Lyon : un prix d'ami pour une soirée de soutien à la campagne d'En Marche ?

Selon une enquête de la cellule investigation de Radio France, révélée ce jeudi 7 juin 2018, les équipes d’En Marche ont bénéficié d’un tarif anormalement bas pour une soirée de soutien à leur mouvement, organisée sur une péniche lyonnaise.

La soirée du 7 septembre 2016 a été facturée 996€ TTC, alors que les tarifs habituellement pratiqués avoisinent plutôt 3 000€ en moyenne pour une telle soirée, selon Radio France.
La soirée du 7 septembre 2016 a été facturée 996€ TTC, alors que les tarifs habituellement pratiqués avoisinent plutôt 3 000€ en moyenne pour une telle soirée, selon Radio France. © France 3
Nous sommes le 7 septembre 2016, il est 21h. Sur la péniche « La plateforme », une soirée festive réunit près de 700 personnes. « C’est une soirée (…) pour que ceux qui militent pour le mouvement puissent se reconnaître », explique Gérard Collomb, maire de Lyon de l’époque, et premier soutien politique d’Emmanuel Macron.



Une remise de 2 000 € ?


Une soirée facturée 996€ TTC, alors que les tarifs habituellement pratiqués avoisinent plutôt 3 000€ en moyenne, selon Radio France. D'autre part, la facture de l'apéritif des marcheurs de Lyon "comporte une remise commerciale de 1 100€", un montant "supérieur au montant total de la facture", affirment nos confrères.

Pour sa défense, le cabinet de Gérard Collomb a fait valoir que le prix correspondait à "une location de 2h30 avec l'appui d'une vingtaine de bénévoles d'En Marche", alors que les prix catalogues concerneraient des soirées plus longues, comme des mariages.

Concernant la remise pour l'apéritif, la défense de Gérard Collomb ajoute que "les participants ont réglé eux-mêmes leurs consommations au bar", au profit de l'exploitant du site.

Le directeur de la Plateforme, quant à lui, confirme l'information et le tarif consenti : "leur budget était très serré, nous on était disponible sur cette date là, et ils n'avaient pas besoin de grand chose, alors j'ai accepté de réduire la facture. Mais à la condition qu'on fasse un peu de marges sur les ventes du bar. Et retrospectivement, c'est vrai qu'ils ont vachement bien négocié ! Ils ont vu qu'on était disponible à ce moment là, ils ont joué sur tous les tableaux !" 




Une ristourne parmi d'autres


Cette facture suspecte fait partie d'une dizaine de prestations douteuses mises en évidence par l'enquête de la cellule investigation de Radio France. Selon nos confrères, des prestations informatiques, de design scénique, et d'organisation de soirées par des sociétés d'évènementiel auraient fait l'objet de remises importantes. 

Nos confrères rapportent ainsi une soirée au théâtre Bobino, puis une autre au théâtre Antoine à Paris, facturées à 3 000 € en moyenne alors que les tarifs de telles soirées avoisinent plutôt 12 000 € en moyenne. S'y ajoutent une soirée à la Bellevilloise, ou encore trois soirées organisées en province (Nantes, Arras, Garges-lès-Gonesse) par l'entreprise Eurydice, qui ont bénéficié d'un rabais exceptionnel d'environ 30% du coût total.



Le précédent GL Events


Parmi ces révélations, une soirée organisée à la Maison de la Mutualité à Paris bénéficiait de prix particulièrement bas, proposés par le gestionnaire GL Events. La société lyonnaise a consenti une remise globale de 26% au total sur la facture d'un meeting du candidat Macron le 12 juillet 2016.

Le leader français de l'évènementiel a déjà été mis en cause, notamment par Mediapart, Le Monde et le Canard Enchaîné, dès le mois d'avril dernier, pour les ristournes importantes accordées à En Marche durant la campagne, atteignant parfois -30, à -50%, alors que le directeur de l'entreprise, Olivier Ginon, est un proche de Gérard Collomb. 


Une facture envoyée à la métropole de Lyon


Autre fait troublant : la facture de la soirée lyonnaise sur la péniche La Plateforme avait été adressée, dans un premier temps et « par erreur », à la métropole de Lyon, avant d'être redirigée vers l'organisation En Marche, rapportent nos confrères. Une erreur mal venue, alors qu’une suspicion de financement de certains aspects, locaux ou autres services rendus au profit de la pré-campagne électorale d’En Marche, assurée par la métropole lyonnaise, avait suscité une première polémique en mars dernier.



Des ristournes qui ont échappé aux radars


La Commission des comptes de campagne, chargée de surveiller les dépenses des partis politiques engagés dans la présidentielle, a reconnu être "passée à côté" de cette ristourne, et n'a pas interrogé les organisateurs sur ce sujet. Pour l'ensemble des révélations de nos confrères, la commission a par ailleurs répondu que le délai légal pour statuer sur les comptes était "écoulé". 

A l'issue de la campagne, la commission des comptes avait refusé 873 576 € de factures présentées par le Front National, 430 000 € de celles présentées par La France Insoumise, et près de 120 000 € de celles d'En Marche.   


La réaction de Benjamin Griveaux, Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, Porte parole du gouvernement :
durée de la vidéo: 00 min 58
Reaction Griveaux



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