Procès Barbarin : “Le père Preynat m'a emmené dans sa tente, il sentait le cigare froid. Combien de vies bousillées?”

Christian Burdet "voulait mettre des mots pour qu'on sache exactement ce qu'il s'est passé" avec Bernard Preynat / © A.Marie
Christian Burdet "voulait mettre des mots pour qu'on sache exactement ce qu'il s'est passé" avec Bernard Preynat / © A.Marie

"Vous auriez pu abréger nos souffrances"  Les victimes du père Preynat se sont adressées mardi au Cardinal Barbarin et ont plongé le tribunal correctionnel de Lyon dans l'horreur de la pédophilie. Parmi elles, Christian et Didier Burdet, deux frères qui ont décrit dans le détail leurs agressions. 

Par Alexandra Marie

Ce fut un tournant au cours de ce procès pour "non dénonciation d'agressions sexuelles" devant le Tribunal correctionnel de Lyon. Lors de leur passage à la barre,  les victimes ont fait le choix de décrire de façon très détaillée les agressions dont elles ont été victimes. Leur souffrance, aussi.  

J’avais honte

Lorsque vient le tour de Christian Burdet, la salle plonge dans un silence assourdissant : "Le Père m’a entraîné contre lui dans sa tente, il m’a embrassé sur la bouche en mettant la langue, il sentait le cigare froid. C’est notre secret. Il me demandait si je l’aimais. Et il m’a fait des fellations, m’a demandé si j’aimais. J’avais honte. Je me suis dit, c est pas possible, j’ai couché avec le curé." Le lendemain je cherchais le regard des autres garçons mais rien, je pensais être le seul. » 
 
Christian Burdet très ému à la sortie de l'audience
"Il fallait dire ce qui s'est passé."  - Y.Marie/L.Crozat

Je suis venu avec ma souffrance mais je pense qu'elle aurait pu être abrégée

Les yeux humides, la voix tremblante, Christian Burdet poursuit :  "Combien de vies ont-été bousillées ?" A cette question succèdent 10 secondes de silence avant que C.Burdet ne reprenne son récit : 

 "Si je suis là aujourd'hui, c'est pour comprendre comment ce système a pu se mettre en place et pour que d'autres victimes parlent. Je suis venu avec ma souffrance mais je pense qu'elle aurait pu être abrégée si des personnes avaient plus tôt dénoncé les faits." 

Comme vous êtes fort, Monsieur, d'être allé au bout de cette déclaration

Brigitte Vernay, présidente du tribunal correctionnel de Lyon, rebondit sur cette longue et doloureuse déclaration.  “A vous écouter, M. Burdet, je trouve que la situation est très triste car les faits vous concernant sont prescrits ”

Puis son frère lui succède à la barre. Christian a décrit son viol, et lui, Didier Burdet revient sur les agressions sexuelles en s'adressant au Cardinal Barbarin, et aux cinq autres mis en cause. 

"Madame, Messieurs, vous vivez depuis trois ans une certaine pression. Moi, ca fait quarante ans que je vis dans cet isolement et ce silence."

J'ai cessé d'être un coupable pour devenir une victime

Toutes les têtes restent baissées. "Ma vie a commencé a exister quand j'ai rencontré François, Alexandre et tous les autres. J'allais enfin pouvoir exprimer ce que j'avais vécu. Jusque là,  je n' étais pas une victime, j'étais coupable d'avoir croisé le père Preynat."

La deuxième journée d'audience s'est achevée sur ces mots de Didier Burdet dans une atmosphère très grave, au coeur des traumatismes et ravages des actes de pédophilie.

Le récit de l'audience par Yaëlle Marie et Laure Crozat : 
 
 

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