Réforme des retraites : "les manifestations sauvages, c'est ni plus ni moins la réponse au 49.3", Camille, 20 ans et étudiant "ne lâche rien"

Le jeudi 16 mars 2023 quand l'annonce du recours au 49.3 tombe, des centaines de personnes se mobilisent et descendent dans la rue. Camille, un jeune étudiant de 20 ans, est l’un de ces manifestants de la première heure.

Le jeudi 16 mars 2023, le recours au 49.3 tombe! Dans la foulée, quelques centaines de personnes descendent dans la rue. Camille, un jeune étudiant de 20 ans, est l’un des manifestants de cette première manifestation sauvage à Lyon, dans le cadre de la réforme des retraites. Sylvie Adam, journaliste à France 3 Rhône-Alpes, l’a rencontré pour comprendre ce mouvement contestataire.

A quel moment avez-vous décidé de passer à un autre niveau d’action ?

C’était une manifestation sauvage, donc pas organisée par des syndicats. On était sur la place, et quelques groupes prenaient des initiatives. Après un moment de latence, une décision était prise collectivement, un peu instinctivement. C’était très fluide, il n’y a pas eu de moment de fracture.

Il y avait une réelle volonté de jouer hors les règles qui sont posées par les manifestations syndicales. Ce n’est ni plus ni moins la réponse du 49.3! les gens ont voulu passer à un autre niveau de manifestation. Face à une violence symbolique aussi forte, il y a un mépris fort qui s’installe. Et la solution, c’est de venir jouer en essayant d'être hors les règles. Jeudi soir, il y avait tous types de profils mais il n’y avait pas ce qu’on appelle les black blocs ou des personnes politisées. Des gens nous ont rejoints spontanément pour exprimer leur ras le bol et je dirais même leur souffrance

Vous ne vous revendiquez pas black blocs ? 

Non pas du tout. Et justement, ce que j'ai trouvé très intéressant, c'est qu'il y avait énormément de jeunes que l'on peut retrouver dans les jeunesses climat, ceux qui font les vendredis du climat, dont je fais partie aussi. Personnellement, j’ai participé à toutes les manifestations contre la réforme des retraites. J'ai fait aussi des manifestations sur la sécurité globale l'année dernière. Il y avait une diversité de personnes qui se retrouvent face à un choix où ils se disent “est-ce que la violence est nécessaire ?”

A l'intérieur de la manif, quand il y avait des dégradations matérielles, certaines personnes s’opposaient. Par exemple, à un moment, un jeune a voulu s’attaquer à un velov. Tout le monde s’est agité en lui disant que le velov était un moyen de locomotion commun, accessible pour beaucoup de personnes. Par contre, quand on s’attaquait à des symboles monétaires (banques), ou publicitaires, il y avait beaucoup moins de réticences. 

Pourquoi passer à un niveau supérieur et choisir d’être hors les règles?

Les syndicats ont fait leur boulot, et ils ont fait un sacré travail, faut pas le nier. Mais on voit que ce n'est pas suffisant. Le résultat est là : on a face à ça un gouvernement qui nous met un 49.3. C’est la violence symbolique qui s'oppose à la violence que l’on ajuste nous, de pouvoir être dans la rue d'une part. Ensuite, il y a une volonté de se faire entendre. Et pour ça, on a fait du bruit avec des barricades et certaines dégradations urbaines. 

Pourquoi s'en prendre à la mairie et pas à la préfecture, qui est l’Etat ?

On était face à un problème logistique, avec la préfecture qui était déjà sécurisée par de nombreux camions de CRS aux abords, du fait d’un rassemblement déjà présent à 17h. Et même si c’est la préfecture qui représente l'État dans le cadre juridique, dans l'esprit des gens, la mairie représente aussi ce pouvoir politique.

Qu’est-ce que vous attendez de ces dégradations? Vous pensez que ce comportement minoritaire peut être efficace ?

Les manifestations sauvages sont importantes car elles permettent de créer un cadre où les personnes retrouvent leur pouvoir politique, le pouvoir de s’exprimer. Et oui, parfois, l’expression doit passer par une certaine forme de violence. Je pense que la violence permet l’écoute. La violence est nécessaire pour qu’on tende l’oreille mais après il faut construire quelque chose. Parce que la dégradation matérielle n’a pas de finalité, elle est juste un moyen de transfert. 

Vous êtes prêts à continuer vos dégradations ? 

La violence est un outil dans une lutte sociale mais ce n'est pas une finalité. Il manque, après ça, un dialogue entre nous, la société civile. Je ne suis pas dans un rejet total des partis politiques mais ils ne veulent pas discuter avec nous. Je veux dire, le 49.3, c’est la symbolique de ce que ça représente, qui signifie “on ne discute pas avec vous”. Donc si on ne discute pas avec nous, il faut bien qu’on s’organise à côté. Et la manif de jeudi soir, ça a été une étincelle, juste après l’annonce. C’est une réaction.

Avez-vous ressenti une légitimité à faire ça et pensez-vous qu’il y a un soutien populaire derrière ces actions? 

Je pense que tout le monde ne s’en rend pas forcément compte, que ce soit parce qu’ils ne sont pas dans une politisation forte ou parce qu'ils n’avaient pas suivi que les syndicats, dans leur lettre à Macron, avaient prévenu que ça allait exploser s'il ne les écoutait pas. 

On s’est senti portés par la rue, par la situation. Il y a une certaine légitimité collective à reprendre le pouvoir d’expression. Mais maintenant, il faut la construction, qui passe par des assemblées générales, par des lieux de débats et d’informations, en discutant de tout ça. C’est ça qui est important. 

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