Audrey, maman de Marin : "Quand quelqu’un, à côté de vous, y croit extrêmement fort, on se dit que c’est possible" (PODCAST)

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Écrit par Yannick Kusy (@yannkusy) Propos recueillis par Alain Fauritte

En novembre 2016, son fils a failli perdre la vie après une agression. Il avait alors simplement défendu un couple d'amoureux importuné dans la rue à Lyon. La maman de Marin a accepté, sur le plateau de "Vous êtes formidables", de revenir sur ces moments difficiles, et évoque le combat de l'association qu'elle a créée en soutien aux victimes de lésions cérébrales et leurs proches.

Audrey Sauvajon est présidente de l’association « La tête haute, je soutiens Marin ». Elle est surtout une maman exceptionnelle. Son fils a été victime, le 11 novembre 2016, d’une très violente agression, qui l’a laissé fortement handicapé. Ce jour-là, il s’était courageusement interposé pour prendre la défense d’un couple qui s’embrassait devant la gare de Lyon Part-dieu, ce qui avait déplu à un groupe de jeunes. Frappé avec une incroyable violence, Marin a été laissé pour mort.

Sauvé in extremis, plongé quinze jours dans le coma, il est resté un mois et demi en réanimation. Audrey a raconté, en détail, cet épisode tragique de sa vie de maman dans son livre, intitulé "la tête haute".

Aujourd’hui, son fils poursuit sa lente rééducation. « Il va relativement bien. Il se cherche un peu. Il est dans une période où il explore sa nouvelle vie. Une vie qui se prolonge un peu différemment », répond Audrey lorsqu’on lui pose, régulièrement la question. « Bien sûr que je suis fière de mon fils. Je ne sais pas si je suis très objective pour le décrire. Pour moi, il a beaucoup de qualités. Le courage en fait partie. C’est quelqu’un d’altruiste et d’empathique envers les autres », résume-t-elle.

Le jour où tout bascule

Lorsqu’il a été agressé, Marin avait tout juste 20 ans, et il était un étudiant brillant. « Il avait réussi son bac avec une mention très bien. Il menait de front une double licence en droit et sciences politiques. Il voulait être commissaire de police » sourit-elle. Ce jour-là, un jour férié, Audrey était à la maison, avec son époux et ses deux enfants. Elle n’a pas immédiatement pleinement réalisé la gravité de la situation. « On navigue entre les deux. On se dit en même temps que c’est grave, mais aussi que cela n’est pas possible. Je garde espoir jusqu’à l’arrivée à l’hôpital, où on me dit que l’on n’attend pas de Marin. Ils attendaient un Maxime. Ce qui m’a soulagée…juste le temps de comprendre qu’il avait mal été enregistré dès le départ… »

Les seuls moments où j’arrivais à être utile, c’était lorsque j’étais à son chevet

Elle évoque avec précision la longue période d’incertitude, durant laquelle son fils lutte contre la mort. « Paradoxalement, on est extrêmement ralenti. On pense très lentement. On est sous le choc. J’étais sidérée. Les seuls moments où j’arrivais à être utile, c’était lorsque j’étais à son chevet. Puis je m’effondrais en sortant de l’hôpital, à chaque fois, jusqu’au lendemain. »

L’auteur des coups, mineur, a été retrouvé le lendemain sur les lieux mêmes de l’agression, et immédiatement interpellé. « Je me suis, comme tout le monde, interrogée sur son geste. Et, en même temps, je me suis dit qu’il pourrait bien m’expliquer n’importe quoi, rien ne justifie qu’on essaye de tuer quelqu’un qui s’interpose de manière pacifique, comme c’était le cas. » 

Pour cette maman, le temps s’écoulait différemment. « Ma capacité de réflexion n’était pas la même. Quand mon esprit partait de ce côté-là, je le recentrai pour qu’il soit sur Marin et, lorsqu’il me restait un peu d’énergie, sur mes deux autres enfants. »

Le début d'une autre vie

Lorsque Marin est enfin sorti de sa période prolongée en réanimation, elle se souvient d’avoir soudainement reçu comme une décharge d’énergie. « On se dit que ça va aller, qu’on va s’en sortir. Il sortait de réanimation dans un état meilleur que ce que l’on nous avait prédit. Et, déjà… il en sortait. Ce qui n’était pas gagné. » Mais l’enthousiasme d’alors laisse rapidement la place à la réalité. « On constate progressivement les difficultés qui, peu à peu, se font de plus en plus jour. On s’oppose un peu à ça. Et on se rend compte de tout le chemin qui reste à parcourir. C’est difficile, pour un parent, de se résigner.»

Je ne pouvais pas entendre ce qu’on m’annonçait. Pour moi, c’était impossible.

Peut-on vraiment parler, d’ailleurs, de résignation ? « Le combat de Marin durera toute sa vie. C’est certain. Et moi, je serai toujours à ses côtés. Mais je veux aussi accepter la personne qu’il est. » A l’époque, les médecins ont expliqué à cette maman que les progrès de son fils s’arrêteraient très vite. « On nous avait aussi dit qu’il ne survivrait certainement pas. Ou bien uniquement à l’état végétatif. Je ne pouvais pas entendre ce qu’on m’annonçait. Pour moi, c’était impossible. »

Une volonté pugnace qui a, sans doute, aidé à surmonter les difficultés. « Je crois que cela a facilité les choses. Quand quelqu’un, à côté de vous, y croit extrêmement fort, on se dit que c’est possible », confirme Audrey Sauvajon avec un sourire.

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Marin diffuse, en 2021, un message bienveillant sur les réseaux sociaux ©association "la tête haute, je soutiens Marin"

Deux mois après son agression, l’idée de créer une association est venue d’une inquiétude. « Les centres de rééducation qui lui étaient proposés m’ont amenée à me renseigner sur ce qui se faisait ailleurs, en France ou à l’étranger. Je me suis rendue compte que l’on manquait vraiment de moyens. Il n’est pas possible de s’appuyer, uniquement, sur la volonté, si exceptionnelle soit-elle, des soignants. Nous avons un décalage par rapport à d’autres pays européens. Je me suis dit que mon rôle de mère était de faire en sorte de lui donner le maximum d’atouts possibles. J’ai alors visé un centre en Suisse, pour l’y envoyer. »

Une association pour aider les autres victimes

L’association avait pour premier objectif de récolter des fonds, pour pouvoir aider Marin dans sa thérapie. Elle a reçu beaucoup de soutien. « Cela surprend et fait, aussi, énormément de bien. » Aujourd’hui, elle poursuit toujours cette aide. Mais elle va au-delà. « Quand on se pose un peu, quelques mois après l’agression, on se dit qu’énormément de gens ont œuvré pour Marin, et que l’on veut aussi, les aider à notre manière. Donc on vient en soutien aux patients qui souffrent de lésions cérébrales, et à leurs proches. »

Les proches peuvent devenir des combattants de cette armée qui va aider la victime à reprendre conscience

Un coffret « le cap » est alors créé à destination des victimes de traumatismes crâniens. « Je suis partie d’un constat simple. Je me sentais un peu inutile, au début, en réanimation. Pourtant, j’ai constaté qu’il y avait des choses à faire, qui n’étaient pas du domaine des soignants. » Elle se met donc à la recherche de solutions. « A cette période, je ne dormais plus. L’avantage, c’est que cela me donnait du temps pour y réfléchir. Donc j’ai créé un livret, qui explique brièvement comment fonctionne le cerveau. Puis plusieurs chapitres détaillent comment tous les proches peuvent devenir des combattants de cette armée qui va aider la victime à reprendre conscience, et instaurer un dialogue un peu différent du dialogue verbal. Tout cela participe à lancer la neuro-plasticité », détaille Audrey.

Pour l’anecdote, lorsque Marin était dans le coma, sa maman avait pris pour habitude de lui chanter une berceuse qu’il avait entendue étant petit. Elle avait alors remarqué que son rythme cardiaque s’apaisait. « On fait des avancées, même si je pense qu’il reste encore beaucoup à découvrir. Mais cette berceuse m’a confirmé que, même dans un coma profond, il pouvait percevoir des choses. »

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Audrey Sauvajon répond à "la question fort minable" sur France 3 ©france tv

Mettre du sens

L’agresseur  de Marin a été condamné en mai 2018 à 7 ans et demi de prison. Il est toujours incarcéré à Roanne. Son avocate a tenté, à deux reprises, de lui faire obtenir une libération anticipée. La deuxième a été rejetée en appel. « On a pas vraiment notre mot à dire. On nous permet d’être un peu présents dans la procédure via notre avocat, mais on n’est pas conviés dans ces débats-là. »

Est-il vraiment possible pour cette mère d’accepter une éventuelle libération ? Audrey lève les yeux au ciel. « Ce n’est pas à moi de le décider ». Elle marque un silence et fixe son regard. « Ce qu’il a fait à Marin ne changera pas. Mais la chose la plus importante, c’est que cela ne se renouvelle pas. »

Et maintenant ? Quelles sont les ambitions de Marin pour son avenir? « Il sait que ses projets d’avant ne seront plus réalisables. Il s’est résigné. Aujourd’hui, il cherche ce qu’il va pouvoir faire. Ce qui le fait surtout vibrer, c’est de vouloir mettre du sens partout, et je crois qu’il a bien raison. »  

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