.

35 recommandations ont été émises pour "détecter, traiter et prévenir le harcèlement scolaire et le cyber harcèlement". Des thèmes récemment remis en lumière par les menaces et insultes du #anti2010 ciblant les élèves nés en 2010.

Afin de détecter rapidement les situations de harcèlement, le rapport recommande d' "intégrer dès la formation initiale des enseignants la formation à l’empathie et à la bienveillance ainsi qu’au repérage des situations de harcèlement", ou de "mettre en place un protocole d’écoute et de transmission d’information entre tous les adultes présents dans un établissement scolaire".

Le 21 septembre dernier, c'est le réseau social Instagram qui lance une campagne de sensibilisation contre le harcèlement, #LePoidsDesMots, soutenue par Brigitte Macron. Une campagne en ligne mais aussi dans les écoles. A partir de septembre, et jusqu'à juin prochain, 300 collèges vont recevoir la visite d'un "tour de France" co-organisé par Instagram et Génération Numérique ou e-Enfance, des associations rodées aux ateliers de prévention. 

La lutte contre le harcèlement est notre priorité absolue, et nous sommes fiers de lancer une campagne de cette ampleur pour la première fois en France.

Adam Mosseri, patron d'Instagram Monde

 

Des solutions nécessaires et même indispensables. "Tout ça peut produire des choses extrêmement graves pour certain gamins et là il s’agit de ne pas rigoler, de ne pas perdre de vue que les adultes peuvent passer à travers de faits graves à cause du brouillard que crée ces réseaux sociaux", explique Christophe Audard, directeur général du groupe scolaire Notre Dame de Villefranche.

40 000. C’est le nombre de jeunes qui tentent de se suicider en France chaque année.

On se souvient d’Alisha, la jeune fille de 14 ans, morte noyée après avoir été frappée et jetée dans la Seine par deux camarades de classe – un garçon et une fille - au début du mois de mars 2021. L'histoire d'un trio amoureux qui avait mal tourné. Au cours du mois de février, une photographie d'Alisha en partie dénudée est diffusée sur le réseau social Snapchat et tourne dans tout le lycée. Le compte de l'adolescente avait été piraté alors qu'il était resté ouvert.

Si vous êtes victime de harcèlement ou connaissez quelqu'un victime de harcèlement

N° VERT « NON AU HARCÈLEMENT» : 3020.
Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 20h et le samedi de 9h à 18h (sauf les jours fériés).
Si le harcèlement a lieu sur Internet : N° VERT « NET ÉCOUTE » : 0800 200 000 Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h.
Appels anonymes et gratuits.