Interdiction de chasser le dimanche. A quelques jours des annonces gouvernementales sur le thème de la sécurisation de la chasse. Qu'en pense-t-on à la fédération départementale des chasseurs du Rhône et de la métropole de Lyon ?

Après plusieurs mois de consultations, le gouvernement se prépare à dévoiler ses annonces concernant la chasse. Une batterie de dispositions pour mieux sécuriser la pratique et ainsi réduire le nombre d'accidents. Les chasseurs auront-ils toujours le droit de chasser le dimanche ? Une très grande majorité de Français seraient favorables à une interdiction de la chasse le dimanche. L'interdiction a fait l'unanimité contre elle chez les chasseurs.  

Chasse : de nouvelles mesures bientôt dégainées 

En début de semaine, le gouvernement doit en effet dévoiler plusieurs annonces concernant la sécurisation de la chasse. La secrétaire d'État à l'Écologie, Bérangère Couillard, doit faire connaître la position du gouvernement lundi 9 janvier. Elle se rendra dans le Loiret, à la rencontre des agents de l'Office français de la biodiversité (OFB) pour faire une déclaration. L'OFB gère en France les questions de chasse.  

Parmi les mesures-phares, la création d'une journée ou demi-journée sans chasse, sur laquelle la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Bérangère Couillard indiquait qu'il n'y avait "pas de tabou", semble ne plus être à l'ordre du jour. Les chasseurs se disent persuadés que le gouvernement les laissera continuer à chasser le dimanche.

Dimanche sans chasse, la mesure ne passera pas

"Le dimanche sans chasse, c'est non! Ça n'aura pas lieu et ça n'a jamais vraiment été d'actualité, le président Macron a été très clair en avril dans sa lettre d'information aux chasseurs: on ne touchera pas aux samedis et aux dimanches chassés", a assuré jeudi  à l'AFP Thierry Coste, conseiller politique des chasseurs.

"Je n'imagine pas une seule seconde qu'on puisse avoir une proposition allant dans le sens d'un dimanche sans chasse", a également déclaré le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen. 

Même sentiment à la fédération départementale des chasseurs du Rhône et de la Métropole de Lyon. L'interdiction de la chasse le dimanche ? "Ça ne devrait pas être annoncé. Le Président de la République n'est pas favorable à cette mesure", indique avec prudence Alain Berlioz-Curlet, Président de la FDC69. "Le dimanche, c'est un jour important pour les chasseurs. Ce sont des gens qui ont des activités en semaine", ajoute-t-il.

"En finir avec les préjugés"

Dans le département du Rhône et la métropole de Lyon, qui comptent  8300 chasseurs, on se dit cependant prêt à faire des efforts, pour favoriser la cohabitation avec les randonneurs, promeneurs, vététistes et autres usagers de la nature. 

Notamment avec la mise en place d'une application pour smartphone permettant notamment aux promeneurs de visualiser en temps réel les chasses en cours et de limiter le risque d'accidents. "C'est loin d'être un gadget. C'est une grande avancée dans la connaissance des lieux qui sont chassés", assure le responsable départemental. "On est prêt à aller jusque-là pour mieux vivre avec les autres usagers de la nature", explique le responsable départemental. Mais la mise en place du dispositif pourrait s'annoncer complexe. 

Des chasseurs également favorables aux mesures sur l'alcoolémie. Mais pour Alain Berlioz-Curlet, défenseur d'une chasse populaire et familiale, c'est un faux débat : "quelqu'un qui va à la chasse est responsable de ses actes et ne doit pas consommer d'alcool". Et il ajoute, rappelant que la chasse est une pratique encadrée : "Les chasseurs sont des responsables et vigilants". Pour ce dernier, il faut en finir avec les clichés et les préjugés, notamment celui du "chasseur tueur qui boit de l'alcool".  

Hausse des accidents de chasse en 2022

La chasse est un sujet très sensible, voire polémique. Le débat est relancé après chaque accident ou décès consécutif à des tirs de chasseurs. 

"La chasse n’est pas un sport comme les autres, elle présente des risques mortels, y compris pour les non pratiquants (...) Le dimanche sans chasse serait une excellente résolution pour ce gouvernement en ce début d’année 2023 !" indique la LPO dans un communiqué daté du 2 janvier 2023

A noter cependant que le nombre des accidents de chasse est tendanciellement à la baisse depuis 20 ans, selon l'OFB. Néanmoins, pour la saison 2021 - 2022, ce sont 90 accidents (blessures corporelles liées à l'utilisation d'une arme de chasse) qui ont été recensés, contre 80 la saison précédente. Parmi eux, huit accidents mortels, dont deux concernant des non-chasseurs.

A la fédération départementale du Rhône et de Lyon, on explique que les chasseurs qui ont des "attitudes dangereuses" font l'objet de mesures d'exclusion. "Il y a une vraie prise de conscience de la sécurité", toujours selon Alain Berlioz-Curlet.

8 Français sur 10 pour le dimanche non-chassé

Mais l'opinion publique ne suit pas. Une enquête de l'Ifop a été dévoilée en tout début d'année. Commandée en décembre par sept associations de protection de la nature, elle révèle que 78 % des personnes interrogées se disent favorables à une interdiction de la chasse le dimanche. Par ailleurs, moins d’un Français sur trois se sent en sécurité lorsqu’il se promène dans la nature en période de chasse (30%) selon l’Institut français d’opinion publique. C'est un résultat très stable depuis 2017 (où 29% percevaient les choses ainsi). Mais c'est 16 points de moins qu'en juillet 2009, souligne l'enquête. Les plus inquiets des sondés seraient les ruraux : seuls 26% d’entre eux se sentent en sécurité à l’inverse des habitants des villes-centre (34%).

Concernant ce sentiment d'insécurité, Alain Berlioz-Curlet estime qu'"il ne faut pas voir les choses de manière simpliste ou idéologique". Le Président de la Fédération du Rhône et de Lyon tient aussi à rappeler aussi la mission de service public des chasseurs, une mission de "régulation" des espèces sauvages et de la biodiversité. "Les gens ont souvent une méconnaissance des risques d'accidents de la route que peuvent causer les sangliers par exemple", sans compter les risques pour les promeneurs dans des parcs comme celui de Miribel ou encore les dégâts sur les cultures.