Lyon : entre chat et chien, les élèves vétérinaires effectuent des maraudes auprès des SDF

Depuis plusieurs mois, deux associations lyonnaises d'aide aux sans-abris (Entourage et Gabelle pleine) effectuent des maraudes avec des bénévoles du Dispensaire de l'école vétérinaire de Lyon. Objectif : améliorer la prise en charge de l'humain et de son compagnon pour créer du lien social durable.
Depuis septembre, on peut les reconnaître deux soirs par semaine à leurs coupe-vent bleus. Munies de leur petit chariot de même couleur, les élèves de l’école vétérinaire de Lyon vont des uns aux autres. Les uns, les autres ? Des sans-abris qui vivent dans la rue avec leurs animaux, des chiens pour l’essentiel. Ceux que l’on nomme à tort des "punks à chiens", qu’ils ne sont pas la plupart du temps.

Avec une dose de tact mais un sourire franc, les deux filles d’une vingtaine d’années s’avancent vers les tapis et sacs de couchage posés au sol. Les deux chiens leur font la fête. Car, avec le temps, les étudiantes et les animaux de compagnie se connaissent. Leur maîtres aussi, désormais habitués à reconnaître les chasubles bleues floquées au nom de l’association "Dispensaire vétérinaire étudiant". Cette dernière, créée en 2008 compte chaque année une bonne centaine d'étudiants bénévoles qui tiennent à tour de rôle le dispensaire de l’école vétérinaire de Marcy L’Etoile. Et assurent les temps d’accueil et de soins proposés dans 5 foyers sociaux de l’agglomération lyonnaise et Bourgoin-Jallieu (Isère).

L'animal de compagnie : une bonne entrée en matière avec les... humains


Parfois, il peut y a voir un léger sentiment d’appréhension quand la nuit empêche de bien discerner les regards… Mais dans la majeure partie des rencontres, les Sans-abris comprennent vite que les élèves véto sont là pour le bien de leurs chiens. Friandises, balles, articles à mâcher, croquettes diverses et variées, Ana et Michea, sa copine de maraude, piochent dans leur petite charrette de quoi faire plaisir aux animaux. Mais au-delà de la patte donnée, des expressions de joie des chiens, les deux bénévoles attachent une importance capitale à la création de liens.. avec les humains. «L’animal est le moyen d’établir le contact avec les maîtres, on parle de leur santé, on échange sur les problèmes de vaccinations à jour, d’identification, de poids, mais c’est aussi un moment pour parler d’eux-mêmes », note Ana Alkan, étudiante en troisième année.

On ne se focalise pas seulement sur l'animal. On veut faire le lien entre les deux, l'humain et son animal. Dans la rue, s’il y a un animal, il y a un propriétaire derrière. On veut casser l’image négative qui colle à ces personnes qui vivent dans la rue. On a souvent l’image de l’animal maigre, agressif. En fait, les animaux sont plutôt en bonne forme. On rassure souvent sur le poids, parce que les propriétaires sont assez inquiets. Ce sont des vrais moments de partage.

Ana Alkan, étudiante bénévole au Dispensaire


Les maîtres font souvent part de leurs inquiétudes, mais dans l’ensemble, ce que constatent les élèves véto va dans le sens inverse : les animaux sont en bonne santé, parfois mieux nourris que leurs maitres pour qui ils sont beaucoup pour ne pas dire tout ! Témoin ce SDF qui considère sa chienne berger allemand comme sa fille à qui il doit tout, "un animal qui n'est en rien responsable de sa situation de chien à la rue." Et à qui il n'hésitera pas à donner le meilleur. Leur animal passe souvent avant eux, en tous les cas quand il s'agit de nourriture. 
Dans certains cas, la présence de l’animal est l’unique intermédiaire pour une entrée en matière avec l’humain. Avant que ne s’instaure un rapport de confiance entre soignant et soignés, la relation avec l'animal sert de début de dialogue. Comme la fois où, lors d’une énième rencontre près d’un porche, un homme âgé a pu enfin être abordé grâce à son chien : « Il ne parlait pas aux acteurs sociaux ni aux bénévoles des associations. Avec notre démarche, il a commencé à parler de son compagnon puis a pris l’habitude de venir parler avec nous. Au bout de quelques temps, il a réussi à parler de lui ! », se réjouit Michea, étudiante en deuxième année.
 

Lors des maraudes, les bénévoles du Dispensaire ne donnent aucun médicament, ni ne pratiquent de soins. Les sans-abris sont dirigés vers des structures où se déroulent les permanences assurées par les élèves véto ou vers la clinique lyonnaise de la SPA.
 

Des associations très engagées dans le lien social

Entourage, l’association lyonnaise qui a proposé au Dispensaire vétérinaire de s’associer à leurs maraudes, ne compte plus les effets positifs de la présence des «vétos». La complémentarité saute aux yeux : «notre approche est mieux adaptée à la réalité des personnes qui vivent dans la rue et sont accompagnés de leur animal de compagnie, reconnaît Marion, l’une des coordonnatrices des maraudes. En intervenant ensemble, nous améliorons notre écoute tout en apportant des réponses plus pertinentes aux personnes que nous essayons d’aider.» Exemple : les bénévoles du Dispensaire orientent maîtres et chiens vers un centre de soins dès qu’il y a un problème. «Pour les maîtres, savoir immédiatement où aller est rassurant. Pour ces personnes, c’est très important ! Et puis cela permet d’être plus efficace, bien davantage qu’un signalement qui ne règle rien avant des jours et des jours. »

Cette maraude en commun répond à un besoin parce que nous faisons des rencontres nomades sans faire de distribution. On s’est aperçus que beaucoup de personnes ont besoin de parler, on va les voir avec un petit café, une soupe. Beaucoup de ces personnes ont des animaux et quand ils nous posent des questions, on est démunis. On n’a pas forcément de réponses à leur apporter. Les gens que nous allons voir apprécient que des étudiants en école véto leur donnent des conseils, consacrent du temps pour leurs animaux de compagnie.

Marion, Coordinnatrice des maraudes  au sein d'Entourage

Bientôt, un cabinet de consultation mobile

Pour accroître la qualité de leurs interventions, le Dispensaire vétérinaire étudiant de Lyon mise sur l’achat d’un camion «salle de consultation et de soins» dans les mois qui viennent. D’un coût de 140 000 euros, aménagé sur le mode des bus de l’ONG Médecins du monde, il devrait faciliter les soins sur place, lors des maraudes, ou dans les communes de la métropole lyonnaise où aucun centre d’accueil n’existe. La livraison de ce camion dispensaire est pour l’heure soumise à l’officialisation de sa mise en service par l’ordre national des vétérinaires.
 
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