Plusieurs chevaux tués par une mauvaise herbe. Des agriculteurs inquiets. Gilbert Gault, consultant en plantes toxiques pour le centre anti poison vétérinaire de Lyon répond à nos questions.

Depuis plusieurs jours, Gilbert Gault, vétérinaire et consultant en plantes toxiques pour le centre anti poison vétérinaire de Lyon est en alerte. Une plante renonculacée répertoriée comme toxique à action rapide, l'adonis, prolifère dans les champs et intoxique le foin.

Les agriculteurs sont dévastés. Plusieurs chevaux ont été intoxiqués dont 12 dans le Gard.Sur son mur Facebook, Diana Gré, agricultrice, raconte jours après jours sa situation. Le 23 septembre, elle avait perdu 7 chevaux. Hier, 29 septembre, 4 de ces chevaux étaient toujours sous haute surveillance.

L’adonis, une plante toxique

Une couleur rouge sang, 5 à 8 pétales soyeux qui rappellent le coquelicot, une fleur des champs à priori innocente. Elle tire son nom de la mythologie grecque. Un jeune homme nommé Adonis tombe follement amoureux d'Aphrodite. Jalouse, Artémis envoie un sanglier le tuer. Dévastée, Aphrodite décide alors de lui rendre la vie sous la forme d'une fleur rouge écarlate : l'adonis. 

Mais qui pourrait penser que l’adonis est une plante tueuse ?

Pourtant, ce végétal de la famille des renonculacées est loin d’être inoffensif. Ce puissant neurotoxique et cardiotoxique a déjà contaminé 12 chevaux dans le Gard.

Aujourd’hui, on est confronté à un problème d’adonis toxique présent dans le foin des cheveux.

Gilbert Gault, vétérinaire, et consultant en plantes toxiques pour le centre anti poison vétérinaire de Lyon.

 

Il a tout de suite repéré les pétales et le fruit, caractéristiques de l’adonis. "Le foin est collecté entre le mois de mai et le mois d’octobre, il s’agit donc soit d’adonis d’été soit d’adonis d’automne."

Si l’adonis est toxique frais comme sec, il perd son accrété quand il passe du stade frais au stade sec. "Lorsque l’adonis est dans le champ, le cheval ne le mange pas car il comprend que la plante est dangereuse. Or, lorsqu’il est sec, la molécule qui produit l’accrêté disparait et on perd les facteurs de répulsion. C’est cela qui génère une consommation possible à l’état de foin et la rend peu probable à l’état frais."

De plus, l’adonis module sa toxicité en fonction de son environnement, en 2020, on a observé beaucoup de plantes qui ont rehaussé leur niveau de toxicité. En cause, 2 mois de sécheresse (mars et avril) suivi de 2 mois d’humidité intense (mai et juin), des conditions plus favorables au groupe de plantes auquel l’adonis appartient.

Le retour des « mauvaises herbes »

Observée à la fin du 19e jusqu’au milieu du 20e siècle, l’adonis devient moins présente au fur et à mesure des années. En cause, la modification des pratiques agriculturales et celle intrants herbicides utilisés en grande quantité soit par les agriculteurs soit pas les collectivités soit par les gestionnaires d’espace publics. A l’époque, beaucoup d’herbicides étaient utilisés pour nettoyer les voies SNCF, les bords d’autoroute…

A partir des années 80, les spécialistes se rendent compte qu’il est nécessaire d’utiliser des molécules intrants herbicides moins impactantes sur l’environnement. Le choix est donc fait de baisser la rémanence des herbicides. Cette modification recréée les conditions favorables pour que des plantes  qui avaient presque disparu réapparaissent telle que les « mauvaises herbes » aujourd’hui appelé « adventice », comme le coquelicot. Du latin adventicius, "qui vient de l'extérieur", une adventice désigne une plante qui pousse dans un endroit sans y avoir été intentionnellement installée.

Caché derrière le coquelicot, l’adonis prend exemple. Cette plante de plaine s’est d’abord réfugiée en montagne sans toutefois quitter sa zone de prédilection, attendant son heure et des conditions optimales de développement.  

Quand la biodiversité reprend ses droits

Les mauvaises herbes se développent et s’expriment plus largement depuis plusieurs mois. Un phénomène observé par Gilbert Gault et les spécialistes. « Par exemple, en 2019, s’il y a 120 pieds d’adonis, petits et malingres alors qu’en 2020, il y a peut-être 120 pieds d’adonis mais avec deux fois plus de volume et plus concentrés".

Tous les adventices reprennent leurs droits. « On a observé une flambée d’ammi majus, plante photo sensibilisante ou encore de millepertuis dans les Alpes de Haute Provence en 2020 »

Gilbert Gault remarque que si l’Homme a voulu aider la nature à se défendre contre des « pestes » (d‘où le terme de pesticides), il s’est également aperçu que lorsqu’on « tuait » des pestes, on déclenchait un déséquilibre de la nature. "Dans les champs, on s’est aperçu que le coquelicot développait une résistante génétique à l’herbicide qu’on épandait", explique-t-il. 

Quand on fait pression sur la nature, la nature se défend.

Gilbert Gault, vétérinaire, et consultant en plantes toxiques pour le centre anti poison vétérinaire de Lyon.

La biodiversité a parfois des effets néfastes, elle n’est pas toujours bénéfique rappelle le vétérinaire. "La vérité n’est ni blanche ni noire, elle est en nuance. Aujourd'hui, les gens consomment n'importe quoi comme plante. Dans l'imaginaire collectif, toute plante est forcément bénéfique."

Le consultant en plantes toxiques semble vouloir tirer une sonnette d'alarme sur les nouveaux modes de consommation. Pour lui, toute plante n'a pas que des effets positifs et "il faudrait respecter la même vigilance que l'on a à l'égard des champignons".

Un des objectifs de ce gestionnaire de l’environnement et de ses confrères est d’intervenir pour minorer certaines exactions de l’environnement ave des effets délétères tout en ne perturbant pas trop les équilibres. "Quand on va vouloir intervenir sur l’adonis, on va intervenir sur qu’est ce qui a conditionné les conditions optimales d’explosion de cette population d’adonis, et comme on ne peut pas agir sur le climat ni sur la météo, on va mettre en place un système d’alerte".

Un système d'alerte basé sur la prévention et l'observation."Si j'ai trop d'adonis dans mon foin alors je ne le donne pas à mes chevaux. Je peux éventuellement prendre le risque de le donner à des bovins - résistants à l'adonis - ou alors je décide de ne pas prendre de risque - décison qui relève de l'exécutif - et de détruire tous les foins contaminés."

Pour le moment, le problème de l'adonis dans le foin est terminé selon Gilbert Gault. "On est sur un foin de 2020, donc il a quasiment été entièrement consommé. On a pas eu d'autres cas répertoriés".

On est sur un foin de 2020, donc il a quasiment été entièrement consommé. On a pas eu d'autres cas répertoriés.

Gilbert Gault

Les spécialistes ont lancé une enquête rétrospectives auprès des vétérinaires, des producteurs de foin afin de savoir si, par hasard, il n'y aurait pas un épiphénomène qui n'aurait pas été détecté. "C'est un phénomène hyper exceptionnel et mondialement connu" rappelle le vétérinaire.

 

 

 

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