Lyon : le groupe antifasciste Gale officiellement dissous par le gouvernement

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Écrit par Emilie Rosso

C’est désormais officiel. Sous le coup d’une procédure de dissolution depuis le 17 mars, la Gale, le Groupe antifasciste Lyon et Environs, vient d’être publiquement démantelé par le gouvernement. Les antifascistes lyonnais annoncent vouloir contester la décision.

 La décision est historique. Pour la première fois, en 40 ans, le gouvernement décide de dissoudre un groupe d’extrême gauche. Et ironie de l’histoire, la procédure est fondée sur un texte de 1936 destiné à lutter contre l’ultraviolence… d’extrême droite.  

Et les membres du groupe ont appris la décision dans les médias, par la voix du porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. « Nous avons adopté la dissolution du groupement de fait dit groupe antifasciste Lyon et environs connu pour ses actions violentes, ses appels à la haine et son incitation virulente et incessante à s'en prendre à nos forces de l'ordre. Nous ferons respecter l’ordre républicain jusqu’au bout et face à tous ceux qui le menacent » a-t-il indiqué à la sortie du conseil des ministres. L’un des derniers avant le premier tour de l'élection présidentielle… Hasard du calendrier ?

Une dissolution politique

«Bien sûr que non», répondent les membres du collectif. «Pour nous, c’est clairement un coup électoral, un message pour l’extrême droite», explique Lamia, militante de la Gale. Un argument étayé par l’avocat du groupe, Olivier Forray. «A quelques jours des élections qui vont se jouer à droite, voire à l’extrême droite, cette dissolution est hautement symbolique, c’est simplement l’occasion de donner satisfaction à une partie de l’électorat», plaide l’avocat lyonnais, convaincu que le gouvernement n’a même pas pris la peine de lire les 21 pages d’observations contradictoires écrites par son cabinet.

Car la Gale est dans le collimateur du gouvernement depuis plusieurs mois.
Pour les propos anti-police tenus lors du festival Antifa Fest à Lyon, en décembre dernier.
Pour les appels à lancer un «ultimatum» au géant pharmaceutique Bayer, en janvier dernier.
Des élus de droite avaient alors appelé à la dissolution du mouvement. Et le 15 mars dernier, le Ministère de l’Intérieur notifie alors à l’un des membres de la Gale, qualifié de «groupement de fait» son intention de le dissoudre. Et lui reproche «d’inscrire sa stratégie dans la récurrence d’actions violentes» ou encore de lancer des «appels à la haine contre les forces de l’ordre ainsi que d’exactions violentes commises à leur encontre», notamment sur les réseaux sociaux, avant de citer une série de manifestations, entre 2014 et 2021 qui auraient donné lieu à ces violences (hommage à Rémi Fraisse, Lyon Antifa Fest...). 

« Une atteinte aux libertés fondamentales »

Une procédure que le gouvernement Macron utilise avec récurrence, depuis 2019. Que cela soit contre des groupes d’extrêmes droite, comme Génération Identitaire, ou contre des associations jugées proches de l’islam radical. Le média d’extrême gauche,  Nantes révoltée, lui aussi frôlé la dissolution au début de l’année. «Une frénésie» qui inquiète les membres de la Gale. «C’est très grave, cela veut dire que sous Macron, toute contestation est arrêtée soit par la violence, comme pour les Gilets Jaunes, soit par une interdiction de parler, là on nous interdit carrément de penser. On ne va pas vers le progrès, c’est un retour en arrière…», confie Florent.

Une inquiétude partagée par les avocats de la Gale. «La liberté d’expression et d’association sont des libertés fondamentales, il faut des faits sacrément costauds à reprocher pour les bafouer, ce n’est pas le cas», proteste Olivier Forray., avant de dénoncer un « travestissement de la vérité, une lecture fausse, tronquée et mensongère » de l’idéologie du groupe.

Un recours devant le Conseil d’Etat

Fondé en 2013, suite à la mort de Rémy Fraisse, le groupe a déjà annoncé sur les réseaux sociaux qu’il contesterait la décision. «Nous, on ne va pas lâcher, on ne dissout pas la révolte qui gronde», confirme Florent, membre de la Gale. «Au contraire, on espère que cela va réveiller les gens, que cela va les mobiliser contre le fascisme», ajoute-t-il. Le week-end dernier, le groupe avait lancé un appel à manifester contre cette dissolution. Une pétition vient d’être lancée.  

Côté judiciaire, les avocats du groupe affirment vouloir déposer un recours devant le Conseil d’Etat. «On ne peut pas laisser le gouvernement s’essuyer les mains avec le respect du contradictoire, avec la Convention Européenne des Droits de l’Homme», conclue Me Olivier Forray, qui attend toujours la notification officielle de la dissolution.