Attaque de Villeurbanne : “J'ai eu peur mais j'ai pensé aux autres”, Abdelkader s'est dressé face à l'agresseur présumé

Abeldkader, témoin direct de l'attaque, encore sous le choc au lendemain de l'attaque au couteau - 1/9/19 / © France 3 Rhône-Alpes
Abeldkader, témoin direct de l'attaque, encore sous le choc au lendemain de l'attaque au couteau - 1/9/19 / © France 3 Rhône-Alpes

C'est une violente attaque au couteau qui s'est déroulée samedi après-midi près de la station de métro Bonnevay à Villeurbanne. Un jeune de 19 ans a été tué et 8 personnes blessées. Témoin direct, Abdelkader a contribué à arrêter l'assaillant avant l'arrivée de la police. Son témoignage.

Par Dolores Mazzola

Il était 16h30 samedi après-midi, lorsqu'un homme se met à poignarder aveuglément autour de lui à la gare routière Laurent Bonnevay de Villeurbanne. Scène de terreur et de panique, des passants se mettent à courir, certains se réfugient dans des bus, d'autres sont à terre, blessés. Dans l'attaque, un jeune homme de 19 ans est tué. Huit personnes sont blessées, trois étaient en urgence absolue lors de leur évacuation vers un hôpital lyonnais.

De nombreux agents TCL étaient présents sur ce pôle d'échanges du réseau ce samedi après-midi bondé, à deux jours de la rentrée scolaire. Et c'est là que des passants et trois conducteurs de bus sont intervenus en gardant leur sang-froid et parviennent à l'isoler. Ce dernier lâche son couteau. Ils le retiennent jusqu'à l'arrivée de la police. 
Des passants tentent de raisonner l'agresseur ... des vidéos ont très vite circulé sur les réseaux sociaux après l'attaque de Villeurbanne 31/8/19 . / © Image amateur
Des passants tentent de raisonner l'agresseur ... des vidéos ont très vite circulé sur les réseaux sociaux après l'attaque de Villeurbanne 31/8/19 . / © Image amateur

Abdelkader, conducteur de bus (en bleu sur la photo ci-dessus), est encore sous le choc. Il raconte sa confrontation avec l'agresseur présumé... il intervient alors que l'homme allait s'en prendre à un autre passant. 

"Au moment où j'arrive, il allait lui donner un coup de couteau. Mon premier réflexe, comme j'étais assez loin, c'est de lui crier "STOP" !", raconte le conducteur de bus. "Et il s'est arrêté net ! Je lui ai dit arrêtez... stop ! stop ! stop !". 
Abdelkader, encore sous le choc au lendemain de l'attaque, poursuit son récit: "Je pensais qu'il parlait français mais il a commencé à me parler en anglais. J'ai baragouiné dans mon anglais de base...." Le conducteur cherche à comprendre son geste mais l'homme lui tient des propos incohérents comme "injections..."...Alors je lui dis "calme-toi, tout va bien". Le témoin avoue qu'il n'a plus exactement en tête ses propos : " le but s'était de lui parler". Il comprend qu'il faut avant tout que l'assaillant lâche son couteau et essaie de le raisonner: "si tu veux qu'on parle, pose tes couteaux". Et c'est ce que l'individu fait raconte le conducteur... mais les événements prennent une autre tournure. "Malheureusement, un passant énervé va essayer de lui asséner un coup de poing, alors il reprend ses couteaux pour planter la personne qui essaie de l'agresser".

Abdelkader reprend alors ses tentatives de médiation : "j'essaie à nouveau de le calmer, il baisse ses mains, il met ses couteaux dans une main... dans sa main blessée." Un autre homme s'est approché, "il lui a dit lâche les couteaux". Abdelkader tenait du gaz lacrymogène dans son dos, prêt à l'utiliser : "J'avais toujours la main dans le dos pour ne pas l'affoler".
L'homme a alors fini par lâcher ses couteaux, raconte le témoin. "On a ensuite essayé de le calmer, de le bloquer vers l'ascenseur. Malheureusement, une fois désarmé, la foule a essayé de le lyncher. Le plus dur c'était ça". Pour désarmer et contenir l'agresseur présumé, les témoins n'ont pas fait usage de force.

Abdelkader conclut :"dans ces cas, le temps s'arrête. On a l'impression que les minutes durent des heures. Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé mais ça nous a paru long".

"J'ai eu peur mais j'ai pensé aux autres" 


Ce qui a le plus marqué le conducteur de bus :"la foule qui partait horrifiée et les corps". Abdelkader a-t-il pris des risques insensés ? "C'est vrai, en y repensant, c'était insensé mais je n'ai pas réfléchi. On ne réfléchit pas. Les gens nous ont regardés, nous, les conducteurs, comme si on était leurs protecteurs"... "Je me suis senti obligé". Abdelkader avoue qu'il n'a pas pu s'enfuir : "j'ai eu peur. Il faut être honnête, j'ai eu peur mais j'ai pensé aux autres. J'ai pensé aux victimes qui sont tombées." Il dit avoir agi pour "qu'il n'y ait pas d'autres victimes".
"J'ai eu peur mais j'ai pensé aux autres" (Abdelkader)
Propos recueillis par M.Aïssou et B.Tardy - France 3 RA


L'agresseur présumé est un demandeur d'asile afghan âgé de 33 ans. Il a été placé en garde à vue. Ce dimanche après-midi, le Procureur de la République de Lyon a tenu une conférence de presse concernant l'attaque au couteau de Villeurbanne. Il est revenu sur les faits mais aussi sur la personnalité de l'agresseur présumé. Il a également salué le courage des témoins qui sont parvenus à stopper le mis en cause. Des élus locaux ont également très vite souligné la "bravoure" des personnes qui sont intervenues.

Dans un communiqué diffusé ce dimanche après-midi, le maire de Villeurbanne, Jean-Paul Bret, a salué une nouvelle fois "le geste de bravoure que les citoyens et les agents des TCL ont accompli hier en maîtrisant l’auteur des faits avec calme et pugnacité et en secourant les victimes tout en prenant des risques pour eux-mêmes."
 
Des témoins encore sous le choc au lendemain de l'attaque de Villeurbanne
Intervenants : Abdelkader, chauffeur TCL / Sofiane, un témoin / Salim Benaïcha, chauffeur TCL - 1/9/19 - France 3 RA

 

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