Harcèlement scolaire : "la négociation est une clé pour enrayer la violence", des jeunes formés pour désamorcer les conflits

Une soixantaine de collégiens de la métropole de Lyon ont suivi, début juin, un atelier de lutte contre le harcèlement scolaire. Entre pratique du basket-ball et apprentissage des procédés de négociation, les jeunes ont été sensibilisés aux violences qui les entourent pour mieux les appréhender.

"Beaucoup de personnes n’arrivent pas à communiquer, à avoir des amis à cause du harcèlement scolaire et je trouve que ce n’est pas bien du tout". Gabrielle est en 6ᵉ au collège Guy Alice dans le 8ᵉ arrondissement de Lyon. Elle n’a jamais souffert de harcèlement scolaire, mais a conscience qu’il s’agit d’un problème de société de plus en plus fréquent aujourd’hui en France.

Tout comme Camille. Le jeune garçon du même établissement s’inquiète des conséquences de ce harcèlement. "Ça peut ruiner la vie d’une personne", confie-t-il. Dans le collège, des violences de ce genre ont déjà été recensées, notamment envers les jeunes filles, tient à souligner Guillaume Lecornué, professeur d’EPS.

Mercredi 7 juin, il est venu accompagner ses élèves pour un atelier particulier, mêlant basket-ball, art de la négociation et gestion du harcèlement scolaire. Organisé par l’association ADN Kids, le transporteur Transdev et le club de basket féminin l’ASVEL, cette rencontre sportive tente de former les plus jeunes aux techniques de règlement des conflits que l’on retrouve au cœur des problématiques de harcèlement scolaire.

"Donner des clés aux enfants avant que ça ne dégénère"

"Quand l’arbitre siffle une faute et que vous êtes en colère parce que vous jugez qu’il se trompe, que faites-vous ?" "Je vais lui parler calmement au prochain arrêt de jeu", répond une jeune collégienne. Assis devant leur pupitre, les collégiens échangent avec les encadrants de l’association ADN Kids quant à la bonne gestion de leurs émotions.

"On va revenir sur ce qui est l’écoute active, l’assertivité, affirmer mon point de vue sans écraser celui de l’autre. Toutes ces techniques-là, issues de la négociation, s’adossent à des pratiques professionnelles et à une méthode professionnelle. Ça donne des clés aux enfants pour être capable de réagir sur des situations qui se dégradent, des coups de pied dans le cartable, des moqueries, des bousculades, avant que ça ne dégénère", explique Julie Crouzillac, présidente de l’association et animatrice pour la journée.

Dans ces ateliers, la jeune femme fait réagir les enfants sur différents éléments que l’on retrouve dans la négociation. "C’est une clé qui vient enrayer la violence et le harcèlement scolaire parce que ça pose les principes de compétence psychosociale", ajoute Julie.  

L’animatrice éveille également les collégiens à la notion de "non négociable", ces choses sur lesquelles certaines personnes sont intransigeantes. "À quel moment je fixe la règle ? À quel moment je ne suis pas d’accord avec ce qui est en train d’être fait et dit et je fixe une limite ? Ils doivent répondre à ces questions pour déterminer leurs limites", explique Julie. En face d’elle, Camille se concentre pour faire l’exercice demandé. Sur sa feuille, il écrit "droit à l’image", "choix du métier". Chez sa voisine, on peut lire les mots "sexisme, racisme, vol".

Prés de 2000 enfants par ans formés à la négociation 

En 2016, la jeune femme, formatrice à ADN, une agence de négociateurs professionnels, ouvre son champ d’actions aux enfants. Elle s’entoure alors de psychiatres, de professeurs, d’ingénieurs pédagogiques et autre personnel qualifiés pour monter le projet et un premier atelier voit le jour en novembre 2016 à Barre-sur-Seine. Juliette se remémore un moment marquant lors de ses tout premiers ateliers, synonymes de réussite.

Je fais une intervention dans une école à Paris. Une petite fille sur l’atelier des émotions a beaucoup de choses à dire. On sent qu’il y a un quotidien qui lui pèse et elle est un peu empêtrée, elle n’arrive pas à trouver la clé pour agir. On continue de dérouler les ateliers. On passe sur les techniques de questionnement, on passe sur la confiance, et à la fin de l’après-midi, après la récréation, cette petite Juliette en CE1 vient me dire : celle qui m’embêtait, pour la première fois je l’ai regardée et je lui ai posé des questions et elle est partie. Ça veut dire que même si ce n’était pas gagné pour toujours, elle avait compris qu’elle était capable de le faire et qu’il n’y avait pas de raison qu’elle se laisse faire.

Julie Crouzillac

Présidente de l’association ADN Kids

Depuis, les quelque 200 bénévoles de l’association sillonnent les routes de France pour former à la négociation comme outil de lutte contre le harcèlement scolaire. Au total, ce ne sont pas moins de 2000 enfants par an éduqués à ces problématiques, dont 60% en primaire.

Et cette formation commence dans les transports pour se rendre à l’école, au collège, au lycée… "On est dans les écoles, on a la méthode. Pourquoi on ne fait pas les deux ? On peut faire autre chose que de simplement transporter les enfants dans le territoire", souligne Hervé Hays Narbonne, responsable des partenariats chez Transdev. Le 15 mai dernier, l’association et le transporteur scolaire qui conduit chaque jour près de 700.000 enfants, ont bâti un partenariat pour lutter contre le harcèlement scolaire. Présent à Lyon pour la rencontre sportive, il suit avec grand intérêt les activités.

"Ça apporte aux enfants. Ils ressortent avec un plus, quelque chose qui s’allume", explique le responsable qui se réjouit qu’ADN Kids leur vienne en aide pour former les équipes et améliorer leur capacité d’intervention. Il voudrait pouvoir agir de la bonne manière lorsqu’un cas de violence ou de harcèlement scolaire se produit en sa présence.

Le sport et la négociation, des valeurs communes contre le harcèlement 

Tout au long de l’après-midi, les collégiens ont pu être encadrés par des sportives de l’ASVEL féminin. Le club sportif de haut niveau est le premier de son genre à adopter le statut d’entreprise à mission, ce qui signifie que leur mission sociétale se situe au même niveau que leur mission sportive. "Avec cet évènement, on est dans un pilier grandir par le sport, on est dans la transmission pure. On se sert de la pratique du sport pour faire passer des messages éducatifs beaucoup plus larges", souligne Marie-Sophie Obama, présidente déléguée d'ASVEL féminin.

Au cours des ateliers, des images sportives ont ainsi pu être utilisées pour rendre plus concrètes les situations. Ce qui avait du sens selon Christina et Kilia, deux jeunes filles, licenciées au CTC Rhône sud basket. "Les valeurs sportives, ce sont des valeurs communes à la vie de tous les jours, comme le respect, cette passion de l’autre et ça peut aider pour le vivre ensemble", avoue Kilia. 

"On a pu communiquer sur les valeurs sportives. Ça va nous aider à être plus empathique envers celles et ceux qui sont victimes de harcèlement et de moquerie. Ça va nous aider à plus les écouter et à leur accorder un plus d’attention", renchérit Christiana.

Julie en est fière, l’atelier s’est bien déroulé. "Ils ont bien joué le jeu", avoue la jeune femme en parlant des élèves. Assise dans les tribunes, elle assiste au tournoi de basket, dernière partie de la journée des élèves. Elle espère voir des comportements émerger à la suite des échanges, pourquoi pas au cours des matchs.

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