Interdiction de manifestation en soutien à la Palestine : le Collectif 69 Palestine saisit le tribunal administratif

Suite à la décision préfectorale d'interdire le rassemblement pro-palestinien organisée à Lyon samedi 21 octobre, le Collectif 69 Palestine saisit le tribunal administratif. L'incompréhension demeure quant aux motifs de cette interdiction.

Le Collectif 69 Palestine a annoncé saisir le tribunal administratif afin de suspendre l'interdiction de manifestation prévue par la préfecture du Rhône ce vendredi 20 octobre. Le rassemblement en soutien au peuple palestinien doit avoir lieu ce samedi 21 octobre sur la place des Terreaux à Lyon.

Il a été interdit dans l'après-midi au motif qu'il risquerait de "générer des troubles à l’ordre public", indique le communiqué de la préfecture. Sollicitée, la préfecture n’a pas souhaité en dire davantage. 

Le même procédure avait permis aux manifestants du jeudi 19 octobre sur la place de la République à Paris de suspendre l'interdiction préfectorale. "On a espoir que ça fonctionne car la règle c’est la liberté de réunion. Il faut beaucoup d’arguments pour invalider le reféré. On est plutôt confiant", explique Jérôme Faÿnel, président du Collectif 69 de soutien au peuple palestinien. 

20 ans de manifestations pacifistes

“Ça fait 20 ans que l’on organise des manifestations, des colloques, des meetings, diverses activités et on n'a jamais eu de problèmes”, affirme le responsable qui ne comprend pas la raison de ces interdictions à répétition. “On a toujours manifesté pacifiquement. On n'a jamais eu de problèmes. Il n’y a jamais eu de propos antisémites ou quoi que ce soit. Ça renforce notre incompréhension”, ajoute-t-il.

Le Collectif dénonce la décision du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui a adressé le 12 octobre dernier un message aux préfets indiquant que les “manifestations pro-palestiniennes" doivent être interdites en raison des troubles publics générés. 

“Ce sont les interdictions qui troublent l’ordre public”

“Ça n’empêche pas les gens de manifester. Ils ont l’envie, le besoin de s’exprimer face à l’horreur de Gaza”, explique le responsable du collectif avant d’ajouter : “Le fait que ça ne soit pas organisé, que l’on ait des interdictions, c’est ça qui trouble l’ordre public. Mercredi dernier, le rassemblement a été interdit. Et bien les gens sont partis en manifestation à la croix rousse, notamment la jeunesse qui voulait s’exprimer”.

Mercredi 11 octobre, ils étaient près de 230 personnes à manifester malgré l’interdiction préfectorale. Ils seront encore présents ce samedi. Le Collectif prévoit des milliers de personnes… assorti d’un service de sécurité afin d’inviter au bon déroulement du rassemblement. 

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“C'est des choses que nous avons l’habitude de faire, en plus de diffuser des messages de non-violence”, souligne Jérôme Faÿnel, preuve de la volonté de l’association d’organiser un rassemblement pacifiste.

Plus que l’acte de manifester, il se dit déranger que l’on assimile son Collectif et les pro-palestiniens de manière générale, de faire l’apologie de l’antisémitisme et du terrorisme. “C’est hors de propos par rapport à tout ce que l’on fait au quotidien. Il y a une assimilation, une criminalisation du soutien à la Palestine”, scande-t-il.

Israéliens VS Palestiniens : deux poids, deux mesures

Et puis il y a ce “deux poids, de mesures” entre la défense des Israéliens et celle des Palestiniens. 

“Le fait qu’il y ait un appel de la communauté juive à manifester par rapport au 7 octobre, c’est normal. Les gens veulent exprimer ce qu’ils ont à dire, s’élever contre ce qu’il s’est passé. Mais alors pourquoi autoriser le rassemblement pro–Israël et interdire des manifestations pro-israéliennes qui s’élèvent également contre les crimes à Gaza ? Il y a une incompréhension profonde.”

Jérôme Faÿnel

Président du Collectif 69 de soutien au peuple palestinien

Le Collectif évoque également la différence de traitement entre le conflit israélo-palestinien et le conflit russo-ukrainien. “En Ukraine, on s’est porté en soutien au peuple ukrainien. Il n’y a de raison que l’on ne se soit pas au côté du peuple palestinien. Ça fait tache. On a donné carte blanche à Israël pour massacrer la Palestine”, affirme le responsable de Collectif 69 Palestine.

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L’idée selon laquelle juifs et palestiniens se retrouve obligatoirement opposés est fausse. “En France, il y a des organisations juives qui luttent pour les droits palestiniens. Nous nous attaquons à la politique israélienne et non à une quelconque communauté”, conclut-il.

À l’image de la manifestation organisée au Capitole le 18 octobre dernier, le Collectif espérait pouvoir “exprimer sa liberté d’expression” sans entraves. Mais la préfecture, seule décisionnaire dans la tenue des manifestations depuis la décision rendue mercredi par le Conseil d’État, en a décidé autrement.